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PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C"

BOUI.ETABD SAIMT-CERMAI> ,

HISTOIRE

PHYSIQUE, NATURELLE ET POLITIQUE

DE

MADAGASCAR

PUBLIÉE

PAR ALFRED GRAiNDIDIER

L'ORIGINE DES MALGACHES

ALFRED GRANDIDIEH

PARIS

IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DB H. LE GARDE DES SCEAUX

A L'IMPRIMERIE NATIONALE

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ETHNOGRAPHIE

DE MADAGASCAR

*4

LIVRE PREMIER.

I/ORIGINE DES MALGACHES.

D sont venus les habitants de Madagascar (1)? À quelle race appar- tiennent-ils? L'étude comparée des caractères anthropologiques et phy- siques, des mœurs, des croyances, des institutions, de l'industrie, de l'architecture, de la langue des Malgaches (2), nous permet aujourd'hui de répondre à cette question.

Ils proviennent du mélange de races très diverses, d'autant plus diffi- ciles à déterminer et à classer qu'il n'existe de traditions relatives à leur

t1) Il ne semble pas douteux que Mada- gascar a été habité des les temps les plus éloignés, mais, n'ayant aucun document qui nous permette d'établir l'histoire ancienne de cette île, nous ne pouvons pas nous oc- cuper des habitants primitifs, qui ont été ab- sorbés , submergés par les habitants actuels et dont il ne reste aucune trace (voir les Consi- dérations sur les Sakalaves, par le Col. Prudhonime, dans les Notes, Reconnaissances et Explorations du 3i mars 1900, p. &).

W Ce nom de Malgaches, sous lequel nous désignons les habitants de Madagascar, à quelque tribu et à quelque race qu'ils ap- partiennent, est d'origine européenne; c'est à tort que, sur la foi des anciens auteurs, on a admis sans discussion que les indigènes s'appelaient eux-mêmes Malagasy. Divisés jadis en un nombre considérable de tribus indépendantes les unes des autres, canton- nées chacune dans les limi tes étroites qui bor- naient leur petit territoire et n'ayant entre elles aucun lien politique ni commercial,

ils n'avaient pas de terme collectif pour dé- signer l'ensemble des habitants de l'île; les Antimerinâ [vulgo Hovâ) emploient, depuis qu'Andrianampoinimerinâ les a groupés en une grande nation, le mot Ambanilanitrâ (litt. : ceux qui sont sous les cieux), parce que, pour eux, les bornes de l'Univers se confondent avec celles de leur île. Les premiers navigateurs, Portugais et Hollan- dais, qui ont abordé à Madagascar, appe- laient simplement ses habitants Noirs ou Maures; quelques anciens auteurs les ont nommés Bouques, d'après les Arabes de la côte d'Afrique qui, pour les désigner, se servaient et se servent du mot Oua-Bouki (au singulier M-Boiiki), c'est-à-dire habitants du pays Bouki9 par opposition aux colons mu- sulmans et aux métis sémites qu'on appelle Silamo (lit t. : les sectateurs de l'Islam) ou Antalaotrâ (lill. : les gens d'outremer), lors- qu'ils sont établis à demeure sur la côte Nord-Ouest . et Arabô, lorsque ce sont des Arabes d'Asie ou de la côte orientale d'Afrique,

■TIHOCIAPIII.

2 MADAGASCAR.

arrivée dans l'île que pour trois petits groupes ethniques : les An- drianâ'1' de 11 me ri na (dénommés rHovà* par erreur); les Zafy Raminia et les Antimorona d'origine arabe, qui habitent la côte Sud-Est: les Antalaotrà de la côte Nord-Ouest. Aussi , n y a-t-il pas lieu do s'étonner que les opinions les plus diverses aient été émises sur lrur origine. Si, en effet, tout le monde est à peu près d'accord pour rattacher à la race malaise les habitants de la province de rimerinâ auxquels on a donné *»t on donne encore, à tort, le nom de Hovâ et dont, sinon tous, au moins une classe, celle des nobles et conquérants, présente des caractères physiques qui ne laissent aucun doute sur leur origine mongolique, les uns, et

qui > viennent trafiquer [>«L>i>agè renient. Le» Anglais disaient au x\ ne siècle, en pariant d'eux : les Naturels ou les Indigènes. Les Français les ont d'ahon! appelés Mada- gascarins ou Madagatcarois , noms dérivés de celui de Madagascar, puis Madécasses, MaUgasses, Malégaches ou Malgaches; ce dernier nom est aujourd'hui adopté par tous les Européens et. sous la forme, adoucie et appropriée à la langue du pays, de Mala- gaty, par ceux des indigènes qui sont en rapports constants avec nous. Le I\ Luiz Mariano, dit, en iGi3, que le |>etit pays sur lequel régnait le roi antanosy Tsiam- ban^, et qui n<> comprenait que quelques lieues carrées , s'appelait Matacassi v. D'autre part, Gauche, dans sa Relation de Madagascar (i65t), écrit que le royaume (!) d'Àndrian- d'Ramakâ, le fils H l'héritier do coTsîambanJ. «est dit Madegacke et par d'autres Mode- gasêên. Il est très vraisemblable que c'est ce nom d'un des cantons de la province dWnosv qui, appliqué un peu légèrement par Fia- court à toute l'Ile (Hist. Mad., t6f>8, pi),

est l'origine du nom MaUgaute que tant d'auteurs ont cru à tort élre celui sous lequel les habitants de Madagascar h* désignaient . et cependant, dès ifitS. le l\ Lui/. Mariant» écrirait : "Les naturels uni un nom pour chaque province, mais ils n'en ont pas pour désigner lili* entière; le nom Je Madagascar est d origine étrangère- (Bolrt. //// .W. dr Geogr. dr Luboa , 1 NN-. p. '.\ i ."> ).

(1 Le mot A'ndruna, qui se prononce sou- vent \dian, est depuis longtemps employé dans tout Madagascar pour désigner les no- bles et les chefs ou seigneurs de race étran- gère(b'. D'ordinaire, on le fait dériver du mot malgache Andry. qui signifie un poteau . un soutien (II. F. Standing, The tribal di- visions of the ho va, Antananarivo Annual, 1887, p. 355); mais je crois plutôt que c'est un terme honorifique qui n la même racine que les mots indonésiens Dain et Dieu, qui signifient chefs chez les Roughis des Célèbes . chei les Ben ko ul en , et c, et peu t- être que le mot Andayn ] qui, à Java, s'applique aux grands personnages.

'•; Faria y Sou^a, Aùa portugutza , t. III , 3" part. , 1 67» , ch. un . p. 3 1 1 . Dans le manuscrit de la Bibliothèque de Madrid , qu'a publié , en 1 887, la Société de géographie de Lisbonne , ce oom est en il ( p. 33 'i ) un pou différem- ment , Mitacattu Ce royaume, minuscule comme tous ceux d<»s rois antanosy, était situé sur le l>ord du Fanjahirà.

(k) A Ampalaz), en i5g5, les Mahafaly «nommaient leurs princes Amlrtn» (Ihrmùrr Hm d* l'Iliumr* de la Navigation aux Inde* orientale* par Ut Hollandais, cli. iv, recto, p. 7). Le P. Luiz M;u i;nio, »*ii 1 **> 1 3 , a rons t.ité que les noms des chefs de l'Ouest étaient précédés du titre \ndnn , «•( Roolbh\. «mi Hi'i Îi , dit aussi que ceux de la baie de Saint-Augustin s'appellent Andrtan.

(r) Ce mot Andaya précède le oom d'un généranasime dans une iaacrtption de 1 â»< , trouvée à Java.

ETHNOGRAPHIE. 3

c'est le plus grand nombre, considèrent, à cause de la proximité de l'Afrique, la masse de la population comme composée de nègres africains (1);

W Tristau da Cunha (i5o6)('>; (i8i6)W; Lesson (i8a6)<i>; Eilis (i838)(k>;

Sousa (1557)^'; le R. P. Luiz Mariano Froberville (i8&o)W; Leguevei de La-

(i6i3)(f); Drury (1717)^; de la Serre combe (i84o)H; Laverdant (i8A4)M;

(1777)^; Legentil (1781) ®\ Epid. Colin Barbie da Bocage (i85o,)W; W'aiti

fi8i i)W; Rondeaux (1 81 3) M; D'Union ville (i86o)W; Crawfurd (i863)W; Pollen

W La côte Nord-Ouest de Madagascar, dit Tristan da Cunha, est habitue par des Nègres, qui ont des lances, mais pas d'arc* ni do flèches, et par des Maures; dans la baie de Çada (Anorontsangâ), il y a des Caire* armés de lanres et d'arcs (Commentario» do Albuquerque , édil. 1776, parte I, cap. x, p. ht). Tous les navi- gateurs portugais et hollandais des m* et \f n* siècles appellent du reste les habitants de Madagascar Noirs on Nègre» et les rattachent aux Africains.

' Suivant Balthaznr Lobo «le Sousa, les aborigènes sont de race Cafre, métissés de Javanais (Dioeo do Cocto, Asia Portugtteza . i6o3, Dec. Vil, liv. iv, cîîap. v, p. 3n).

(*) Le Père Luiz Mariano dit que les premiers habitants de Madagascar sont venus de la Cafrerie et qu'il en est arrivé ensuite des environs de Malacca ( liol. da Soc. Geogr. de Lisbaa, 1887, p. 3i.">).

W Drury croit que les Malgaches sont d'origine africaine. ( p. 1 h ) et que les VazimM (mie , plus loin cependant, il décrit comme ayant les cheveux moins longs et moins laineux que les autres peuplades, p. fi 06) viennent, à rause de leur» cheveux laineux, de l'Afrique australe.

W trLes populations de l'Ouest ont les grosses lèvres et le nez épaté des nègres africains n (Archive» co/o- niale», carton vm, do^sior 8; Manuscrit de la bibliothèque Grandidier).

(f) erLes Malgaches sont, à l'exception des Ho vas, semblables aux Africains.»

W rrLes Malgaches sont d«'s nègres africains * (Ami. de» Voyage», 1811, p. oa).

*k) Rondeaux esl d'avis que les .Malgaches sont nouveaux venus sur la terre qu'ils habitent, et que ce sont les révolutions qui ont eu lieu du xn* au xvi* siècle dans l'Arabie ou sur la côte orientale de l'Afrique qui ont fourni à Madagascar sa population par des migrations volontaires ou forcées (Dict. manuterit de Froberville).

W D'après d'Lnienville, "les Sakalavà* ont été transportés d'Afrique^ (Essai sur Madagascar, 1816, Archive» coloniale» [mémoire qui a été imprime en i838]).

M Lesson regarde les habitants de Madagascar comme une branche de la race Cafre, à laquelle il donne le nom de nègres Cafro-Madécasscs (Voy. autour du Monde de la « Coquille» , Zool., t. I, p. 87 et 101).

(*) Une partie de la population est, sans conteste, de rare africaine; une autre partie est originaire de la Malaisie, de l'Asie orientale et de la Polynésie (J tory oj Madagascar, I. II, p. h).

W D'après M. En», de Froberville (Introd. au Voy. à Madagascar de. Leguevei de Lacombe, i8ào, p. 11), la race indigène ou Vazimha descend des Zimba africains. La constitution physique des noirs malgaches, au nez aplati, aux lèvre*» épaisses, aux cheveux crépus, indique qu'elle est originaire de l'Afrique. L'année précé- dente, dans 1rs Recherches sur la race qui habitait Madagascar avant les Malais (Bull. Soc. Géogr. Paris, a- série, t. XI, 1839, note de la p. 269), il avait écrit : a On peut sans témérité considérer les Vazimbô comme une branche des Galla d'Abyssinien.

(B> Leguevei de Lacombe, dont les récils romanesques ne méritent aucune confiance, dit (Voyage à Mada- gascar, t. II, 18 '10, p. 1 ai ) que les Yazimhâ avaient, comme les nègres de l'Afrique, des dents aiguës qu'ils limaient exprès, et qu'ils mangeaient leurs prisonniers! Celte description, erronée de tous points, est copiée presque textuellement mit ta légende entièrement fabuleuse des Onluysalrouba rapportée par Flacourt, d'après les chants des bardes malgaches, dans son Histoire de Madagascar (i658), à la 6* page de l'avant-propos.

'"' «Il y a peut-être, dit Laverdant, une race autochtone à Madagascar, mais l'île a été en outre peuplée par des groupes venus de la côte Est de l'Afrique, ainsi que du centre et du Sud de la Malaisie, dn monde australien et de l'Arabie elle-même?? (Colonisation de Madagascar, p. 3a).

(°> «r C'est vraisemblablement à l'Afrique, le continent le plus voisin, que l'ile de Madagascar a ses pre- miers habitants, mais les caractères distinctifs de la race nègre ne se retrouvent plus aujourd'hui que cbes les populations de l'Ouest, chez lesquelles des migrations plus récentes ont entretenu le type originel, tandis qu'un climat différent , des révolutions qui nous sont inconnues et des croisements successifs avec d'antres races, venues des pays les plus lointains, ont modifié la nature première des autres habitants» (Madagascar, p. 63).

W Wailz identifie les Vazimbô de Madagascar avec les Wazimba de l'Afrique (Anthrop. Naturv. , i. II, p. 358).

(1) Pour Crawfurd, les Malgaches, quoique leur langue contienne un grand nombre de mots malais et java- nais, n'appartiennent pas a la race malaise et n'en ont aucun des caractères; ce sont des nègres d'une espèce particulière, incapables de former un alphabet. Des Ma bis, pousses par les tenta, se sont mêlés à eux et leur ont donné leur langage (Proc. Geogr. Soc., t. VII, p. 69).

1.

2 MAI>A<iASC\R.

arrivée dans l'île que pour trois petits groupes ethniques : i" les , driana'1' de l'Imerinà (dénommés -Hovâ^ par erreur); a" les "t Raminia et tes Antimoronsi d origine arabe, qui haliitcul tu rôle Sud-I les Antalaotnï de ta côte Nord-Ouest. Aussi , n'y a-t-il pas Heu de sVton que les opinions les plus diverses aient été émises sur leur origi Sî, en effet, tout le monde est à peu près d'accord pour rattacher à la r malaise les habitants de la province de llnicriuâ auxquels on a donn< on donne encore, à tort, le nom de Hovà et dont, sinon lous.au moins classe, celle des nobles et conquérants, présente des caractères phvsiq qui ne laissent aucun doute sur leur origine mongolique, les uns

est l'origine du nom Mairganr que d'auteurs ont cru ù tort être celui sous le les habitants do Madagascar -o de'sign <i el cependant, dès itiiS. le l>. Lui/ Mar piTitnil : -Les naturels mil un nom |

chaque pnniiMf. mais ils ne il pa ,

dé^ner l'Ile entière; le nom .le Mailag» est d'origine él rangère - (Bolrl. 1L1 S* Gttfgr. dr l.ishoa . i HH-. p. !t i .'. ).

"■ Le mot \>Dmt>ï, qui se prononce vent ydian. est depuis longtemps emp dans tout Madagascar pour désigner le? blés et les chefs ou seigneurs de rare et gère"''. D'ordinaire, ou le fait dérive mot malgache ilnaVy. qui signifie un po! un soutien (H. F. Standing, The triba visions of llie hova, Antananariro Anr. 1887, p. 35.V. ; mais je crois plutôt c'est un ternie honorifique qui a la m racine que les mois indonésien- Dai. Dieu, qui signifient chefs chez les Bon des Célèbes . rhei les Benkoulen, etc., et | *Mre que le mot Amdayi ''' qui, à J s'applique aux grands personnages.

qui > viennent trafiquer passagèrement. Les Anglais disaient au tin* siècle, en parlant d'eux : les Naturel* ou les Indigènes. Les Français les ont d'alioid appelés Mada- gatearint ou Madugatcaroit , noms dérivés de celui de Madagascar, puis Mailécasta. MaUgattet, Malegaekn ou Malgache»; ce dernier nom est aujourd'hui adopté par tous les Européens et. sous la forme, adoucie et appropriée à la langue du pays, de Mmla gmif- par ceu\ des indigènes qui sont en rapports constants avec nous. Le P.Lniz Hariano, dit, en i6i3, que le petit pays sur lequel régnait le roi antanosy Tsiam - baoy\ et qui ne comprenait que quelques lieues carrées, s'appelait Mataeatsi' . D'autre part, Gauche, daus sa Relation de Madagascar (îGâi ), écrit que le royaume (!) d'Andrian- d'Ramaka.lefilseiriiéritierdcceTsiambanJ. «est dit Madegatke et par d'autres Madr- gaufr. Il est très vraisemblable que c'est ce nom d'un des cantons de la province d'Auosy qui, appliqué un peu légèrement par Fla- eourt à toute l'Ile <Hût. Mai., i6»8, p. 1),

"> F»ri* jSon^a, \ua yortugneza , t lit, 3' pari., i6;â, ch. un, p. H11. D«n- le uisnuwril île Jlibhoti de Alidrid, qu'a publié, en 1H87, la Société de géognphie de Lisbonne, ce pum >->l c-.nl (p. 33 4} un p.udift muni , Milacaiii. Ce royaume, rainineuli1 rumine ton1- cent d'-s roi- aiiUmi-ï. était «ilué sur le l-orrl du Fanj; " ' i5i)5, tel Mahâfatî «nommaient leur» (iriiicea Um- (ftwrr Km dr l'Hit*

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KTHN0GRAPH1E.

c'est le plus grand nombre, considèrent, a cause de la proximité de l'Afrique , la masse de la population comme composée de nègres africains'1':

M Tristan da Cunha (i5oG)W; Sousa ( 1 5 5 7 ) *h' ; le R. P. Luiz Mariant) (i6i3)(fJ; Drin-y (1717)^; de la Serre (1777)^; Legeotil (1781) W; Epid. Colin ( 1 8 1 1) W ; Rondeaux ( 1 8 1 3 ) fo ; D'Union villo

(1816)^; Lesson(i8Q6)ii);EUis (i838)(k); Froberville (1860)^; Lejjuevei de La- combe ( 18/10) H; Laverdant (18^/i)^; Barbie da Bocage C 1 H 5 9 ) -°> ; Waiti (îHGo)'^; Crawfurd (i«fi3)W; Pollen

'»*' l* côto Nord-Ouest de Madagascar, dit Tristan d.i Cnnha. csl habitée par des Xèfires, qui ont des lances, mais pas d'arcs ni de floches, et par des Maures; dans la liai»' de Çada ( Anorontsangâ), il y a des Gafres armés do lances et d'arrs (Commottario* do AUmqnerque. édil. 177^, p.trte 1, cap. x, p. 'il). Tons los navi- gateurs portugais et hollandais dos xvi° et \? na siècles appellent du reste les habitant"* de Madagascar Soirs on Sègres et h1* rattachent aux Africain*.

Suivant lialtlia/ar Loho do Sousa, les aborigènes sont de race Cafre, métissé* do Javanais (I)iouo do r.oiTo, Ania Pnrliiffueza, i6o3, Dec. VII, liv. iv, cliap. v, p. 3 1 1 ).

(*) Le Pore Luiz Mariano dit que les premiers habitants de Madagascar sont venus de la Cafrerie et qu'il en est ariivé ensuite des environs d^ Malaroa ( /Jo/. da Sur. Grogr. de Lishnaf 1*87, p. .'Ii."î).

I*' Drury croit que les Malgnchossont d'origine africaine, (p. 1 h ) ot que les Yazimhfi (que , plus loin cependant, il décrit romine ayant les cheveux moins longs ot moins laineux que les autres peuplades, p. .'106) tiennent, à tau** de leurs cheveux laincur, de l'Afrique australe.

'•) »Les populations de l'Ouest ont les gmsses lèvres et le nez épaté des nègres africains*» (Archives colo- nial*'», carlon >m. do^i-T S: Manntrrit di> la hihliut!,èq»iv C,vand>d'nr).

lf) «Los Malgaches sont, à l'exception dos Ho\as, semblables aux Africains.»

W »L*»s Malgaches sont des nègres africains- (Ann. de* loyf/jf*, 1X11. p. 93).

•hî Rondeaux, »^L d'uûs que los Malgaches sont nouveaux vi nu?» sur la terre qu'ils habitent, et que ce sont le* révolutions qui ont ou lion du \iT au xvi" siècle dans l'Arabie ou sur la côte orientale do l'Afrique qui ont fourni à Madagascar sa population par dos migrations volontaires 011 forcées (l)ict. manu un t de Fro'errtlle .

M D'après d'rnienville, -les Sakalava" ont été transportés d'Afrique-" (Essai sur Madagascar, îSiG, Arc*i. ■« r loniah'* [mémoire qui a été imprimé ou iNÎJH]).

") Lesson regarde los habitants de Madagascar comme une branche do la race Cafre, à laquelle il donr». !■" nom do nègres Cafro-M adorasses (Yoy. autour du Monde de la - Coquille» , Zool., t. I, p. 87 et 101^.

M Liiï' partie de la population e>t, sans conteste, de rare africaine; une autre partie est or?€<;iii..jrv « v Malaisie, de l'\sio orientale et de la Pohnésie (llixtory »f Madagascar, 1. II, p. h).

M D'après M. Eug. de Kroberville (Introd. an Voy. à Madagascar de Leguevel de Laroinl*1. i*i«". r*. tu race indigène on Vazimba descend des Zimha africains. l«a constitution physique des noir? ma.içjc>>. *L ** aplati, aux levn-s épai>s"S, aux ch -veux crépus, indique qu'elle est oiiginairo Je I* Afrique. -- *- * •"'"" dente, dans les IWhoirhessurla race qui habitait Madagascar avant les Malais (Bull. S«. &?•£•: ;'**-*• * *'"* t. XI, 1H09, nul<» de la p. 2O9), il avait écrit : «rOn peut sans témérité considéi^er lo V branche des Oalla d'Abvssinien.

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y a peul-eiro, dit LavenJant, une race autochtone à Madag. par des groupes venus de la côte Est de l'Afrique, ainsi que du centre et du australien ot de. l'Arabie elle-même-? (Colonisation de Madagascar % p. 3s). _

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populations de l'Ouest, chez lesquelles des migrations plus récentes ont climat différent, dos révolutions qui nous sont inconnues et des en venues des pays les plus lointains, ont modifié la nature première des

{p) Waitz identifie les Vazimbâ de Madagascar avec les Wazimbi et TïHfsr

(O Pour Crawfurd, les Malgaches, quoique leur langue contieaw o. f nais, n'appartiennent pas a la race malaise et n'en ont woema oV* particulière, incapables de former an alphabet Dei Mtksi \ leur ont donné leur langage (Proc. Geogr. Soc, I. VU, p. 69 >

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HISTOIRE

PHYSIQUE, NATURELLE ET POLITIQUE

DE

MADAGASCAR

PARIS

LIBRAIRIE HACHETTE ET C

BOUI.ETABD SAIST-GERMAI* ,

HISTOIRE

PHYSIQUE, NATURELLE ET POLITIQUE

DE

MADAGASCAR

PUBLIER

l'Ait ALFRED GRAiSDIDIKR

L'ORIGINE DES MALGACHES

PAR

ALFRED GRANDIDIER

PARIS

IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DE H. LE GARDE DES SCEAUX

A L'IMPRIMERIE NATIONALE

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ETHNOGRAPHIE

DE MADAGASCAR

LIVRE PREMIER.

I/ORIGINE DES MALGACHES.

D sont venus les habitants de Madagascar (1)? A quelle race appar- tiennent-ils? L'étude comparée des caractères anthropologiques et phy- siques, des mœurs, des croyances, des institutions, de l'industrie, de l'architecture, de la langue des Malgaches (2), nous permet aujourd'hui de répondre à cette question.

Ils proviennent du mélange de races très diverses, d'autant plus diffi- ciles à déterminer et à classer qu'il n'existe de traditions relatives à leur

l1) Il ne semble pas douteux que Mada- gascar a été habile dès les temps les plus éloignés, mais, n'ayant aucun document qui nous permette d'établir l'histoire ancienne de cette ile, nous ne pouvons pas nous oc- cuper des habitants primitifs, qui ont été ab- sorbés , submergés par les habitants actuels et dont il ne reste aucune trace (voir les Consi- dérations sur les Sakalaves, par le Col. Prudhomme, dans les Notes, Reconnaissances et Explorations du 3i mars 1900, p. &).

W Ce nom de Malgaches, sous lequel nous désignons les habitants de Madagascar, à quelque tribu et à quelque race qu'ils ap- partiennent, est d'origine européenne; c'est à tort que, sur la foi des anciens auteurs, on a admis sans discussion que les indigènes s'appelaient eux-mêmes Malagasy. Divisés jadis en un nombre considérable de tribus indépendantes les unes des autres, canton- nées chacune dans les limites étroites qui bor- naient leur petit territoire et n'ayant entre elles aucun lien politique ni commercial,

ils n'avaient pas de terme collectif pour dé- signer l'ensemble des habitants de l'Ile; les Antimerinâ (vulgo Ho va) emploient, depuis qu Ândrianampoinimerinâ les a groupés en une grande nation, le mot Ambanilanitrâ (litt. : ceux qui sont sous les cieux), parce que, pour eux, les bornes de l'Univers se confondent avec celles de leur ile. Les premiers navigateurs, Portugais et Hollan- dais, qui ont abordé à Madagascar, appe- laient simplement ses habitants Noirs ou Maures; quelques anciens auteurs les ont nommés Bouquet, d'après les Arabes de la côte d'Afrique qui, pour les désigner, se servaient et se servent du mot Oua-Bouki(&\i singulier M-Boukï), c'est-à-dire habitants du pays Bouki, par opposition aux colons mu- sulmans et aux métis sémites qu'on appelle Silamo (\ii[. : les sectateurs de l'Islam) ou Antalaotrâ (litt. : les gens d'outremer), lors- qu'ils sont établis à demeure sur la côte Nord-Ouest , H Arabô, lorsque ce sont des Arabes d'Asie ou de la côte orientale d'Afrique,

ITHHOGRAPHII.

2

MADAtiASClR.

arrivée dans l'île que pour trois petits groupes ethniques : les An- driana(1) de llmei'ina (dénommés rHovtï* par erreur); les Zafy Raminia et les Anlimorona d'origine arabe, qui habitent la rote Sud-Est: les Antalaotrâ de la cote Nord-Ouest. Aussi , n\ a-t-il pas lieu do s'étonner que les opinions les plus diverses aient été émises sur leur origino. Si, en effet, tout le monde est à peu près d accord pour rattacher à la race malaise les habitants de la province de l'Imerinâ auxquels ou a donné et on donne encore, à tort, le nom de Hovâ et dont, sinon tous, au moins une classe, celle des nobles et conquérants, présente des caractères physiques qui ne laissent aucun doute sur leur origine inongolique, les uns, et

qui \ viennent trafiquer passagèrement. Los Anglais disaient au x\nr sit'de, en parlant

dVux : les Naturels ou les Indigènes. I^s Français les ont «l'ahon! appelés Mada- gascarins ou Madagascarois , noms dérivés de celui de Madagascar, puis Modérasses. Malégasses, Malégaches ou Malgaches; ce dernier nom est aujourd'hui adopté par tou> les Européens et, sous la forme, adoucie et appropriée à la langue du pays, do Mala- gdzj. par ceux des indigènes qui sont en rapports constants avec nous. Le I\ Lui/ Mariano, dit, en îOto, que le |>etit pays sur lequel régnait le roi antanosv Tsiam- ban^, et qui u<» comprenait (pie quelques lieues carre'es, s'appelait Matacassi v. D'autre part, Gauche, dans sa Relation de Madagascar (i65i ), écrit que le royaume (!) d'Andrian- d'Ramakâ, le fils «»t l'héritier de c«»Tsiamban$. «est dit Madegacke et par d'autres Mode- gasse*. Il est très vraisemblable que c'est ce nom d'un des cantons de la province d'Anosy qui, appliqué un peu légèrement par Fia- court à toute l'ile (Hist. Mai., i6.r>8, p. 1),

est l'origine du nom Malrgassc que tant d'auteurs ont cru à tort être celui sous lequel les habitants de Madagascar désignaient . et cependant, dès if'u.'t. le l\ Lui/. Mariano écrit a il : «Les naturels ont un nom pour chaque province, mais ils n Vu ont pas pour désigner V\\v entière; le nom de Madagascar est dmigiue él rangerez (Boht. du .W. dr Geogr. dr lishoa , i SS-. p. l\ t ."> ).

(l Le mot \m)Ri\n\, qui se prononce sou- vent Sdian . est depuis longtemps employé dans tout Madagascar pour désigner les no- bles et les chefs ou seigneurs de race étran- gère {h'. D'ordinaire, ou le fait dériver du mot malgache Andry. qui signifie un poteau . un soutien (II. F. Standing, The tribal di- visions of the Lova, Antananarivo Annual, 1887, p. 355); mais je crois plutôt que c'est un terme honorifique qui n la même racine que les mots indonésien^ Dain et Dien. qui signifient chefs chez les Roughis des Célèbes. chei les Benkoulen, etc., et peut- être que le mot Andayn ] qui, it Java, s'applique aux grands personnages.

"-' Faria y Sou^a, Asia portngueza , t. III , 3" part. , 1 6-5 , ch. un , p. 3 1 1 . Dans le manuscrit de ta Bibliothèque de Madrid, qu'a publié, en 1 887, la Société de géographie de Lisbonne, ce nom ♦•>! iWil (p. 33 '1 ) un pu différer» ment, Mitacasù. Ce royaume, minuscule» corami- tous ceux d«* rois antanoM, était situé sur le tard du Fanjahirà.

(k) A Ampalaz), en 1695, les Mahafbly «notumaient leurs princes Amirtn^ (l*rmmier lin-e de l'iHuoirr de ta Navigation aux Indes orientale* par Us Hollandais, ch. iv, rorlo, p. 7). Le P. Lui/ Maii.nio, t*n it»i3, a cons t. -»té que les noms des chefs de l'Ouest étaient précédés du tiln* iitdna , «•( lloolhln. <mi 1 (i'i 'i , dit aussi que rem de la baie de Saint-Augustin s*appell«»nt Andrean.

{r) Ce mot Andaya précède te nom d'un généralissime dans une inscription de 1 hH* . trouvée à Jata.

a MADAGASCAR.

d'autres, se fondant sur leur croyance et certaines particularités de leurs mœurs sans tenir compte de leur aspect physique, les font descendre

(i868)(');Wake(t8C8)>;A.Maun(iH61,)/; Ri'»i.Daliififi 883)0; J. Audebert (iSSSJW;

Bordier(i878)(J);Hildpbrandt(i88o-83)-; Capt.OliYcr^:))^; Jorgensen(t885) W;

Zannetti (1880) r; Baron (1881)^; Coman Gérard de Ri allô (188 S)C); Debierre( 1 886y>;

(i88a)(hi; Quatrefages et Hamy (188a) U ; Hartmann (i886)'J>); MaxLeclerc (1887)^;

<■> rLct Antankaranâ peuvent, pour leur forme et leur couleur, être compares aux Zonloosi» (NmrreUion dm voyage, p. s36 ).

<*> Dans Chaptert on Mon, p. 160, St. Woke ne met paf en doute l'origine commune des Malgaches H des Bechuanas, mais l'année suivante, en 1KG9 , dans I** Journal Anthrop. Soc. (On the Race Eléments of ibe Ma- decasses), il dit que la Lésobii, qui réunissait l'Afrique A l'Océaiûc et dont Madagascar est un témoin, était habitée par deux races, Tune foncée (les Mélanésiens), l'autre plus claire (les Malgache et les HoltentoU), et que les Malgaches ont dos aflinités avec les peuples de l'Afrique méridionale, mais qu'ils ne sont point, à 1 exception des Yazimbâ, de sang africain.

('> «Les naturels de Madagascar appartiennent à la race cafre* (La Terr$ et V Homme, 1869, p. 63 1).

<4) «Les Sakalavâ et les autres tribus des eûtes ont le type et les usages des Africains» (BulL Soc. AntkropoL de Parié, 1878, p. 18-ao).

(°) «r II n'y a aucune différence entre les nomades africains et les Sakalavai (ZeiUrhr. Cee. f. Erik, Berlin, 1880). L'élément nègre est prépondérant dans la population malgache, et, s'il y a unité de langage dans toute I ile, c'est que les guerriers venus de l'Afrique se sont mariés a>ec des femmes ho va et que les enfants ont parlé la langue de leur mère. Les Yazimbd de Madagascar sont identiques aux Waziiuba de l'Afrique et les Sa- kalava* ressemblent aux Cafres (1 883).

(f) La professeur A. Zannctli rattache toutes les peuplades maladies au tronc nègre ou éthiopiqoe, à l'exception des Hovâ qui sont de race inaJaUe (Arch. Anthropvl. di Mantegazia, 1H80, p. s5<|).

(ï) Le Rév. Baron admet à Madagascar la présence de deux races, les \uliinerini, d'origine malaise, et toutes les autres tribus d'origine africaine (Antananarito Annuai, 1881 , p. 1 s3).

<k) «Les Betsileo, les Barri, les Tanal.1, les Sakalavft sont, comme toutes les autres tribus aborigènes de Madagascar, de purs Africains. Seuls, les Hovâ sont des Malais.»

(,) MM. de Quatrefages et Hamy (Cranta etlmica, 188s , p. 383 et 9) regardent les Sakalava et les Sihanakl comme très proches parents des Bantous (Cafres de Moxambique.) et les Bctsimisarakà et Antankaranâ comme d'un type encore plus franchement nègre. ffLes Sakalava sont de* Africain** (lltvi.Nc. et Mat., is jnnv. ifcH'i ».

(y> Les premiers habitants de Madagascar sont venus de l'Afrique et appartiennent à la grande tribu des Va- timbA. Plus tard, des immigrants, partis de diverses lien de l'Extrême-Orient, se sont mêlés a ces nègres. Les Malais n'ont abordé dans l'Ile que plus récemment (Antananarivo Annuai, i883, p. i3).

(k) «Tous les Malgaches, à i'eiception des Hovâ, sont d<^ \fricain>*> (Tram. Berlin Gecgr. Soc., i883).

(l) Le Capitaine Oliver, qui avait dit , dans YAnthropological Beriew de juillet 1 86 K , p. eux , que les Malgaches ne sont pas de trais nègres, quoique noirs, et qu'ils n'ont pris dans le continent africain ni leurs idées ni leurs vêtements, exprime nne opinion différente en 1 885, dans son ouvrage Madagatcar, 1 1 , p. 3 : «Tandis que les aborigènes, y écrit-il, ont des affinités avec les races inférieures de l'Afrique, la masse actuelle de la popu- lation est composée d'immigrants venus de la côte Sud-Est du continent voisin*).

("*) Pour le Rév.Jorgensen, les Vazimbâ sont des Africains, mais venus plus récemment que les immigrants malayo-polynésicns qui, quoique moins nombreux, les ont subjugués et leur ont imposé leur langue: les im- migrations, tant de l'Afrique que de l'Extrême-Orient, ont être nombreuses et se succéder i de courts in lervalles (Antananarivo Annual, i885, p. 55).

(n> M. Girard de Rialle (Les Peuplet de l'Afrique et de V Amérique, p. 77) dit que ries Oua-Zimbas, qui habitaient autrefois Madagascar, appartenaient à la grande famille Ba-ntou ou Cafre-.

w M. Debierre rattache les Sakalava aux nègres de l'Afrique et les Hovfl aux Polynésiens (Bull. Soc d'An- thropologie de Paris, 1886, p. aa3).

<*> D'après M. Hartmann, tous les Malgaches sont de purs nègres africains, à l'exception des Hovft, qui sont des Malais (Madagascar).

(q) M. Max Leclerc (Revue d'Ethnographie, 1887,0. i&) attribue une origine africaine non seulement à ce qu'il croit être la population la plus ancienne de Madagascar, les Yazimbft, mais aussi à une seconde immi- gration venue après ces premiers occupants.

ETHNOGRAPIIIE.

d'une colonie soit juive, soit arabe11', ou d'immigrants mongols*-', enfin j'ai émis, en 1879, l'opinion, acceptée aujourd'hui par beaucoup d'anthro-

René Basset (i888)('î; II. Jouan (1890) W; Me Mahon(i89a)(e); G. A. Sbaw (i893)CJ); Zaborowski (1897) M.

(I)Boothby(i6à4)n;Flacourl(i658)W; ÉpidarisleColin(i8n)(b);Cameron(i877),i).

Quelques auteurs ont même émis ridée que la colonisation de Madagascar était due à des Phéniciens (Court de Gebelin)^ ou à des Carthaginois (Guët)W.

(2) Pyrard de Laval (1603) C1); Luiz Ma-

<"> Pour M. IL Basset, les Vazimba sont des Bantous (Cafres) [Bull. Soc. Geogr. de VEsl, 1888, p. 337].

{bJ <r L'origine africaine [des Yazimbâ, les premiers habitants de l'ile] ne doil pas être mise en doute» (Mém. Soc. Se. nul. et mathvm. de Cherbourg , t. XX VI ( 1 89 0), p. 1 7 1 , et Bull, de la Soc. Géogr. du Havre , 1 89 1 , p. 33 5 ).

;e; Les tribus de l'Est de Madagascar, écrit le itév. Me Mahon (Antanan. Ann.f 1899, p. 385), sont de vrais nègres dont le type est un peu supérieur à celui des Africains par suite de leur métissage avec les peuplades du centre et les Européens. Quant aux Sakalavâ, ce sont des Zoulous.

(d> Le llév. Shaw, qui a d'abord dit que les Malgaches étaient très proches parents des nègres africains (Antan. Ann., m, 1877, p. 79), a modifié son opinion et il a écrit en 1893 : «Personne ne peut nier qu'il existe à Madagascar un élément nègre; mais il n'y a pas une seule tribu assez franchement africaine par le langage et l'aspect physique pour ne laisser subsister aucun doute sur son origine occidentale» ( Antan ^ Ann., 1893, p. 99).

<") M. Zaborowski attribue aux Africains le premier peuplement de Madagascar et, dans les Malgaches- noirs, il croit reconnaître le caractère bantou (Bull. Soc. Anthrop. de Parié, 1897, P* 85).

lfj rr Suivant les uns, les Malgaches sont musulmans; suivant d'autres, ils descendent d'Abraham» (A briej Discovpry or Description oj Madagascar, London, i(>'i(i; Copia de la Bibliothèque Grandidier, p. 34).

/ * Les Malgaches frn'ayans eu aucune communication ni commerce avec les habitants des terres fermes de l'Ethiopie à cause de l'ignorjnce de la navigation, n'ont point reccu les changements des Loix et des Cous- in mes qui s'y sont introduites de temps en temps; mais ils ont seulement conservé celles qui ont été en usage dans les pnïs d'où ils sont venus, qu'ils ont apportez avec eux quand ils ont pas*é dans celle i*)e. Ceux que j'es- time y eslre venus les premiers, ce sont les ZaJfe-HtbiaJUm, ou de la lignée d'Abraham, habitans l'ile de baincte-Marie et les terres voisines, d'autant qu'ayant l'usage de la circoncision, ils n'ont aucune tache de mahométisme, ne connaissant Mahomet ny ses Caliphcs, et, réputant ses sectateurs pour Cadres et hommes sans loy, ne mangent point et ne contractent aucune alliance avec eux. Ils célèbrent et chomment le saine ly. non le vendredy comme les Maures, et u'ont aucun nom semblable à ceux qu'ils portent. Ce qui mu fait croire que leurs ancestres sont passez en cette isle dès les premières transmigrations des Juifs ou qu'ils sont des- cendus des plus anciennes familles des Ismaélites avant la captivité de Bahylone, ou de ceux qui pouvaient estre restez dans l'Egypte environ la sortie des enfants d'Israël. Ils ont retenu le nom de Moyse, d'isnac, de Jacob et de Noé. Il en peut eslre venus quelques-uns des costes d'Ethiopie, mais les blancs nommés Zafera- mini y sont venus depuis cinq cens ans et les Zafecasimambou des Matalanes, qui sont les escri vains, n'y sont que depuis cent cinquante nus» (Histoire de Madagascar, avant-propos, p. 3).

th> «11 y a à Madagascar des tribus de nègres africains, des Malais et même des Juifs, des Arabe* et de» Indiens» (Ann. des Voyages, t. XIV, 1811, p. 99).

O Les Malgaches sont les descendants d'une colonie juive, venue à bord de navires phéniciens, ou tout au moins ont été en relations constantes avec les Juifs depuis les temps d'Iiiram et de Salomon (Antan. Ann., 1877, p. 3 à 10). Dahle fait remarquer que les coutumes juives, sur lesquelles Cameron étaie son opinion, existent également chez les Polynésiens (voir Tlrxkii, Ten Years in Polynesia) [Antan. Ann., i883, p. i3].

M «Il y a un rapport étroit des langues de Madagascar avec la phénicienne. On ne saurait jeter les yeux sur l<*s Dictionnaires de ces langue* sans y reconnaître une prodigieuse quantité de mots phéniciens, même dans l<>s noms de lieux et en particulier dans ceux des chiffrer». trTout dépose la communication la plus étroite entre toutes les îles du Midi de notre globe et tout nous ramène à cet égard aux Phéniciens» (Le Monde pri- mitif : Dissertation, Essai d'histoire orientale, 1781, p. 5a, 538 et 553). H y a lieu de remarquer que, dans le dictionnaire de Flacourt et autres qu'a consultés Court de Gebelin, les mots malgaches sont si mal écrits qu'ils sont le plus souvent méconnaissables et ne peuvent pas servir à une étude sérieuse de linguistique comparée.

f' <r Madagascar a été visité et colonisé par les Carthaginois» (Origines de V(U Bourbon , 1 888, p. et suivantes ).

(l> <rL'isle de Saint-Laurent a été peuplée autrefois par les Chinois, estans en un navire qui se perdit en cet endroit Saint- Augustin), qui s'y habituèrent : aussi retirent-ils en quelque chose du visage aux Chinois* fors qu'ils sont bazanés» (Voyages de Pyrard de Laval en 160a , t. I, cil. 111, p. a'i).

6 MADAGASCAR.

pologistes, que Me de Madagascar a été peuplée par des immigrations suc- cessives, remontant à des temps fort éloignés (l), de nègres indo-océaniens ou orientaux (2), que je désignerai sous le nom général d'Indo-Mélanésiciis pour rappeler que la branche orientale du Ironc nègre existe non seulement daus les îles de l'Asie et de TOréanie. mais aussi sur le» continent.

riano(i6i3)t*); Henras.(i8ot) b'; Mullens (i875)W; Wake (1882W et .885U).

O II esl 1res \raisemblable que les premières immigrations de nègres indo- océaniens à Madagascar ont eu lieu bien des siècles avant Jésus-Christ.

"*} Les nègres orientaux, cVt-à-dire les nègres asiatiques et océaniens appartiennent à plusieurs types, dout les dillérences de taille et de caractères physiques sont très marquées, mais qui ont une grande uni- formité de coutumes et un étal sorial. des traits intellectuels et moraux à peu près identiques; ces divers typrs se sont du reste croisés en maints endroits, soit entre eux, soit avec les Indonésiens, les Malais et autres individus de race mongolique, soit avec les Polynésiens, produisant des métis d'aspects 1res divers. Quelques anciens au- teurs, frappés par ccrlains caractères exté- rieurs, tels que la couleur de la peau et la chevelure, qui sont plus ou moins communs

aux nègres occidentaux et aux nègres orien- taux, ont attribué à ces derniers une origine africaine; Lesson, notamment, qui rappro- chait les Malgaches au teint noir des Africains, dit, dans le lomeIprdc la Zoologie du Voyage autour du Monde de" Im Coquille "• , 1826^.87, que ries Papous ont la plus grande ressem- blance avec les nègres rafn-madécasses, et que cette analogie se retrouve dans plusieurs de leurs habitudes et de leurs traditions; ils paraissent provenir d'une migration (afri- caine) postérieure à celle des Océaniens *, cl plus loin, p. 101, il place à la suite des Papous, comme une tu ronde variété du ra- meau Cafro-Madécastc, les habitants de la terre de Diemen. Les différences entre les races nègres africaine et mélanésienne sont beaucoup plus grande.** que ne le suppo- saient ces auteurs, et on ne peut admettre que des migrations partielles de l'Afrique aient peuplé l'Asie et l'Océanie; ce sont, au contraire, les njjies indo-océaniens

') L. Mariauo, qui dit (Ta boni que les premiers habitants de* Madagascar sont venus de la (lafi crie •»! qu'il en est ensuite arrivé de Maîacra (Kxpior. de M.ulag. cm iGi3, llol. Soc. Ùeogr. l,i$(.oa, 1887, p. 3if>\ exprime plus loin l'opinion que Pile a été peuplée d'abord par des immigrants venus de M lacra, -ce que prouve d'une manière presque sure la langue des Malgaches, différente de 1* langue eafre et très semblable au malais 1.

b' Les habitants <!e Madagascar descendent do Malais venus de l'Inde:/,* «/;u«jm/*« A «'/»/if *<<>/*//* •,'»/»«. I.H.p. Vi •.

'r) La colonisation de Madagascar esl due aux Malais (Twelve Mnnths in Madafj., 1R70, p. 173 cl 176).

(d) M. Wake (Journ. Anthrop. Soc. of Lomlon, déc. 1869) a d'abord cherché à établir que le* Papous et le> Cafres ont la même origine et que les Malgaches sont des Cafres, mais p! us tard il écrit :r <)uoique le«> Malgarh- •» aient de nombreux points de ressemblance avec les Africaius, leur parenté est avec les peuples mongols de l'Indo-Chinc, avec les Siamois. Les Yazimlia' sont probablement des Indo-Chinois, et les llova sont le résultat du mélange do ces Yazimbâ avec une colonie arabe venue peut-être aussi de l'Archipel Indien». Quant aux Malgaches pré-hova, M. Wake les croit apparentés aux habitants de Java et de Sumatra et originaires du Sud de l'Asie; leur langue, qui est, dit-il, grammaticalement plus proche du malais que des languis océaniennes, malgré un grand nombre de mots océaniens, se rapproche en tout cas plus du papou que du polynésien (Race éléments of the peoplc of Madagascar, Journal Anthropol. Intitule, 188a, p. 3o, et Antatian. Ann. , 1 88a , p. 1 1).

<*) Les Malgaches, dit M. Wake, appartiennent i la grande famille indo-chinoise, et, s'ils parlent une langue ma layo- polynésienne, c'est qu'ils ont subi les mêmes influences que les Malais, qui, suivant M. Kcane, ont été amenés à accepter un langage différent de celui de leurs ancêtres mongols, parce qu'ils ont trouvé le pays déjà occupé par une population malayo-polynésienne (Antananarivo Annuel, i885, p. 1*»).

ETHNOGRAPHIE.

CHAPITRE PREMIER.

IMMIGRATIONS INDO- MÉLANÉSIENNES.

Comment ai-je été amené à relier les Malgaches, hormis les An- drianà de llmerinâ et des familles des chefs des principales tribus, aux nègres de l'Extrême-Orient plutôt qu'à ceux du continent africain, comme le faisaient tous les auteurs et même les anthropologistes? C'est que, pendant mes voyages à travers h»s différentes peuplades, j'ai été non moins

qui ont abordé à Madagascar ot s'y sont de cette ile. A. Grandidier (1879) ('s élnblis, formant le fond de la population W. E. Cousins (1878) M; J. Sibree (1879

<*> ffLa race que j'appellerai autochtone, sans vouloir préjuger son mode de diffusion, est bien certaine* ment, par ses traits, par ses mœurs et par sa langue, du groupe des populations négroïdes de fOcéanie. Tête grosso, cheveux en tête de vadrouille, figure plate et ronde, lèvics épaisses, nex aplati à la naissance, tout rap- pelle les nègres orientaux» (Revue scientifique, 1 1 mai 1879, p. io85). Celle opinion a été reproduite avec les preuves à l'appui dans plusieurs mémoires que j'ai publiés subscquciuuicnl, notamment dans la Notici sri ■es taavaux scieutifiques (188A, p. 96-97); dans Madagascar et ses habitants, discours prononcé à la séance publique annuelle des cinq Académies du 95 octobre 1886, p. i3 et suivantes; dans les Vazihià (Ment, publié» par la Soc. philomathique , 1888, p. 1 55 et 160); dans les IlovX (Rev. fjén. Sciences, 3o janvier i8g5, p. 5o), etc. Dumont d'Urville a remarqué que certains mots communs au malgache et aux dialectes polynésiens ne se retrouvent pas dans le malais ou s'y présentent très altérés et il en conclut que l'analogie des langues polynésiennes avec le malgache n'est point due a l'intermédiaire du malais; de cette intéressante et véridique constatation, il n'a tiré aucune conclusion au sujet de l'origine des Malgaches (Phibl. du voy. de rrL' Astrolabe r . i83&, p. 976). Quatrcfages dit, dans VIntrod. à l'étude des race* humaines (1889, p. 3ot>), que v Froberville a, comme Grandidier, signalé la ressemblance entre les Mélanésiens et certains Malgaches n; mais, tout en signa- lant cette ressemblance, M. de Froberville n'a jamais émis l'idée que les nègres de Madagascar descendaient des nègres de l'Océanic, il a, au contraire, écrit qu'on peut considérer sans témérité la race indigène ou Vazimba comme uns (franche des Galla (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1839, p. 969), et que la constitution physique de la race noire de Madagascar indique assez qu'elle est originaire de l'Afrique, ce que confirme l'examen des mots et des usages qui lui sont propres (Notice en tète du Voy. à Madag. de Leguevel de La combe, 1860, p. 11). C'est dans un travail analysé par M. Serres (Compt. rend. Ac. Sciences, i85o, p. 68a et 683) qu'il divise, d'après le prognathisme de la face, les peuplades de l'Afrique orientale ou ostro-nègres, en trois groupes : l'un apparenté aux noirs de la Guinée, un autre rappelant les Cafrcs-Béchuancs, et le troisième ayant le type négro-océanien ; il y a, ajoute le rapporteur, dans l'Ouest de l'Afrique, la tribu des Nagas, qui ressemble à des Papous, mais nulle explication n'est possible à ce sujet; car il n'y a pas de trace qu<» des navigations aient été effectuées de l'Afrique en Océanie ou d'Océanie en Afrique. Au commencement du m* siècle, le ch*r de Froberville cite dans son Dictionnaire (ms.) l'opinion suivante d'un anonyme : «Les habitants de l'Afrique et ceux de l'Ouest de Mada- gascar, qui ne sont séparés que par le canal de Mozambique, sont très différents; les uns sont de vrais (bâfres, les Sakalavâ ne le sont pas; ces derniers ont en effet les cheveux extrêmement frisés et crépus, mais beaucoup plus longs; ils ont une plus belle prestance et la jambe mieux faite; ils sowt moins stupides et plus industrieux, ils sont plus propres, plus délicats sur le manger; leur langue, leurs croyances, leurs mœurs, leur caractère n'ont pas plus de rapports que leurs traits; leur couleur est moins foncée, tirant plus sur le rouge». Ce que dit cet auteur est exact, mais il n'en n tiré aucune déduction au sujet de l'origine probable des Malgaches. Aug. Billiard a écrit, en 1891 (Ms. Ârch. Col.), que, du Cafre au Malgache, la distance est grande, tandis qu'elle est à peine sensible du Malgache a l'Asiatique et même à l'Européen (!), et qu'il faut rechercheriez causes des dissemblances entre deux peuples que sépare seulement le canal de Mozambique dans la différence de leur origine et de leur organisation ; il n'a pas non plus émis d'opinion au sujet do la race à laquelle il faut rattacher les Malgaches.

<b) «La conformité qui existe entre le malgache et les langues des archipels asiatique et polynésien, au- tant sous le rapport du vocabulaire que sous celui de la grammaire , quelquefois même il n'y en a pas aver

8 MADAGASCAR.

frappe de l'imité de la langue parlée dans Tile entière que de la grand*» uniformité des mœurs et des traits physiques de la masse de sa population.

et 1883) W; Codrington (188s) M; Wake 11. 1\ Maliac (Irakâ, 18^7, u* 6, p. 53,

(i883)''>;ParreU(i886)<a);Rev. G. Cousins et Tantara*' wy Andrianà. 1899, p. 7) 'lh

(i886)W; de Quatrefages (1889) '*) ; Si- Mullcns dit (Journal of Anthropol. Society

brec et Baron (1899)^; Ha m y (1895) M; 1870, p. 181) qin» Ions l«»s Malgaches

le malais, semble indiqner que la première immigration de P Extrême-Orient date d'une époque antérieure k celle les langue* cultivée* ont pris leur forme actuelle.'» De que : «t* il n'y a pas de traditions musul- manes à Madagascar; «j* que les mots san»crils ? sont très peu nombreux, et 3* que le malgache est beaucoup plus riche en formes dérivées que le malais», le R<»v. W. E. Cot*i\s conclut que la langue malgache e*l une très ancienne forme de la langue primitive parlée jadis dans le Sud de l'Asie et dans POcéanie et n'etf millemciil dérivée du malais tel qu'on le parie à présent (Rév. W. K. Coisins, The Malagasy language, Philolog. Soc.. 1878; reproduit par Sil»ree dans The (Jreat AJrican Island , 1K80, p. laa).

O Le Itév. J. Sibrec, qui, dans Madagascar and Us peuple (1870), p. 969, attribue aux Malgaches une origine asiatique (malaise), comme Pavait déjà en partie suggéré Ellis eu i83b (Hist. of Madagascar, p. 6). >e range à mon opinion dans The Grcat Afriean Itland (1880), p. 116. «*ll est en effet possible, dit-il, que les deux races des archipels Malayo-Polynésiens soient représentées à Madagascar : la rare d'un bruu clair, qui est répandue dans la Pohuéiie orientale, des Iles Sandwich à la Nouvelle-Zélande, et la rare noire, qui habite la Polynésie occidentale depuis les lies Fidji jusqu'à la Nou\clle-Guinée. L'unité si remarquable du langage dans tout Madagascar donne à penser que les ancêtres des Malgaches sont originaires de divers poinl* de l'archipel Malais et qu'avant de fe disperser ils ont vécu ensemble en un point quelconque de Pile pendant assex longtemf<s pour que leurs langues Fe .soient fondues et unifiée*. l^»ur immigration remonte a une é|K>que très ancienne». Il ajoute (Anlanannriro Annunl, 188a, p. a3 I : rll semble probable que les Malgaches sont aussi bien appa- rentés aux races noires de POcéanie (Négritos ou Papous) qu'aux races malayo-pohnésicnncs au teint plus clair».

**' Le Ilé\. R. S. Codrington, missionnaire aux lies de Banks (au Nord des Nouvelles- Hébrides), ayant constaté que plusieurs des mots malgaches tenus à sa connaissance ont non seulement une origine commune incontes- table avec ceux du dialecte mélanésien de ces îles, mais ni outre une structure grammaticale identique (ana'ogue à celle des langues ma'ayo-melano-poK miennes qui ont toutes sous le rapport de la syntaxe, la plus grande affinité), confirme mon opinion en concluant (pie les habitants de Madagascar sortent de la néme souche, aujourd'hui disparue, que ceux des Tes Fidji, des îles de ISanks, etc. (Anton. .1mm. t 1*8», p. 26).

W M. Wake, qui, en 1 8C9 (note d précédente), attribuait aux Yazimbâ une origine africaine, a, depuis, changé d'opinion; il dit (Autan. Ann.t iSK5, p. i.">) qu'on sait m peu de choses <ur eux qu'il y a tout autant de raisons de les rapporter aux Négritos ou aux Papous qu'an* Nègres d* Afrique, et il fe ronge i mon opinion que les Nègres océaniens ont précédé à Madagascar la tenue des Malayo-Polynésiens et forment le fond do ta population , quoique , pour lui, l'élément principal actuel de cette population soit mongoloïde (noie e précédente).

M Pour M. Parrelt, il va, parmi les habitants du Nord-Ouest de Madagascar, trois types : l'un foncé (ou Papou?) avec la barbe bien fournie; l'autre analogue, à celui des Malgaches ordinaires (!) ou Sakala\â,et le troisième africain (Olmf.r, Madagascar, t. H, note de la p. 5o).

(*> «Les Malgaches peuvent aussi bien étic des Papous ou des Malais noirs que des Africains (note, p. 6 du t. I de Madagascar, Oi.ivkr, 1886).

W Qualrefages, qui, en 188a, regardait les Saka!a\â comme appartenant a la race Banloti, les met, d'après mes indications, dans le rameau papou ( ïntrod. à l'étude des Races hum. . p. 343, 35o, et 39.") à 3f)8).

w rll est beaucoup plus probable que les habitants de la côte orientale de Madagascar sont des Négritos ou des Mélanésiens que des Africains?) (note de la page 385 do VAntananarivo Annuai, 1 89a).

^ Le DrHamy( Les Races m maires, /fer. teientijique , 1895) dit, en s*appu\ant sur mes tra\aux et sur les co'lections du Muséum d'histoire naturelle, que Madagascar tout entier possède un fond commun ethnogra- phique et linguistique qui n'a rien d'africain et qui reproduit les langues, les mœurs et les usages des Indoné- siens (c'est-à-dire de ces peuples qui forment dans le vaste ensemble malayo-polynésien un groupe aux contours nettement arrêtés et dont les limites s'étendent du pied de l'Himalaya oriental aux dernières Iles de la Sonde). Toutefois, ajoutc-t-il, les rroiseineuts opérés pendant des siècles avec des peuples d'origines diverses masquent eu partie les caractères asiatiques, qu'on ne retrouve que péniblement, en particulier chez les Sakalavâ.

t*) «rLes îles de POcéanie sont habitées par un groupe de peuples qui ont une singulière analogie avec ceux

de Madagascar, au triple point de vue des trait:* extérieurs, îles u<ages et de la langue M. (îrandidier a

montré qu'on trouvait à Madagascar les trois mêmes classes d'habitants que dans l'Indo-Océanie : nègres orien- taux. Indonésiens et Malais De la similitude des langues malaise et malgache, on a le droit de conclure

a la parenté des populations. Il nous parait donc très probable que non seulement les Hovâ, mais encore le fond de la population malgache vient de la Malaisie.i

ETHNOGRAPHIE. •)

Il y a longtemps que les marins et les voyageurs ont constaté que les habitants de Madagascar parlent une seule et mémo langue, d'origine malayo-polynésienne(1), mais ils n'ont pas attaché à ce fait, cependant si remarquable, l'importance qu'il a, et ils ont cru l'expliquer en en attribuant l'introduction à la poignée de Malais venus il y a quelques siècles. L'existence dans cette grande île d'une seule et même langue, purement malayo- polynésienne ou plutôt indo-mélanésienne(3), par conséquent de provenance orientale, aurait cependant fixer davan- tage leur attention. N'est-il pas en effet extraordinaire que des peuplades ou plutôt des familles, qui n'ont eu jusque tout récemment aucun lien politique ni commercial, qui ne se connaissaient même pas de nom au commencement du xi\c siècle, qui vivaient dans l'isolement le plus

sont de race malaise, môme les Yazimbâ, qui, ajoute-t-il, no ut rien d'africain!

(j) Don Luis Fcrnandes de Yasconrcllos on i .").■>() 'a\ les premiers navigateurs hollandais venus à Madagascar en 1095, Frédéric de Houtman on i6o3, le R. P. Luiz Mariano'b) et Gothard Arthusius en 161 3, Reland en 1708, etc. , ont signalé ce Tait intéressant (c).

W Je ne crois pas que l'appellation de langues malayo- polynésiennes soit juste. Je pense que les éléments primordiaux de ces langues sont d'origine indo-mélané- sienne et que les Polynésiens et les Ma- lais ont adopté, en les perfectionnant, les langues des peuplades négroïdes aborigènes iu milieu desquelles ils se sont implantés, ou plutôt avec lesquelles ils se sont croisés. Il est probable que ces Indo-Mélanésiens, dont une branche a peuplé Madagascar, avaient déjù accompli d'importants progros en agriculture, connaissaient le fer et sa-

vaient le travailler ainsi que l'or, tissaient des étoffes avec les fibres des plantes, élevaient des poules, des canards, des bœufs, etc., et que, partis soit de l'Inde et de f Indo- Chine, soit des grandes lies de l'archipel asiatique , ils ont pu, grâce a leur habileté dans la navigation, se disséminer dans les lies de l'océan Indien et de l'océan Pacifique, ot répandre dans toutes ces mers leur langue, leurs mœurs ot leur industrie. Les Rév. Codrington (Anlanan. Annual, 1882, p. 36) et J. Richardson (Antanan. An- nual, 1887, p. 3î)3) font remarquer que, si Ton trouve dans le malgache plus de quatre cents mots malais, la construction grammaticale du malais est très différente do celle du malgache, qui, au contraire, en ce qui concerne les articles, les pronoms, les noms, les particules, les formes verbales, les prépositions, les nombres, etc., a des liens très étroits avec les langues mélanésiennes.

* <rPor algumas bahias acbârara pessoas que pareciam Jâos : por onde vierara a cuidar que fora aqueila costa pela banda da fora povoada de Jâos , por que fallavam a tua lingua* (Diogo do Colto, Da Atia, Dec. VII. ii\. vin, ch. i, p. 177).

h «Les gens de l'intérieur, comme ceux des côtes Ouest et Sud, parlent une langue semblable au Malais» (\oir p. i5o, note 9).

r< «Les habitants des archipels et iles du Midi de notre globe parlent tous une langue ayant le plus grand rapport avec le malais et le malgaches (Court de Gebelik, Le monde primitif, 1780). Les peuplades de l'Est de Madagascar prétendent que leurs usages leur ont été apportés de l'Orient dans une vaste coquille [Chapelier, Lettres manutcrttêt, 1800 (Foxds Fabqchar, Mutée britannique)].

ETHNOGRAPHIE.

10

MADAGASCAR.

complet et n'avaient entre elles d'autres relations que les razzias et les pil- lages auxquels elles se livraient sans cesse entre voisins immédiats, parient toutes la mémelangue(1) et que les invasions nombreuses et successives des Arabes et des nègres africains ne l'aient que peu ou même point altérée. Je ne sais vraiment pas coin ment on a pendant si longtemps accepté, sans discussion, l'assertion, qui eût paraître à tous inacceptable, comme elle lest en réalité, qu'en quatre ou cinq siècles quelques milliers ou plutôt quelques centaines d'étrangers aient imposé leur langue à tous les anciens habitants du pays, d'autant plus qu'emprisonnés dans un petit canton au milieu des montagnes et honnis de tous leurs voisins jusqu'à

f1' (Test un fait tri»? remarquable et bien digne d'attention que cette unité de la langue dans un pa\s aussi grand , d'autant plus que, dans l'archipel asiatique comme dans TOceanie, les divers dialectes n'oc- cupent que des surfaces très restreintes. - - Il y a toutefois des différences de pro- nonciation entre les différentes tribus: Yn simple des Antimerina est sou\ent pour les autres habitants de file soit mouillée ,soitgut- turale ; Ys simple des Antimerina est mouillée chez les Àntanosy ; dans certaines provinces, le tt devient f. le d devient /, la syllabe demi-muetle ira se change en dans l'Ouest et en tchâ dans l'Est; les vovelles finales â et i/ sonnent souvent comme un é demi-fermé et la syllabe terminale demi -muette nd n'existe pas chez, les SakalavS, etc. On trouve aussi chez chaque peuplade dos mots qui, à première vue, semblent différer com- plètement de ceux usités chez les autres pour désigner les mêmes objets. Les chefs et seigneurs de ces peuplades, étant presque tous d'une nationalité différente de la masse du peuple, ont introduit des mots prove- nant de leur langue maternelle, et il existe en outre, a Madagascar, la coutume de ta- bouer, c'est-à-dire de ne plus prononcer,

après la mort de leurs chef-, les mots qui entrent dans la composition du nom do ces chefs ou même ceux qui ont à peu prv* la même consonance : le roi .saknlava Vi natif étant mort un peu avant mon arrivée au Ménnbé, le mot Yilany, qui est uui\erselle- ment employé à Madagascar |K)ur désigner une marmite, a été supprimé de la langue des Antimenn du jour au lendemaiu et rem- placé par le mot JLrtrthaiià (lill. : objet l'on a l'habitude de faire* bouillir [les ali- ments ] ) forgé de toutes pièces pour la circon- stance avec la racine universellement usi- tée dans toute l'ile Letrikâ, qui impliqua

Tidée de bouillir. Il v a aussi lieu de tenir

compte de la différence de \ie des Mal- gaches pasteurs ^ et des Malgaches agri- culteurs ^, qui a apporté des modifications dans certaines parties de la langue. Toutes ces différences et ce> Migrations peuvent surprendre un étranger t|tii ne con- naît bien ni les mœurs, ni le ;;;iue mal- gaches, mais elles ne touchent point au fond de la langue et n'ont en réalité aucune importance pour les linguistes. Il n'y a aucun doute que, au double point de vue des racines et des règles de la syntaxe, la langue est une dans toute l'ile.

w Le» Malgache» qui habitent le Nord, l'Ouest et le Sud de Pile sont presque «'xriu«ivorocnt pasteur». (W) Tes Malgaches qui occupent le Centre et l'Est de Madnfça*rar sont surtout aj;rii tiltotirs.

ETHNOGRAPHIE. 11

la fin du xviii0 siècle, ils n'avaient et ne pouvaient avoir aucune autorité ni aucune influence sur les autres tribus, avec la plupart desquelles du reste ils n ont point eu jusqu a ce jour de relations.

La langue malgache existait certainement, telle qu'elle est aujour- d'hui, longtemps avant la venue des Malais qui sont les ancêtres directs des Andrianâ ou nobles de ilmerinâ, et il n'est pas douteux qu'elle a été apportée par les nègres indo-mélanésiens, dont les immigrations succes- sives ont peuplé Madagascar.

Si le caractère malayo-polynésien , ou plutôt indo-mélanésien, delà langue malgache a été reconnu dès la découverte de l'île, la parenté de la masse de ses habitants avec les nègres orientaux, qui ressort aussi pleinement de l'étude de leur aspect physique et de leurs mœurs que de celle de la linguistique, n'avait jamais été affirmée, ni même soupçonnée jusqu'à mes voyages. Il n'est pas facile en effet de débrouiller le chaos des races qui se sont accumulées et croisées à Madagascar : Nègres indo-mé- lanésiens, Malais et surtout Javanais, Makoas, Arabes, Soahilis, Indiens, peut-être même Chinois et, plus récemment, Européens; les individus de race pure y sont très rares et on peut dire qu'à quelques exceptions près tous les Malgaches sont, à des degrés divers, des métis. Néanmoins, à travers ce mélissage très complexe, les caractères fondamentaux de la race qui a originellement formé et qui forme encore aujourd'hui le fond de la population, et sur laquelle se sont successivement greffées les autres races ci-dessus nommées, nous révèlent, comme l'étude de la langue, l'origine indo-océanienne des premiers immigrants.

En effet, si, dans la population de Madagascar, nous laissons de côté, d'une part, les Andrianâ de Ilmerinâ, dont l'origine malaise est incontes- table, et leurs nombreux métis qui habitent cette même province, et, d'autre part, les chefs des principales tribus tant des côtes que de l'intérieur et leurs familles qui, tous, sont d'une race différente de celle de leurs sujets (l), il n'est pas douteux que les Malgaches sont

(1) Ces sujets . comprennent les Vohitrâ mis par les immigrants étrangers de venue ou libres (lesquels sont les descendants des plus récente) et les Andevo, ou esclaves, qui anciens chefs des premiers occupants, sou- sont un ramassis des races les plus diverses.

12 MADAGASCAR.

noirs et méritent l'appellation de Nèfirr*. sous laquelle les anciens na- vigateurs les ont désignés. Mais la couleur noire de leur peau n'im- plique pas nécessairement une origine africaine, comme l'ont admis tous les auteurs qui, jusqu'à mes voyages et même depuis, ont parle des habitants de Madagascar1'1. Il existe, en effet, comme nous l'avons dit plus haut, des nègres en Asie et en Océanie tout comme en Afrique, mais très différents les uns des autres. Or, les traits physiques et les mœurs et coutumes des diverses peuplades malgaches, toujours abstrac- tion faite des familles de leurs chefs ainsi que des Andriana de l'Imerinâ et de leurs métis, ont une grande uniformité, que cachent à la première vue les modes de coiffures si variées d'une province à l'autre, leur diffé- rence de vie et les mélanges très fréquents qu'elles ont eus avec les im- migrants des différentes races, venus postérieurement, mais qui n'en existe pas moins et qui démontre leur origine orientale1*'.

Une des raisons principales, oulre la couleur, qui ont amené tous les auteurs à admettre que ce sont les nègres africains qui ont peuplé Madagascar, c'est, d'une part, la proximité du continent noir, qui n'en est distant que d'une centaine de lieues et, d'autre part, le grand éloigne- ment des terres orientales, qui en sont séparées par une étendue de mer de plus de mille lieues. Mais les nègres de la cote Sud-Est d'Afrique sont et ont toujours été peu adonnés à la navigation (3;, et les courants, qui sont con- traires pour venir du continent à la grande ile, rendent difficile la traversée du canal de Mozambique de l'Ouest vers l'Est, tandis que les nègres indo- mélanésiens sont d'excellents marins et que le grand courant équatorial w

(1) Voir, pages 3, A el 5, la série des no- W Sans rechercher avec Elisée Reclus si

tules oùsonl analysées les opinions des prin- les bancs des Chagos, que Darwin croit avoir

cipaux auteurs qui ont écrit sur Madagascar. élé immergés a une époque récente, of-

W M. de Quatrefagcs, à qui j'ai fait part fraient aux praat un lieu d'étape favorable

du résultat de mes recherches, a adopté entre Hndo-Mélanésie et Madagascar, ni si

mon opinion, qu'il a exposée dans son livre d'autres terres ont disparu, qui facilitaient

intitulé : Introduction à V étude des races hu- la navigation de l'Orient vers l'Occident,

maines, 1889, p. 3g5-39G. nous savons : que le colonel Nicolas

(3) Edrici, en i 1 53, dit que les Zendj. Coutanceau W, chargé d'un message pour le

ou nègres africains, n'ont pas de navires. gouverueurde l'Ile-de-France, s'échappa, en

M Voir le dossier Coutanceau, Ârch. colon. Guet relaie ce fait dan? Le* Origines de Vue Bourbon, p. 7.

ETHNOGRAPHIE.

15

3

I

1;

I.

leur est favorable. Du reste, si l'opinion du baron cTEckstein(1) sur le pays- d'origine des nègres océaniens (Mélanésiens et Ne'gritos) est exacte, si l'Inde primitive et la presqu'île malaise ont été le point de départ d'où ils se sont répandus en Océanie, comme semblent l'attester les îlots ethniques qu'on trouve encore dans les montagnes de l'Himalaya et de Vindhya, dans les Nilghiri et le Dékhan, ainsi que dans Tlndo-Chine, il est tout naturel qu'une branche se soit portée vers l'Ouest, pendant que d'autres sont allées dans l'Est, fuyant les invasions mongolique et caucasique qui eurent lieu dans le Sud de l'Asie plus de a5oo ans avant Jésus-Christ. Il est en tout cas certain que l'immigration des nègres indo-mélanésiens a pré- cédé l'ère chrétienne, car le malgache, contrairement aux langues de l'archipel asiatique^, ne contient pas de mots d'origine sanscrite; il

1762, de Pondichéry qui venait de tomber nu pouvoir des Anglais et, se confiant sur une mauvaise chaloupe avec deux Français et six Indiens h la seule action des courants, r.niva en deux mois ù Port-Louis ; 2°que plu- sieurs jonques malaises , qui avaient perdu de vue leurs terres à la suite d'une tempête, ont atterri à la côte Nord-Est de Madagascar au commencement de ce siècle W ; que des pécheurs des îles Maldives, pris par le mau- vais temps, ont aborde, il y a quelques années, abord de calimarans non pontes, à Lamou,surla côte orientale d'Afrique, ib ont fondé une colonie, ne pouvant re- gagner leur pays à cause des courants^); 4°qu aux premiers jours de septembre i884 il est arrivé sur la plage de Tamatave des pierres ponces provenant de l'éruption du Krakatoa et qu'à la suite du cyclone du

a5 février i885 il en est venu sur toute la côte Est une quantité considérable; qu'en 1887 on a trouvé, sur la côte d'Afrique, à Port-Elizabelh, mêlé à des ponces ayant la même provenance, un fruit du Barring- tonia specio&a qui a été planté et qui a ger- mé (c), etc. Ces faits démontrent que la venue à Madagascar des praos ou navires indo- mélanésicns et malais, sous la seule action des courants, est non seulement possible, mais facile.

M Voir le Journal Asiatique du mois de décembre 1857, p. 49a.

(2) M. Aristide Marre a appelé l'attention sur ce fait, important au point de vue his- torique, dans le Muséon (Lou vain, 188G) et dans les Atti délia R. Acad. Scienze di Torino (adunanza del 26 diccrabre 1899)^; mais, comme il attribue l'importation de la

(A> Barthélémy Hugon a assiste à l'arrivée des Malais qu'ont amenés ces jonques, et dont Sylvain Roux a incorporé quatre dans sa milice en août 1808 (voir les Manuscrits des Arch. colon., au verso de la page 3o des Lois, Polices et Coutumes de Madagascar, 1818). Du reste, les historiens portugais rapportent qu'au xvi* siècle leurs marins ont, à diverses reprises, trouvé sur la côte orientale de Madagascar des Javanais que des tem- pêtes y avaient jetés, notamment vers i5o5 (Barros, Asia portugueza, Dec. II, liv. iv, chap. m, p. 3q&) et vers i555 (Dioco do Cooto, Da Atia, Dec. VII, liv. vin, chap. 1, p. 177).

(b) Mgr Le Roy a visité cette colonie pendant son séjour sur la côte orientale de l'Afrique, vers 1890.

(e) H n'est pas douteux que les Barringtonia speciosa de Madagascar, comme plusieurs autres plantes, ont une origine analogue, et que ce sont les courants qui en ont apporté les graines.

M Van der Tuiick(Grammar of Malagasy language, Journ. AsiaL Soc., 1 865) rite deux mois qu'il rapporle au sanscrit (fa/a, scorpion [en malgache, hala], ci dosa, péché [en malgache, trosa = délie]), et on pourrait

i& MADAGASCAR.

est à remarquer qu'il n'y en a pas non plus dans les langues de la Poly- nésie (1).

Les premiers nègres indo-mélanésiens que les courants ont amenés sur les cotes de Madagascar, et dont les descendants forment le fond de la population de toute iiie, ont-ils trouvé cette ile occupée par des habi- tants d'une autre race, issue d'immigrants africains? C est ce que Ton ne saurait dire dans l'étal actuel de nos connaissances. S'il y avait des abori- gènes, ils devaient être en Lien petit nombre et dans un état de civilisa- tion très inférieur, puisque, ni dans les mœurs ni dans la langue des Malgaches actuels, on ne trouve de traces de leur influence. 11 n'est pas malaisé de voir que les mots d'origine étrangère, africaine, arabe ou autre, qui surnagent au milieu des mots méhmo-poUnésiens, ont été greffés sur la langue au fur et à mesure des besoins et de l'introduction d'objets inconnus, de connaissances nouvelles ou de coulunies étrangères.

En plusieurs régions de File, on a trouvé, mêlés à des ossements d'ani- maux aujourd'hui disparus, des fragments de poteries qui ne sont pas l'œuvre des habitants actuels, mais probablement celle d'anciennes colo- nies, de race inconnue, qui ne devaient plus, du reste, exister à Mada- gascar lors des premières immigrations indo-mélanésiennes, car ces po- teries dénotent un état de civilisation assez avancé, et les peuplades capables de les fabriquer n'eussent certainement pas été absorbées par les nouveaux venus que leurs praos ou jonques amenaient en petit nombre, à moins que, d'abord cantonnés dans une région, ceuj-ci ne s'y soient multipliés et aient ensuite fait la guerre aux premiers occupants et les

langue malgache aux Malais, c'est-à-dire lieu, au contraire, beaucoup plus récem-

aux Andriana de llmerinâ , ses conclusions ment. Ce sont, comme nous lavons dit plus

ne sont pas exactes en ce qui concerne haut, les immigrants indo-mélanésiens, ou

Timmigration à Madagascar de ces der- nègres orientaux, qui ont ap[K>rlé avec eux

niers, qui n'a nullement précédé Tintroduc- la langue qui est parlée de tout temps dans

tion de l'Hindouisme dans Java (laquelle File entière, date du ier siècle de notre ère), et qui a eu O Voir Crawfurd et Humboldt.

peut-être y ajouter celui de umdry, jointure (en malgache, umdry- bras). Au cas même l'origine de ces mots serait indubitablement sanscrite, leur présence dans la langue malgache ne changerait rien aux conclu- sions qu'on peut tirer de l'étude de M. Marre est énumérée une foule de mots qui se rencontrent dans les divers idiomes de l'archipel oriental et qui n'existent pas à Madagascar.

IL

ETHNOGRAPHIE. ÎS

aient détruits. Toutefois, il est difficile de concevoir la disparition totale d'une population déjà civilisée et, si cette population a été réduite à l'esclavage ou au servage, elle aurait, dans une certaine mesure au moins, marqué de son empreinte les mœurs et le langage des conqué- rants; il n'est pas douteux qu'il eût survécu quelques tribus que la diffé- rence de leurs mœurs et de leur langage eût signalées dès longtemps à l'attention des voyageurs.

Telles sont, en résumé, les notions que nous possédons aujourd'hui sur l'origine des Malgaches. H y a certes encore beaucoup à faire au point de vue anthropologique et ethnographique; néanmoins nos connaissances, sur ce sujet, se précisent chaque jour.

CHAPITRE IL

ÉTUDE COMPARATIVE DES MALGACHES ET DES INDO-OCÉANIENS,

Je viens d'exposer dans le premier chapitre les raisons qui m ont amené à rattacher les nègres de Madagascar aux nègres de l'Extrême- Orient. H y a lieu maintenant de donner les autres preuves à l'appui de mon opinion, preuves que nous demanderons à l'étude comparative de leurs crânes, ainsi qu'à celle de leurs mœurs, de leurs croyances, de leurs institutions, de leur industrie et de leurs langues; mais, avant d'entrer dans les détails de cette étude, il n'est pas inutile de rappeler brièvement l'origine des peuples indo-océaniens auxquels sont apparentés les Malgaches.

Dans le vaste ensemble de terres que baigne l'Océan austral , pé- ninsules Indienne et Indo- Chinoise, archipel Asiatique, îles et îlots innombrables qui sont disséminés à des distances plus ou moins grandes, souvent énormes, entre la côte orientale d'Afrique et l'Amérique, d'une part, et le tropique du Cancer et le 5oe parallèle Sud, d'autre part, c'est- à-dire sur le tiers de la superficie totale de la terre (l), il y a trois groupes

M Celte mer immense, qui comprend sure 260 degrés de longitude sur yi de- les deux océans Indien et Pacifique, me- grtfs et demi de latitude et a, par consé-

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MADAGASCAR.

<le populations, très distincts, qui sont tantôt juxtaposés, tantôt plus ou moins fondus : les Nègres orientaux, Néjjritos et Mélanésiens, descendants des aborigènes de cette partie du Monde, qui aujourd'hui sont refoulés dans les districts montagneux de l'intérieur ou occupent certaines îles, principalement celles de la Mélanésie; les Polynésiens, qui sont de race blanche, plus ou moins altérée par divers éléments ethniques et qui habitent les petites îles de l'Océan ie orientale; enfin, les Indonésiens et les Malais, qui sont de race jaune métissés de Nègres et d'Hindous et qui habitent, les uns, certaines provinces de Tlndo-Chine et l'archipel asiatique, les autres, les cotes des iles de la Sonde et de la pres- qu'île de Malacca, où, quoique les derniers venus, ils ont la prédominance. En Europe et en Afrique, les races blanche et noire ont conservé une certaine homogénéité; il n'en est pas de même en Asie qui a été, de temps immémorial, le théâtre de luttes sanglantes et de mouve- ments de population considérables. Longtemps avant que les Aryans, quittant FI ran ou Asie occidentale, se soient superposés dans le Pundjab aux Touraniens antérieurement descendus des hauts plateaux du Centre (,), d'autres peuples, soit de race mongoloïde -', soit de race blanclie(?)(3), ve- nant du Nord ou de l'Est, ont traversé l'Yun-nan et la Hirmanic et ont en- vahi les régions du Sud, dépossédant les Négritos qui en étaient les premiers occupants. Ces immigrants ont été à leur tour, pour la plupart du moins, chassés hors du continent w. Aussi n'est-il pas étonnant que les terres qui bordent l'Océan auslral ou qui y sont disséminées, et se sont rencon-

quent, une ('tendue de 198 millions de kilomètres carrés, couvrant près des deux cinquièmes de la surface totale de la Terre.

W Les Aryans sont reslés pendant long- temps dans ce coin de l'Inde et ce n'est qu'après le xve siècle avant Jésus-Christ qu'ils se sont avancés davantage vers l'Est.

W Les peuplades Muong, Mois, Stieng dans l'Indo-Chine orientale et certaines tribus Karén en Birmanie en sont la preuve.

(3) On trouve les traces de l'invasion de ces blancs (?), qui appartenaient probablement

à deux souches distinctes, d'une part, jus- qu'au Japon les Aïnos ont exterminé les NVgritos, premiers occupants de cet archipel , et, d'autre pari, dans l'Inde les Todas et d'autres petites peuplades confinées dans les montagnes en sont encore aujourd'hui les témoins.

(*) Ce sont ces mongoloïdes et ces blancs, plus ou moins purs, qui habitent aujourd'hui le centre de Bornéo (Dayaks), de Sumatra (Ba(tas), de Luçon (Tinguianes . etc.), de Min- danao (Manobos. etc.) et la plupart des lie* de la Micronésie et de la Polynésie, etc.

ETHNOGRAPHIE.

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très, au milieu des nègres aborigènes, les deux grands courants mongo- lique et caucasique venus de l'Est, du Nord et de l'Ouest, soient occupées par des populations plus ou moins métissées dont l'aspect est très varié et où, comme nous l'avons dit plus Laut, le type jaune domine chez les Indo- nésiens et surtout chez les Malais, tandis que les Polynésiens ont plutôt le type blanc, et que les Mélanésiens et les Négritos sont de vrais nègres.

Autrefois , ces nègres orientaux ou indo-mélanésiens, qui se divisent en deux rameaux principaux(1), couvraient une surface très étendue, projetant des branches même au Nord du tropique du Cancer. Lorsque les peuples de race blanche de la Haute-Asie et, plus tard, ceux de race jaune, mon- gole et turque ont envahi par le Nord-Est et par le Nord les terres méridionales, ils se sont plus ou moins mêlés à ces nègres aborigènes, formant, d'une part, dans l'Inde, les populations dravidiennes que les Iraniens ont ultérieurement repoussées au Sud de la rivière Godavery, et, dans l'Indo-Ghine, les populations malaises qui se sont répandues dans toute l'Insulinde, et, d'autre part, peuplant les îles de l'océan Pacifique.

La population de l'archipel asiatique et des îles de TOcéanie est donc formée des trois races fondamentales nègre (négrito ou mélané- sienne), blanche (polynésienne) et jaune (indonésienne ou malaise), races souvent plus ou moins fusionnées, quelquefois simplement juxta- posées; mais, malgré ces éléments si divers, il y a, sinon dans l'aspect

M Négrilos et Mélanésiens. Les Négritos, qui ont été les premiers occupants du Sud de l'Asie , réfugiés dans les districts mon- tagneux, ils tiennent aujourd'hui une si pe- tite place, sont de petite taille et brachycé- phales('). Les Mélanésiens, qui habitent quelquefois les mêmes îles que les Négritos, sont, au contraire, dolichocéphales, comme les nègres d'Afrique, et ont une taille assez

grande^; il y a lieu de distinguer les Papous à face allongée et à nez crochu, qui vivent prin- cipalement dans la Nouvelle-Guinée, et les Mélanésiens proprement dits , à face plus large et à nez droit ou concave, répandus dans les iles de la Nouvelle-Bretagne, Salomon, Santa- Cruz, de Banks, des Nouvelles-Hébrides, delà Loyauté, Fidji, et dans la Nouvelle-Calédonie, et auxquels sont apparentés les Malgaches.

<*) Les Minkopi des Iles Andaman, les Aëta des iles Philippines, les Karon et les Kolari de la Nouvelle- Guinée qui sont juxtaposés aux Papous sont des Négritos, ainsi que les Sa Lai et les Semang qui, après avoir jadis occupé une grande partie de la presqu'ile de Malacca , sont aujourd'hui refoulés dam les montagnes. D'anciens poèmes hindous racontent les hauts faits d'un peuple de singes dont les chefs Sougriva et Hanouman ont jadis fait alliance avec Rama; il n'est pas douteux que ces soi-disant singes étaient des Négritos, dont on trouve encore les traces dans les monts Vindhya et Nilghiri.

(b> Les Mélanésiens habitent principalement les iles qui sont disséminées au Nord-Est de l'Australie*

ETHNOGRAPHE.

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18 MADAGASCAR.

physique, au moins dans les mœurs des habitants de cette vaste région, une réelle homogénéité.

S 1. CARACTÈRES OSTÉOLOGIQIES.

L'étude des crânes, comme on en trouvera les preuves détaillées dans le chapitre consacré à l'anthropologie malgache, montre qu'il y a eu sur la terre de Madagascar une accumulation de races différentes qui se sont mélangées et croisées; mais à coté des têtes hrachycéphales, plus on moins surbaissées, des Àndrianà de la province d'Imerina, il y en a de sous-doli- chocéphales et même de dolichocéphales qui trahissent une origine orien- tale ou indo-mélanésienne, tantôt voisines d<» celles des Mélanésiens pro- prement dits, tantôt se rapprochant de celles des Indonésiens et même de celles des Polynésiens. Si, en effet, les Andrianà ou nobles de Hmerin;i ont la tète arrondie et la face plate comme leurs ancêtres les Javanais ou plutôt les Soudanais, qu'ils rappellent, du reste, par leur teint et par les proportions de leur corps, les Malgaches d'aspect négroïde, dont il faut retrancher les nombreux esclaves apportés annuellement du conti- nent voisin et leurs métis, ont, le plus souvent, comme les nègres orien- taux, avec lesquels ils ont une parenté indubitable, une tête allongée, plus que celle de beaucoup d'Africains dont ils s'éloignent aussi par leur volumineuse chevelure en tête de vadrouille qui est crêpée et non pas crépue, par leurs orbites plus mégasêmes, par un angle facial plus grand.

S 2. CARACTERES ETHNIQUES.

Rien ne pourra mieux montrer les liens réels de parenté qui unissent les Malgaches avec les populations de l'Extrême-Orient que l'aperçu géné- ral, la description synthétique des institutions, croyances et coutumes des Indo-Océaniens, c'est-à-dire des habitants actuels de l'archipel Indien et de l'Océanie. On verra quelle analogie ou plutôt quelle similitude h peu près complète existe entre ces peuples sous ces divers rapports, puisque le tableau que j'ai tracé des mœurs des Indo-Océaniens, unique- ment (T après les récits des voyageur* et des missionnaires qui ont visité F Extrême- Orient* convient tout aussi bien aux Malgaches, (le n'est pas qu'il n'y ait

ETHNOGRAPHIE.

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de nombreuses et grandes divergences entre les tribus qui peuplent cette partie du monde ; il n'est pas étonnant en effet que les habitants d'îles aussi éloignées les unes des autres, qui n'ont aucune relation entre eux, n'aient pas absolument les mêmes mœurs ; suivant le tempérament et les goûts naturels des individus, suivant les circonstances, les uns ont exa- géré certains usages, les autres les ont abolis; néanmoins le caractère général de ces mœurs est facile à saisir, et c est ce qui importe. 11 n'est pas douteux aussi qu'il y a beaucoup de croyances et d'usages qui sont communs à la plupart des hommes sauvages et qui ne peuvent servir à suivre la filiation des populations. Mais ce qui ressort de l'exposé syn- thétique que nous allons faire, c'est un ensemble bien cohérent de faits qui, pris isolément, auraient peu de signification, mais qui, considérés en masse, sont au contraire typiques.

Aspect physique. Les Indo-Océaniens ont, les uns, l'aspect négroïde, les autres, l'aspect caucasique ou mongoloïde; ils ont des teints très divers, variant du brun clair au noir foncé, et leurs cheveux, toujours longs, sont tantôt droits, tantôt crêpés. Cette variabilité provient de ce qu'ils sont, à des degrés plus ou moins grands, des métis des trois races qui se sont rencontrées dans les péninsules Indienne et Indo-Chinoise. Ils sont musculeux et ont généralement d'assez belles formes. Les hautes classes sont de grande taille et ont la peau relativement claire; les classes inférieures ont, par suite de la lutte pour la vie qui est plus difficile pour elles, une taille moindre et le teint plus foncé. Les femmes ont une phy- sionomie douce, et leurs traits sont plus agréables que ceux des hommes (1).

Ceux de race négroïde ou Indo-Mélanésiens ont le visage ovale avec le front haut, les yeux noirs et vifs, le nez légèrement aplati, de grosses na- rines, une grande bouche, des lèvres proéminentes et des dents bien ran- gées. Ils ont des cheveux longs et crêpés. Leur poitrine est large. Les ha- bitants de certaines îles(2) avaient l'habitude de comprimer le frontal et l'occipital de leurs enfants pour donner à leur tête une forme pyramidale.

t1) Ces caractères s'appliquent aussi bien aux Malgaches qu'aux Indo-Océaniens. V Bornéo, lies Philippines (autrefois),

Tahiti , etc. Diverses peuplades de Ma- dagascar, notamment les Vazimbâ, avaient la même coutume (Drury, p. 4o6).

3.

SO MADAGASCAR.

Caractères htellectiels. Les Indo-Océaniens sont intelligents et leur esprit (l'observation, leur faculté de perception sont remarquables. Us ont une mémoire excellente, et ils apprennent à lire et à écrire en très peu de temps. Certaines peuplades sont curieuses d'instruction et ont des aptitudes particulières pour les arls mécaniques; celles qui \ivent au bord de la mer montrent une supériorité incontestable dans la navigation. Ils ont une grande vivacité d'imagination et ils parlent d'abondance avec une facilité extraordinaire; toutes les affaires se traitent dans des assemblées publiques ils donnent carrière à leur éloquence naturelle, s'exprimant dans un langage figuré et énergique, qu'ils accom- pagnent de gestes animés, mais gardant toujours dans leurs harangues une grande dignité et une entière possession d'eux-mêmes (lî.

Aux 'premiers rapports, on juge favorablement la plupart de ces peuples, mais on ne tarde pas à revenir sur ce premier jugement.

Caractères moraux. Les Indo-Océaniens sont sociables, très amis du plaisir et voluptueux jusqu'à la licence. Doux dans les relations ordi- naires de la vie, ils sont cruels envers leurs ennemis, lorsqu'ils subissent une influence superstitieuse ou qu'ils obéissent à d'anciennes coutumes, et ils jouissent alors de la douleur et des angoisses des condamnés. Ils sont imprévoyants el versatiles. Naturellement indolents et paresseux, ils deviennent actifs et industrieux sous la pression de l'intérêt ou de la passion. Ce sont de fins et rusés observateurs, enclins à l'imitation. Ils sont d'ordinaire respectueux envers les vieillards et toujours obséquieu- sement soumis a leurs supérieurs. Ils aiment leur pays. Ils sont pleins d'orgueil et n'ont pas la moindre timidité avec les étrangers, qu'ils se plaisent à tromper et auxquels ils mendient des cadeaux avec Apreté, ne résistant pas toujours à l'envie de s'approprier par le vol les objets qu'ils convoitent. Ils ne perdent jamais le calme et ne s'emportent pas sous l'impulsion de la colère. Ils acceptent avec une indifférence au moins apparente les joies comme les douleurs, et ils ont une soumission, une résignation passive à tous les événements, par suite de l'impossibilité

(*) Tous ces caractères se retrouvent à Madagascar comme dans l'Indo-Ocoanie.

19 MADAGASCAR.

et ils se conforment aux lois d'une stricte étiquette. Ils sont affables entre eux sans que leur intimité dégénère en familiarité. Comme nous l'avons dit plus haut, ils se plaisent à inviter les passants à entrer dans leur maison et, à l'heure des repas, ils partagent charitablement leur nour- riture avec eux.

La politesse veut qu'on ne reste jamais debout en société; dès qu'on est entré dans une maison, avant de prendre la parole, on doit, en té- moignage de respect, s'asseoir ou plutôt s'accroupir sur ses talons.

Quand deux personnes se rencontrent, il esl d'usage qu'elles s'inter^ rogent sur leurs affaires, sur leurs occupations, sur leur famille. Quel- qu'un leur demande-t-il sa roule, au lieu <rindiquer un objet avec le doigt, comme il est ordinaire en Europe, c'est en avançant les lèvres dans la direction de l'objet qu'ils répondent à la question qui leur est posée (l).

Le salut et le baiser consistent à rapprocher les nez et à faire une forte aspiration , en un mot à se flairer, à se sentir ou , pour mieux dire, à con- fondre les haleines, c'est-à-dire les âmes ou les souffles de la vie'2'.

C'est un crime grave, digne de la mort, que de prononcer des impré- cations contre un compatriote, d'exprimer, par exemple, à haute voix, le souhait qu'il meure, qu'il soit mangé par un crocodile, qu'il soit en- levé par un tourbillon, etc., car c'est comme si on lui jetait un sort, et sa famille ne pardonne pas un pareil méfait -3).

Dans plusieurs îles w, à la naissance d'un fils ou même d'une fille, le père prend le nom de son enfant et se fait appeler rpère d'un tel ou d'une telle*.

W Les Malgaches ont tous cette mémo frère devant elle), elc. - Il en esl de même habitude (W.-E. Cousins, Moulh-Geslures, à Madagascar. Dire à un Sakalava : Manjary Antananarivo Annual, 1H96, p. -'199). sird (Que tu sois changé en sel. c'est-à-dire W Dans la i\,,e-Zélande, aux Tonga, aux disparais comme le sel qui, mis dans l'eau. Carolines, à Timor, à Bornéo, en Polyné- fond) est une insuite mortelle! si e^*), dans fÀnnam (pour les enfants), à W Iles de Banks, etc. Cest un usage Java, etc. Il en est de même à Madagascar. universel dans la caste des Hova ou descen- te Chez les Maoris, aux iles Samoa, dants des chefs indigènes de rimerinâ; il dans toute la Polynésie (où une femme existe aussi rhex quelques autres peuplades quitte son mari lorsque celui-ci maudit son de Madagascar,

w Les Nouka-Hiviens so contentent de se toucher mutuellement le bout du nez avec In doifll.

ETHNOGRAPHIE.

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Il n est pas rare que, par un excès de politesse, un hôte envoie Tune de ses femmes passer la nuit avec l'ami qu'il reçoit chez luill).

Un Mélanésien ne prononce jamais son propre nom ni celui de ses proches parents, ce serait contraire aux convenances et la superstition s'y oppose; il les fait dire par une tierce personne.

Il exprime son dégoût, lorsqu'il sent une mauvaise odeur, en crachante

Usages somptuàires. La personne des chefs est sacrée, ainsi que tous les objets à leur usage. Après leur mort, les mots entrant dans la composition de leurs noms ne peuvent plus être employés par leurs sujets pour désigner les objets auxquels ils s'appliquaient jusque-là, et qu'on esl obligé d'appeler autrement; celui qui commettrait une semblable profanation encourrait un châtiment sévère (3). On a des termes diffé- rents non seulement pour adresser la parole aux nobles, mais aussi pour désigner les diverses parties de leur corps el leurs actes w.

En les approchant, leurs vassaux doivent se prosterner et, prenant leur pied droit, le poser sur leur tête(5); on ne peut leur présenter un objet quel- conque qu'accroupi. Il est expressément défendu de marcher au-dessus d'un endroit se tient un chef, ni de passer les mains sur sa tête1^; la tête en effet est la partie noble de l'être, et malheur à l'imprudent qui l'enjam- berait. Tapoter les joues d'un enfant est du reste un acte qui déplaît aux mères des régions indo-océaniennes. Lorsque le Roi vient à passer, il est obligatoire de rejeter les étoffes couvrant les épaules et de tenir le haut du corps nu ; on agit de même devant les talismans ou idoles(7). C'est un crime capital que de toucher la natte d'un chef et de ne pas s'accroupir lorsqu'on croise les gens portant les calebasses d'eau destinée à son service185. Le

W Aux Carolines, etc. C'était et c'est encore une coutume générale chez certaines peuplades de Madagascar.

W II y a le même usage à Madagascar.

<3) À Tahiti, etc. Ce tabou existait, il y a peu de temps, dans tout Madagascar, et il existe encore dans le Sud et dans l'Ouest.

(*) Aux Samoa, aux Tonga, etc., comme à Madagascar.

<5) Aux Tonga, en Polynésie, chez les

Dayaks, etc. Même étiquette à Madagascar» (*) A Tahiti, aux lies Marquises, aux îles Hawaï, aux iles Sandwich, aux fies Salo- mon, aux îles Tonga, etc. Cet usage, général à Madagascar jadis, existe encore dans tout l'Ouest, dans le Sud, etc.

W A Tahiti, à \ouka-Hiva, etc. Il en était de même dans l'Imerina.

(*) Aux îles Hawaî, etc. 11 eu était de même dans l'Imerina , etc.

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MADAGASCAR.

quartier cl arrière des animaux tués dans leur province revient de droit aux seigneurs du pays (1). On ne verse jamais le sang d'un noble, on 1 étrangle, et, dans les guerres entre les peuplades voisines, on ne tire pas sur les chefs ennemis (3;.

Quand on sert un plat ou qu'on verse à boire à un chef et souvent même à un simple étranger, l'usage veut qu'on mange devant lui une bouchée du mets ou qu'on boive une gorgée du liquide pour lui montrer que les aliments et le liquide ne sont pas ensorcelés ou empoisonnés 3}.

Les nobles se font porter par leurs esclaves duus une sorte de litière ou de palanquin-, et on tient au-dessus de leur télé un parasol ou un éventail 3).

Il y a toujours derrière les personnages «l'un haut rang un serviteur dont la fonction consiste à ramasser ses crachats, afin qu'ils ne tombent pas aux mains cl un sorcier qui pourrait sVn servir pour ses maléfices °:.

Les grands chefs ont seuls le droit d'avoir douze femmes légitimes^. Leurs sœurs et filles prennent comme amants qui bon leur semble et les renvoient à leur gré 8).

A l'occasion de certaines fêles, lors de la construction dune maison princière, etc., on fait ou tout au moins on faisait des sacrifices humains^.

M A Nouka-Hiva, chez les Baltas, à Ro- tounia, etc. Mêmes usages dans llmc- rinâ , etc.

P) Chez les Battas, clc. Celle prohi- bition existait dans toutes les peuplades malgaches.

P) Cette coutume se retrouve chez quel- ques Iribus de l'Afrique, el elle a existé aussi en Europe; encore aujourd'hui, en Belgique, l'hôtesse ou les servantes, en servant un verre de bière ou de genièvre, y trempent les lèvres el disent * à votre santé ! * , vieil usage qui date de l'époque de la domination es- pagnole, où souvent, dit-on, le poison se cachait au fond du verre.

''*) Dans 1rs îles de la Sonde '■), chez les Maoris, à Tahiti, etc., comme dans 11 m e- rina et autrefois dans 1 Ano>v.

(iJ A Hawaï, etc. Le cérémonial est le même dans rimerina.

1°) Aux lies Mariannes, etc. Les chefs de rOuc.-t et du Sud de Madagascar ont «»n- coir aujourd'hui les mêmes habitudes.

(') A Tahiti, etc., comme dans le centre de Madagascar.

M Aux îles Tonga, etc., comme dans tout Madagascar.

■°) A Tahiti, etc. Ces mêmes sacriGces se font chez les Sakalava, les Mahafaly, les populations de l'Est de Madagascar, etc.

(a) «Los gentilshommes de l'île Baii «e laissent porter sur les épaules de leurs esclaves, quand ils chemi- nent par le pays, en une chaise couverte ou civière faite de l»aml>ou>, dépéVhnut ainsi grand chemin, ayant plusieurs de ces porteurs qui se soulagent l'un l'autren (Premier Urrt de la !Savigatwn aux Indrt Orientale» par le» Hollandai* [sous le commandement de l'amiral Coruelis de HoutmanJ, Amsterdam, iT^H, verso p. 69).

ETHNOGRAPHIE. 25

Les habitants de beaucoup d'iles des archipels asiatique et mélanésien croient à la transmigration des âmes des nobles, qui après leur mort sont censées élire domicile dans le corps de crocodiles, d'anguilles ou de divers autres animaux (1).

Fêtes. Les Indo-Océaniens, tout comme les Malgaches, sont très amis du plaisir et ils saisissent toutes les occasions de s'amuser. Les ma- riages des grands, leurs funérailles, la naissance de leurs enfants, la construction de leurs maisons, l'arrivée d'un étranger de distinction, la fin d'une guerre, même la maladie d'un parent, les épidémies et les calamités de toutes sortes, telles qu'inondations, sécheresse, etc., sont au- tant de causes de réjouissances publiques; on chante, on danse, on tire y** des coups de fusil, on se festoie. Les hôtes prodiguent les victuailles et

les liqueurs fortes, et les invités, qui viennent souvent de fort loin prendre part à ces agapes, se parent de leurs plus beaux atours.

Danses. La danse est un de leurs plaisirs favoris (2); elle est accom- pagnée de chants et la mesure est marquée par les battements de mains des assistants ou par des coups donnés en cadence sur un long bâton (3). Elle n'est pas seulement un amusement, elle a aussi un caractère religieux. Les mouvements des danseurs sont naturels, souvent gracieux, toujours lents; leur corps ondule avec une certaine grâce pendant que leurs pieds remuent à petits pas et qu'ils font avec les mains (4) des gestes adaptés au caractère de la fête. Les hommes et les femmes ne dansent pas ensemble'5'.

Les jeunes gens des deux sexes aiment à s'assembler les nuits la lune brille, se livrant à des courses et à des danses entrecoupées de chants satiriques ils se ridiculisent mutuellement, ils se vengent des injures, des infidélités, etc. (0). Les jeunes filles font bande à part.

Jeux. Les jeunes hommes se plaisent à simuler des combats, bran-

W A Timor, aux Salomon, etc. Les reste dans presque tous les pays orientaux,

Betsileo, etc., ont les mêmes croyances. les mains servent davantage dans la danse

(2) Les Laotiens, cependant, ne s'adonnent que les pieds, pas à la danse. (*) Sauf dans Die de Java.

<3) Chez les Hawaïens, etc. Il en est <G) Chez les Ipalaos des Carolines, etc.

de même dans l'Est de Madagascar. Les Sakalavâ,lesMahafaly, etc., ont les

(*) A Madagascar également, comme du mêmes plaisirs : c'est \c jia ou jia-jia.

BTHXOGRAPUIE. /|

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dissant leurs armes, poussant des cris perçants, faisant force grimaces et se livrant à des gambades qu'ils jugont terrifiantes. Ils aiment aussi à se défier à ia lutte, au jet de javelots ou de pierres, à la course, à la na- tation, au saut(,).

Passionnés pour les combats d'animaux, ils l'onl battre des cailles, des grillons, quelquefois môme des taureaux (a).

Le soir, ils écoutent les conversations dos anciens, qui leur racontent l'histoire des temps passés et leur parlent de leur* ancêtres.

Vêtements. La plupart des Indo-Océaniens, vivant dans des pays dont le climat est doux , n'ont pas un attirail do votemonts lourds et encombrants; ils vont a pou près nus, ayant autour do la taille uno simple bande d'étoffe, que les hommes passent entre leurs jambes on ramenant les extrémités en avant, et dont les femmes forment un jupon venant aux genoux.

Kn Océanie, les peaux d'animaux ne sont pas utilisées pour Thabille- ment(J), mais l'industrie des tissus végétaux y est en honneur: certaines peuplades emploient les écorcos d'arbre» dont elles enlèvent la couche extérieure par la macération et qu'elles feutrent, quelles assouplissent a coups de maillet: beaucoup revêtent des nattes serrées à la taille par une ceinture (4). Les femmes de certaines îles :> portent, en outre, un corsage avec des manches courtes, si étroit quelles l'entrent avec peine.

Les Océaniens vont nu-pieds; quelquefois pour marcher sur les hancs de corail, ils chaussent des sandales. Ils vont souvent nu-tètc; quelques- uns portent des calottes de jonc hémisphériques (,,) ou des chapeaux en feuilles de pandanus(7).

W Aux lies Mariannes, aux lies Hawai. chez les Maoris, aux îles Tonga, etc. Il en est de même à Madagascar.

(2) A Java , etc. Dans tout Madagascar, surtout au Centre et dans f Ouest de Ole, on retrouve cette même passion pour les combats d'animaux.

W Sauf aux iles Hawaï. Ion faisait des manteaux avec des peaux de petit* mam- mifères.

(i On retrouve ce* menus n>a«;e- sur la cote Sud-Ksi de Madagascar.

(& \ux Tonga, chez les Dasaks. ch«»z les Battas, à Sumatra, etc. Il en est de même chez les femmes malgaches deTEst.

W A Formose, aux Tonga, etc. Beau- coup de Malgaches ont cette même coiffure.

,7> Aux Iles C.trolines. aux îles Mariannos , etc. Les Hova, les Helsimisaraki, etc.

ont des chapeaux analogues.

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MADAGASCAR.

conservent qu'une simple mèche ou bien une bande, sorte de cimier large de fia 10 centimètres, ijui va du front à la nuque (l). En somme, la mode est aussi capricieuse chez ces sauvages que dans les pays civilises. Il y en a qui se plâtrent les cheveux avec de Tarjjilc Manche ou qui se plaisent à les rougir au moyen de chaux. Pour les Indo-Océaniens, c'est toujours un acte important que celui de couper les cheveux m, qu'ils considèrent comme pouvant servir aux sorciers pour leurs sortilèges et les envoûte- ments; aussi les brûle-t-on ou les cache-t-on soigneusement.

Le tatouage est très répandu en Océanie(3); il couvre tantôt tout le corps et même toute la figure w, tantôt seulement une partie ou quelques-uns des membres. Il se fait par piqûres(5) et est le plus souvent bleuw, quelquefois polychrome. L'opération est douloureuse et les patients doivent, pendant toute l'opération, garder la chasteté (7). Certaines Méla- nésiennes jugent qu'il n'est pas convenable qu'une femme se marie avant d'avoir les bras, les mains et les pieds tatoués; chez les Dayaks, le tatouage est l'attribut exclusif des femmes mariées.

Occupations. Les Indo-Océaniens, comme tous les sauvages, sont indolents dans l'ordinaire de la vie, mais, par occasion, ils se montrent actifs, persévérants et industrieux. Suivant le pays qu'ils habitent, leur principale occupation est soit l'agriculture (8) ou l'élevage (9), soit la pêche (l0),

(*) Les Ho va ont cette même coutume.

W On ne coupe guère les cheveux qu'en signe de deuil. Les Malgaches ont les mêmes superstitions.

O Quelques tribus de Dayaks, les Mu- ruks de Bornéo, lis Papous, les habitants de nie Drummond (archipel des Gilbert) ne se tatouent pas.

(*) Dans quelques lies, le tatouage est exécuté avec une grande perfection et n'a pas seulement pour but d'orner le corps; il a aussi un caractère héraldique.

W Aux Nouvelles-Hébrides, on procède aussi bien par incisions que par piqûres. Il en est de même aux Yiti , et les Australiens se l'ont des incisions qui produisent des ci- catrices en saillie.

W Dayaks, etc.. comme à Madagascar.

W La plupart des peuplades malgaches (Betsimisarakâ, Betsileo, Sakalavâ, etc.) ont des usages analogues.

(*) A Bornéo, à la Nouvelle-Zélande, aux îles Carolines, aux lies Palos, aux îles Ma- riannes, aux îles Gilbert, aux îles Viti, etc. A.Madagascar, les Betsimisarakâ, les Mcrina, les Betsileo, etc., sont surtout agri- culteurs; dans le centre do l'île, les rizières sont cultivées a\ec un art remarquable.

W Maoris, etc. Les Sakalavâ. les Barâ, etc., sont des peuples pasteurs.

(l°) A Bornéo, aux îles Hawaï, aux îles Caro- lines, aux îles Palos, aux îles Marshall, aux lies Mariannes, aux îles Gilbert, aux îles Viti, à Atiou (archipel de Cook), etc.

ETHNOGRAPHIE.

21>

et, tandis que dans certaines îles ce sont surtout les hommes qui travail- lent la terre (l), ailleurs c'est aux femmes qu'incombe cette dure besogne !*2).

Les hommes sont d'adroits artisans, se livrant avec goût aux travaux de charpente et de serrurerie, sculptant bien le bois, travaillant ha- bilement les métaux et armuriers experts. Le tissage est réservé aux femmes; les nobles, elles-mêmes, se livrent à cette industrie; ce sont aussi les femmes qui sont chargées des soins du ménage, qui pilent le le riz dans des mortiers, au fur et à mesure des besoins, qui l'émondent. qui vont chercher l'eau et qui font la cuisine. Chez certaines peuplades, ce sont aussi elles qui portent les fardeaux (3).

Chasse, pêche. Tous les Indo-Océaniens qui habitent le bord de la mer sont d'habiles pêcheurs, se servant de filets, d'hameçons, de nasses, et souvent stupéfiant les poissons avec des narcotiques; il en es! qui n'hésitent pas à poursuivre les baleines, qu'ils sagayent lorsqu'ils les trouvent dans une eau peu profonde, mais leur sport national est la pêche des tortues de mer; ceux qui s'y adonnent doivent garder la chasteté pendant une semaine et, quand ils ont pris une de ces bêtes, ils la dé- pècentsur la plage et la partagent entre toutes les personnes présentes^.

Pour prendre les mammifères, ils se servent de pièges, de collets, quelquefois d'arcs et de flèches t5); ils chassent les oiseaux avec des sarba- canes (6J ou à la glu^.

A Madagascar, les Vezô* dans f Ouest, les Anlankaranà dans le Nord sont des pécheurs.

(*) Aux îles Carolines, aux iles Palos, aux lies Mariannes, aux iles Gilbert, à Bornéo, aux iles Viti, etc. Chez les Malgaches, ce sont surtout les hommes qui travaillent la terre et défrichent les bois.

W Chez les Maoris, chez les Muruks de Bornéo, aux Nouvelles -Hébrides, à Atiou (archipel de Cook), etc. Dans plusieurs provinces de Die de Madagascar, les femmes aident les hommes dans les travaux des champs.

P) Chez les Maoris, en Australie, aux Nouvelles -Hébrides, à Atiou, etc. A Madagascar, les femmes ne portent pas les gros paquets.

W Aux lies Mariannes, etc. Les Saka- lavà ont les mêmes usages.

W Aux lies Tonga.

<6) Javanais (a), Dayaks, Pounans de Bor- néo, Laotiens, etc. Dans l'Est et dans le Sud de Madagascar, la sarbacane est aussi une arme de chasse.

W Aux lies Carolines, etc. La glu est employée par tous les Malgaches.

[t) Les jjeiw de Pile de Bali se servaient de rpicques longues, quelque sorle de sarpalaines (sarbacanes) et rondelles» (Le premier livre de la navigation aux Indes orientales par les Hollaudai», Am>tei-dnni , 1598, ver o

30

MADAGASCAR.

Maiuagb. Dans llndo-Océanie, plus que dans la plupart des autres pays, les hommes et les femmes sont dominés par l'instinct sexuel. Les jeunes filles, tant qu'elles ne sont pas au pouvoir d'un mari, jouissent de la liberté la plus absolue(1), et, instruites, avant même quelles aient atteint l'âge nubile, de tous les agréments d'une vie voluptueuse, elles se donnent à qui bon leur semble et pendant le temps qui leur convient, sans que la morale de ces pays leur en fasse aucun reproche; aussi sont- elles pour la plupart folles de leur corps, et mènent-elles la tic la plus licencieuse. Du reste, plus elles ont eu d'amants et même d'enfants, plus elles sont estimées pour leur expérience et leur fécondité. Leur réputa- tion n'est nullement entachée parce qu'elles font payer leurs faveurs, et leurs parents les livrent, moyennant une honnête rémunération, aux étrangers sans qu'il en résulte de déshonneur pour leur famille. 11 y a ce- pendant des circonstances les relations entre personnes non mariées sont interdites, sur mer. par exemple, ou lors de certaines fêles.

Les enfants nés hors du mariage sont acceptés avec joie par la famille de la mère etonl pour père légal le chef de la famille ou le plus proche parent maie de la mère; ils ont les mêmes droils que les enfants légi- times; si le père veut avoir son enfant, il faut qu'il épouse la mère ou, tout au moins, qu'il lui paye des dommages-intérêts. Les relations in- times entre parents, surtout entre les parents maternels et entre per- sonnes liées par l'adoption qui est si commune dans ces pays, sont absolument prohibées (2).

') Cette licence de mœurs existe chez les Indonésiens et chez les Polynésiens aussi bien que chez les Mélanésiens : au Laos, à Sumatra (chez les Batlas), à Bornéo, aux tles Pnlos, Mariannes, Carolines, Marshall, Ilawaï, Marquises, à Pile de Pâques, aux tles Touaraotou, à Tahiti, à la Nouvelle- Zélande, aux tles Tonga, à Pile llotouma, à l'archipel Salomon, etc. Cependant chez les Bantiks, chez les Àlfourous et chez les Négritos des Philippines, une jeune Clle qui n'a pas de bonnes mœurs e*t mal \ ne. A

Madagascar, les jeunes filles ont la même liberté de mœurs; le mot mitatigy y sert pour dire tout à la fois *e louer à gages <>t avoir des relation* intimes.

Pi Mélanésiens, Samoans, Mariannais, etc. (il y avait cependant des îles, comme les Hawaï, les frères pouvaient épouser leurs sœurs). Il en est de même à Mada- gascar, comme du reste pour toutes les cou- tumes que nous énumérons dans la suite des paragraphes consacrés au mariage, à l'adul- tère et au veuvage des Indo-Océaniens.

ETHNOGRAPHIE.

Le mariage, chez les Indo-Océaniens, n'a pas de caractère sacré; il n'est accompagné d'aucune cérémonie; tout au plus, y a-t-il un repas et quelques réjouissances. Il se fait d'ordinaire avec le consentement de la jeune fille, qui est presque toujours consultée et qui même, le plus sou- vent, décide seule de son sort(l), mais il n'est pas rare que le futur fasse aux parents de sa fiancée un cadeau dont l'acceptation valide l'union. On peut dire qu'aucune jeune fille ne se marie vierge (2), mais il y a beau- coup d'iles où, une fois mariées, les femmes sont fidèles à leur mari(3). Le mariage n'est pas du reste, chez ces peuples, une union indissoluble v c'est un simple engagement personnel que les conjoints rompent pour les causes les plus futiles, et il n'est définitif que lorsque la femme est devenue mère. Les femmes sont, dans la plupart des peuplades, traitées avec bonté par leur mari; dans l'archipel Indien, celles qui ont à s'en plaindre retournent dans leur famille, elles restent jusqu'à ce qu'il vienne faire amende honorable el les chercher.

Les filles des grands chefs de certaines peuplades ne se marient pas; elles prennent pour amants, au gré de leur caprice, les hommes qui leur plaisent.

Les familles nobles tiennent a conserver leur arbre généalogique pur de toute tache; aussi les femmes ne sont-elles pas autorisées à épouser un homme d'un rang inférieur au leur et, dans quelques îles, un libre qui courtise une femme noble est passible de mortw. Quant aux hommes nobles, ils peuvent, sans encourir de blâme ni de pénalités, prendre des femmes dans les classes inférieures, mais les enfants suivent la con- dition de leur mère(5}.

(1) Chez les Bat tas, cependant, il suffit que le futur soit agréé par le père.

W H y a toutefois lieu d'excepter les Baltas et le9 Ryang de Sumatra, les Ban- tok, les Alfourous, les Négrilos des Phi- lippines et les Rotouma les vierges seules trouvent à se marier. Chez les Ryang de Sumatra, les nouvelles mariées luttent de toutes leurs forces contre leur mari et se défendent quelquefois pendant plusieurs

jours contre la prise de possession, toute légitime qu'elle soit.

P) A la Nouvelle-Zélande, aux llesToua- motmi, au Laos, la fidélité conjugale est exigée. Aux Marquises, une femme mariê> à un homme de rang inférieur n'est pas tenue à une fidélité inviolable.

(*) Aux Marshall, aux Marquises, etc.

(5J Cependant aux Mariannes et à Tahiti r un noble nVpouse pas une femme du peuple.

.V2 M\D\r, \SC\R.

Ii v a des jours, des circonstances la cohabitation des maris et des femmes est défendue sous les peines les plus sévères et tous doivent garder une chasteté absolue.

La polygamie est pratiquée par tous ceux à qui leurs moyens per- met lent d'entretenir plusieurs femmes; la première en date ou quel- quefois celle du rang le plus élevé est la mai tresse du logis, et les autres, qui ont du reste chacune sa maison et chez lesquelles leur maitre et seigneur doit, a tour de rôle, se conformant à un roulement déterminé, passer une nuit, lui sont dans une certaine mesure subor- données. Leur nombre, qui est d'ordinaire «le deux ou de trois, rarement <le quatre, dépend de la fortune et de la position sociale du mari; les grands chefs seuls ont le droit d'aller jusqu'à une douzaine. Il est de règle, avant d'amener une nouvelle femme dans l'enclos conjugal, de demander le consentement de la première; si celle-ci ne veut pas rac- corder, ce qui est rare, elle se retire chez ses parents.

Les relations matrimoniales sont assez froides ; il n'y a pas entre mari et femme cette cordialité et celle affection qui se manifestent ouvertement chez les peuples civilisés, et, dans la vie de tous les jours, ils semblent indifférents Tun à l'autre; il ne faut pas croire cependant que, s'ils n'ont pas la délicatesse de sentiments et les dehors affectueux qui caractérisent les ménages européens, ils soient entièrement dénués d'amour et même de tendresse. Peu démonstratifs par nature et réfractai res aux passions violentes et aux grandes émotions, éminemment fatalistes, ils conservent toujours, comme tous les sauvages du reste, un calme extraordinaire dans tous les actes de leur vie. Quoique assez souvent jaloux de leurs femmes, ils les prêtent quelquefois, à charge de revanche, a des étrangers de distinction et à leurs hôtes (l); les frères de sang acquièrent des droits sur leurs femmes respectives. Le mari peut disposer a son gré des sœurs de sa femme lorsque celle-ci est absente'2'.

L'adultère est regardé, chez la plupart de ces peuples, comme une

•) Il en est qui cachent leurs femmes '-) A Tahili ot aux îles Marquises, on

(Vanikoriens et Papous de la Nouvelle-lr- donne aux belles-sœurs le nom de Vahiné, lande). comme à Tdpouse elle-même.

ETH.NOflRAPUIE. 33

simple offense, plus ou moins grave suivant les pays, que l'homme, s'il est à peu près du même rang que le mari, répare en payant une somme d'argent ou en faisant un cadeau; quant à la femme, elle est ren- voyée plus ou moins longtemps dans sa famille ou bien elle est répudiée. Il y a cependant des îles le mari tue les coupables qu'il surprend en flagrant délit. Partout l'adultère commis avec les femmes des grands chefs est puni de mort.

Les liens du mariage n'ayant pas dans ces pays une grande force, le divorce y est très fréquent. Les époux se séparent lorsqu'ils ne s'entendent plus, souvent pour les raisons les plus futiles. Tantôt, cest le mari seul qui a le droit de répudier sa femme, tantôt il faut le con- sentement réciproque du ménage et, alors, les biens sont partagés par parties égales; d'ordinaire, la femme qui a sujet de se plaindre de son mari a le droit de retourner dans sa famille, mais sans pouvoir se remarier.

Les veuves doivent garder une chasteté absolue pendant leur deuil, qui dure tant que le veut la famille de leur mari. Dans certaines tribus, elles appartiennent au plus proche parent du mort, d'ordinaire au frère aîné.

Aux époques mensuelles, les femmes sont réputées impures; elles ne se coiffent pas, ne s'habillent pas élégamment et se baignent dans des endroits retirés dont les hommes ne doivent pas approcher.

Les femmes enceintes sont d'ordinaire bien soignées et travaillent peu. Elles font leurs couches, accroupies à genoux, et, pendant tout ce temps, elles sont réputées impures et tabouées ainsi que les femmes qui les soignent; beaucoup vont les faire en dehors de la maison, soit dans une hutte temporaire, soit même au milieu des bois, ou tout au moins dans un enclos construit spécialement dans ce but; elles ne rentrent au do- micile conjugal qu'après s'être purifiées, c'est-à-dire après s'être baignées et avoir baigné leur enfant (l).

On eptretientun grand feu auprès des femmes en couche, quelle que soit la température ambiante, afin d'écarter les Esprits malins qui ont

W Chez les Maoris, elc. Il en est de même dans THe de Madagascar, ou les accouchées sont ap|telées, au moins chez les peuplades du Sud, Zabelïj (du mot arabe Zabal rrordure»).

ETHNOGRAPHIE, a

S'i MADAGASCAR.

plus de prise sur un corps affaibli par le travail de l'enfantement que sur une personne qui est en bonne santé ^

Les accouchements laborieux sont attribués soit à un sort qui a été jeté sur la femme , que dans ce cas ou exorcise, soit à ce qu elle ou son mari ont commis quelque faute grave qui a excité contre eux la colère de Dieu et de leurs ancêtres; ils doivent alors, l'un et l'autre ou 1 un ou l'autre, confesser publiquement <>t à haute voix les actes blâmables qu'ils ont à se reprocher (2).

La naissance d'un enfant est toujours accueillie avec joie et fêtée par toute la famille; il n en est pas de même de celle de jumeaux, qui est réputée néfaste et dont on tue au moins un. Si la femme meurt en couche, il n'est pas rare qu'on ensevelisse avec elle le petit être qui a occasionné sa mort. L'infanticide, pour cause de superstition, est ou tout au moins était assez fréquent; dans ce cas, on enterrait l'enfant vivant. ou on le foulait aux pieds, ou on le noyait'3'.

Il y a des peuplades1*' qui déforment artificiellement la tête des nou- veau-nés et leur donnent la forme pyramidale en comprimant le frontal et l'occipital.

Les enfants sont traités avec la plus grande douceur et avec une réelle affection; on satisfait tous leurs désirs1**'. On leur donne un nom se rap- portant à quelque signe caractéristique de leur personne ou à quelque circonstance de leur naissance. Leurs mères les allaitent très longtemps, quelquefois jusqu'à 8 et 10 ans et même plus. La première coupe de cheveux, qui est un des actes importants de la vie des jeunes Indo-Océa- niens, est accompagnée de certaines cérémonies, et souvent on leur verse de l'eau lustrale sur la tête; les cheveux sont brûlés ou au moins cachés, afin que personne ne puisse les fouler aux pieds et surtout qu'aucun sor- cier ne puisse s'en emparer.

(|) 1! on est de même à Madagascar. pines, elc. Le> Yazimba de l'Ouest ont

W Maoris, Siamois, Birmans, Cambod- aussi cette coutume (Drury, p. 4o6). giens, Laotiens, etc. Les Malgaches ont M Tout ce qui est dit des Indo-Océaniens

les mêmes usages et les mêmes croyances. dans le paragraphe consacré aux enfants et

(3) Comme à Madagascar. aux adoptions s'applique textuellement aux

4> À Tahiti, à Bornéo, aux iles Philip- Malgaches.

H

é>

ETHNOGRAPHIE. 35

Il est d'usage chez les Javanais et chez quelques autres peuples de rO ce a nie que le père, à la naissance d'un (ils, quitte son nom pour prendre celui de ce fils et s'appelle dorénavant : *Père d'un tel ».

L'éducation est laissée à la nature; lorsque les enfants ont l'âge de raison, ils apprennent d'eux-mêmes les arts nécessaires à la satisfaction de leurs besoins et à leur sécurité : sur le bord de la mer, la fabrication des pirogues, le pagayage, la navigation, la pèche, la natation, etc.; dans l'intérieur, la culture, l'élevage, la chasse, et, partout, pour les hommes, le maniement de la lance et du fusil et, pour les filles, le tissage, la cuisine, etc.

Chez ces peuples, les enfants suivent la condition de leur mère et ils sont tous considérés à l'égal les uns des autres, qu'ils soient légitimes ou qu'ils soient nés hors du mariage. Les liens de famille sont puissants et si, comme il a été dit plus haut, les parents ont une réelle tendresse pour leurs enfants, ceux-ci ont pour leurs père et mère un grand respect. Ils ont aussi, du reste, beaucoup de vénération pour les vieillards.

Les Océaniens appellent du même nom leur père et leurs oncles, leur mère et leurs tantes, leurs frères et leurs cousins aux divers degrés, leurs sœurs et leurs cousines. Les mariages entre parents du côté maternel et entre personnes liées par l'adoption sont prohibés, mais, comme nous l'avons dit, il n'est pas défendu à un mari d'avoir des relations avec les sœurs et les cousines de sa femme, en l'absence de celle-ci.

Un père peut vendre ses enfants pour payer ses dettes.

Beaucoup d'Indo-Océaniens^ ne se contentent pas de leurs propres en- fants; ils adoptent, toutes les fois qu'ils le peuvent, les enfants d'autrui, auxquels ils donnent les mêmes soins qu'aux leurs et pour lesquels ils ont la même affection. Les enfants adoptifs ont tous les droits des enfants légi- times et les rapports de deux personnes de se\e différent, liées par l'adop- tion, sont considérés incestueux tout comme ceux entre proches parents.

Les Indo-Océaniens ne se contentent pas non plus des parents que la nature leur donne, ils se créent des liens de parenté conventionnelle, en

;,) Mélanos de Bornéo, Cbamorris des Mariannes, Marquisiens, Tonganais, etc.

5.

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MAI>\C.AS<:\lt.

contractant avec des amis des alliances fraternelles, à laide d'un serment <|if accompagne rechange d'un peu de sangr|) et qui confère aux deux contractants des droits à peu près analogues à ceux des parents naturels. Ces alliances, qui établissent des liens indissolubles, d'autant plus indis- solubles qu'ils résultent d'engagements volontaires, obligent les contrac- tants à se donner mutuellement aide et protection et à rester Gdèles l'un à l'autre sous les peines morales les plus graves.

Funkii villes. Les Indo-Océaniens ont un respect profond et une grande crainte des morts, et leur désir le plus ardent est d'être en- sevelis dans le cimetière de famille; il n'est pas, en effet, à leur idée, de malheur plus redoutable et de plus fâcheux opprobre que d'être exclus du tombeau des ancêtres.

Les rites funéraires varient suivant les tribus et suivant le rang du mort, mais presque partout, aussi bien chez les Mélanésiens que chez les Indonésiens, les Polynésiens et les Négritos de la péninsule malaise et des iles Andaman. ils comprennent deux cérémonies, deux phases distinctes: une première qui consiste à laisser la putréfaction faire son œuvre12 : une seconde qui n'a lieu (pie longtemps après et dans laquelle on ras- semble les ossements, qu'on nettoie avec soin et qu'on dépose alors dans le cimetière de famille'3. Chez ces peuples, le squelette, dépouillé de

' < Dayaks ( Hist. of Ellis , 1. 1 , p. 1 9 1 ), etc. (Tes! Ivjati-dra ou vaky ra des Malgache, parmi lesquels cette coutume est ou plutôt était universelle.

2: Il y a. en Oeéanie (habitants des iles (iarolines, etc.) comme à Madagascar (An- taukarana, Betsileo, etc.), des peuplades qui s'enduisent le corps avec les liquides provenant des cadavres en pu 1 réfaction et même, dit-on, qui en boivent. A Ta- hiti, etc., on faisait sortir, par une pression forte et prolongée, les matières au fur et a mesure de leur liquéfaction, et le corps était séché au soleil (comme dans l'Ànka- •^na ). Les Stieng ( Mois ) de Hndo-dhinc ont des usages funéraires analogues à ceux Hes Betsileo. Les Siamois recueillent les

liquides putrides et le> jettent avant de procéder à la crémation des cadavres.

:v L' limage de nettoyer le squelette des morts avant de les enterrer définitivement n'existe aujourd'hui, en dehors de l'Océa- nie, de> .Négritos asiatiques et de certains Malgaches, qu'en Amérique ;dans le Nica- ragua, à Panama et sur les bords du Chi- riqui); mais le décharnemeiit des os se pratiquait déjà aux temps néolithiques et môme peut-être à la fin de fépoque paléoli- thique. H semble que cette cérémonie avait pour but de purifier le mort, car, dans certaines lies de l'Océanie. notamment à Tahiti, lorsque le défunt a\ait laissé une mauvaise réputation, on netto\ait les os deux et même quelquefois trois fois.

ETHNOGRAPHIE.

37

sa chair et de toutes ses parties molles, est seul digne d'être conservé; ils en font une relique qu'ils révèrent.

Pour la première opération , suivant les possibilités locales, le corps est tantôt laissé dans la maison mortuaire(1), tantôt exposé en plein air sous un hangar spécial , tantôt suspendu eu pleine forêt à un arbre dans un panier ou dans une natte, tantôt enfermé dans un cercueil placé à la surface du sol au milieu d'un bois ou au fond dune caverne, tantôt plus ou moins rapidement enseveli dans la terre ou sous des pierres. Mais, dans leur croyance, le mort ne peut jouir d'un repos complet qu après la seconde cérémonie, c'est-à-dire lorsque les os sont tout propres et qu'on a procédé au renouvellement des nattes et étoffes dans lesquelles a eu lieu le pre- mier ensevelissement, en un mot, lorsque le squelette est débarrassé des parties corruptibles et, à leurs yeux, impures; tant que cette cérémonie n'est pas accomplie, la famille ne croit pas s'être acquittée de son devoir envers son parent et, si la mort a eu lieu loin du village natal, aucune fatigue, aucun obstacle ne l'empêche daller ou d'envoyer chercher les ossements, qu'on rapporte, coûte que coûte, au cimetière des ancêtres(2).

Dès qu'un individu est mort, on procède à sa toilette, on le revêt de ses vêtements les plus beaux et on l'expose, soit couché, soit assis, sur une sorte de lit; puis on convoque les parents, amis et voisins, qui apportent des cadeaux et unissent leurs pleurs à ceux de la famille; les hommes tirent des coups de fusils autour de la maison, les femmes, accrou- pies autour du mort ou rangées devant la porte, sanglotent, poussent des cris lamentables et chantent, d'une voix plaintive, des hymnes en son honneur, célébrant à l'envi sa beauté, sa force, son courage, ses

W Dans les lies septentrionales de l'ar- chipel Gilbert, le cadavre des chefs est placé sur plusieurs carapaces de tortues de mer, que portent sur leurs genoux pendant plusieurs mois, quelquefois pendant deux années, six personnes qui, naturellement, se relayent fréquemment.

W Cette coutume existe dans la Nou- velle-Zélande , aux Hawaï, aux Carolines , aux Mariannes, aux Gilbert , à Tahiti et à Nouka-

Hiva, à Bornéo, à la Nouvelle-Calédonie (Canaques), aux lies de Banks, aux lies Salo- mon, à Siam, etc. On a dans ces divers pays la croyance que les mânes des personnes qui ne sont point enterrées dans le cime- tière de famille errent sans trêve ni repos autour de leurs parents dont ils deviennent les mauvais génies. H en est de mémo à Madagascar. On doit excepter les Mar- shall, les Tonga et Rotouma.

38 MADAGASCAR.

qualités physiques et morales, sa richesse, etc.; on se livre même quel- quefois à des danses(1>. Il n'est pas rare que deux torches brûlent, nuit et jour, Tune à la tête, l'autre aux pieds du mortw. Cette veillée funèbre dure souvent plusieurs jours, quelquefois même pendant des mois, tant qu'il y a des vivres et des boissons à distribuer aux assistants (3). Dans cer- taines îles, la première femme couche aux côtés du cadavre de son mari, tant qu'il n est pas enseveli w.

Les honneurs rendus aux morts, les pleurs et les sanglots dont sont accompagnées les veillées funèbres ne sont nullement dus, à mon avis au moins, à un amour profond de leurs parents et amis, et il n'y faut pas voir la preuve de regrets sincères. En se livrant à ces pratiques et à ces simagrées, les survivants n'ont d'autre but que de s attirer la faveur des mânes du mort, qu'ils supposent errer autour d'eux et auxquels ils attribuent des pouvoirs surnaturels.

Dans le cimetière, on enterre avec le mort les objets qui lui servaient pendant sa vie et on dépose quelques aliments à ses cotés. Les ustensiles employés pendant sa maladie sont brisés et jetés au loin.

A la mort des chefs, on immole d'ordinaire plusieurs esclaves et au moins une ib ours femmes, afin qu'ils les retrouvent dans l'autre monde;

M Dans quelques îles ( Yu-Zélande, Tonga, Hawai), les parents se meurtrissent le corps pour mieux marquer leur douleur. Aux Hawaï, les funérailles des chefs sont accompagnées d'orgies.

W Celte coutume existe également dans l'Est de Madagascar.

{3) Dans quelques pays de l'Afrique, il existe des usages analogues; ainsi, "dans le royaume d'Angola et de Chimfouka (pays de Cacongo, au Sud du Loango [Afrique occi- dentale]), quand un homme d'importance vient à mourir, on garde son corps pendant un temps proportionné à son rang et à la richesse de sa famille. Le corps d'un prince n'est inhumé qu'au bout de quatre ans. Dans le Loango proprement dit, on place les ca- davres sur un feu lent de bois aromatique.

Dans les deux premières contrées, le corps est maintenu debout et est constamment gardé par des pleureurs à gages qui chantent les louanges du défunt et qui ne cessent de le couvrir de pièces d'étoffes sur pièces d'étoffes, de sorte qu'il est le centre d'une vraie montagne, mesurant souvent 6 à 7 mètres cubes. On arrose journellement cet énorme paquet de quelques d a mes-j cannes d'eau-de-vie; ce qui filtre au travers est re- cueilli dans des \ases disposés à cet effet, et les pleureurs s'en régalent comme du breuvage le plus délicieux* (Maxwell, Pki- losophical Journal, cité dans les Nour. Atw. des Voy., t. X, îNsi, p. 39^4 ).

M Aux lies Gilbert (Tarawas), etc. - Ce même usage existe dans certaines fa- milles hetsimisaraka.

ETHNOGRAPHIE.

39

il y a des iles leur nom devient taboue et, par conséquent, ne peut plus être prononcé par aucun de leurs sujets^1'. Dans certaines tribus (2', les hommes qui portent le cercueil font la plus grande attention à ne pas trébucher et surtout à ne pas tomber, parce que ce serait pour l'individu ainsi marqué par le sort le présage d'une mort prochaine, ou même, dans quelques îles, l'indice que c'est lui qui a tué le chef par ses maléfices.

Toute personne qui a pris part à une cérémonie funéraire doit, avant de rentrer chez elle, faire des ablutions lustrales afin de se purifier de la souillure qu'elle y a contractée (3).

Le deuil, dans l'Indo-Océanie, consiste en une tenue négligée et même malpropre. On ne se coiffe plus ou on se rase la têtew, on se lave peu et on porte des vêtements usés et déchirés. C'est à la mort des chefs que les Océaniens coupent leurs cheveux, tandis que, pour leurs parents, ils se contentent d'ordinaire de les laisser flotter au vent; pendant le deuil, leurs sujets ne travaillent pas, ne pèchent pas, ne peuvent avoir chez eux ni feu ni lumière pendant la nuit, ne doivent pas faire de bruit(5), et il leur est défendu de se couvrir les épaules, qui doivent rester nues(6). Le blanc est, dans l'Orient, la couleur de deuil, et on plante auprès des tombes des pieux au sommet desquels on attache des lambeaux de toile blanche.

Cimetières. Les cimetières de famille, se fait l'ensevelissement dé- finitif, sont tautôt relégués loin de tout lieu habité, en pleine forêt, dans des cavernes souvent inaccessibles ou dans des îlots déserts'7*, tantôt, au

W Tasmaniens, etc. Il en est de même à Madagascar.

P) Dayaks de Trink, etc. Cette super- stition existe également chez les Sakalavâ , etc. Dans l'Ouest, quelqu'un qui, passant devant le zambâ ou maison sacrée dans laquelle sont gardées les reliques des anciens rois, vien- drait à tomber, serait de suite sagayé ; lorsque j'ai fait visite à Toerâ, le roi du Ménabé, mes hommes et moi-même nous avons fait attention de ne pas trébucher devant la maison des jinjj royaux.

(3) Aux C a roi i nés, Hawaï et Marquises, à

la NUe-Zélande , aux Tonga , à Rotouma , etc. , et au Tonkin , comme à Madagascar.

(*) Aux Marianncs, aux Garolines, à Hawaï, aux Marquises, etc., comme à Ma- dagascar.

(6) Chez les Dayaks, etc. , comme chez les Malgaches.

(flJ Tous les usages qui viennent d'être énumérés se retrouvent à Madagascar.

(7) A Sumatra, à Amboine, aux Philip- pines, aux Mariannes, à Nouka-Hiva, etc. Il en est de même sur les c*ôtes de Ma- dagascar.

40 MU)\<;\SCAR.

contraire, placés au voisinage des maisons(n. Us sont souvent enclos de pieux qui portent des sculptures grossières dVtres humains et d animaux, surtout d oiseaux et de crocodiles ;5). et au centre desquels les cercueils sont déposés à côte les uns des autres; ailleurs, ils sont formés d'un gros amas de pierres sous lequel les morts sont enterrés dans des nattes ou dans des troncs d'arbres creusés en forme d'auge (3) et au-dessus duquel on élève quelquefois une maisonnette(%); dans d'autres îles, les bières, d'or- dinaire en forme de pirogues fermées par un couvercle, sont rangées parallèlement les unes aux autres dans un coin retiré de la forêt, quel- quefois protégées contre le soleil et la pluie par un hangar, ou bien elles sont tout simplement mises dans des grottes naturelles w.

Partout, les cimetières sont l'objet d'une grande vénération et la vio- lation d'une tombe est aux yeux de tous les Océaniens un acte impie qui entraine la mort du coupable. Ils sont taboues dans les tribus qui les mettent à l'écart des habitations et qui croient que ceux qui s'en appro- cheraient seraient poursuivis par un mauvais sort.

Les Indonésiens plantent, auprès de leurs villages ou le long des routes, des poteaux en mémoire de ceux qui sont morts au loin et qui n'ont pu être enterrés dans le tombeau de famille (6t.

On trouve des monuments mégalithiques dans plusieurs îles.

Villages. Dans les pays montagneux, les villages sont établis le plus souvent au sommet d'éminences abruptes ou de rochers inacces- sibles. Ils sont fortifiés à l'aide de fossés, de palissades ou de haies épi- neuses.

Les maisons sont presque toujours rectangulaires; ce sont tantôt de misérables huttes qui sont si basses qu'on peut à peine s'y tenir debout,

'*) A Ja\a, chez les Malais de Bornéo, (*) Aux Tonga, etc. Dans le centre

chez les Maoris , chez les Bantiks , à Ro tourna, de Madagascar, des maisonnettes funéraires

etc. Il en est de même chez les Merinâ surmontent les tombeaux des rois et des

et chez les BeUileo. princes.

(2) Maoris, Dayaks, Tahitiens, etc., (:>) C'est ce qui existe aussi dans le Nord

comme chez les Sakalava (Antimenâ) et et dans l'Est de Madagascar, chez les Bara. 6) A Tonga tabou, dans l'Inde, etc.

W II en est de même dans l'Ouest et dans Même usage dans le Centre et dans l'Est de

le Sud de Madagascar. Madagascar.

ETHNOGRAPHIE. M

et qui ne garantissent que très imparfaitement leurs habitants contre le vent et les intempéries, tantôt des édifices assez grands(,), construits avec une certaine habileté, et dont les piliers et 'les planches sont ornés de sculptures grossières. Elles sont généralement élevées au-dessus du sol et faites de matériaux divers, bambous, feuilles de vakoa ou do palmier, herbes, joncs, écorces aplaties, planches, etc., suivant les loca- lités. Les toits, chez certaines tribus (2), sont pointus et les chevrons des pignons dépassent de beaucoup le faite, formant de grands V qui ont un peu l'aspect de cornes. Elles n'ont d'ordinaire qu'une seule pièce avec une porte assez basse et une petite fenêtre; la fumée du foyer, qui est établi sur le plancher même, n'a d'autre issue que les crevasses du toit et les interstices des parois.

La construction d'une maison se fait avec l'aide des parents et des voisins et donne lieu à des fêtes et à des réjouissances (3). Les chefs de certaines peu- plades(/i) immolent, au début des travaux, une victime humaine, quel- quefois une jeune vierge, qu'on enterre sous le seuil de la porte ou sous le poteau principal. On n'entre pas dans une maison neuve sans faire une offrande à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres et sans la faire exorciser par un sorcier, afiu d'en chasser les démons qui pourraient y être cachés et de la mettre à l'abri des maléfices (5).

Mobilier. Comme chez tous les peuples primitifs, le mobilier est tout à fait rudimentaire. Les maisons sont le plus souvent malpropres, quelquefois cependant elles sont assez bien arrangées avec des nattes étendues sur le plancher et tapissant les parois intérieures. Le lit est tantôt formé par un cadre que portent quatre pieux enfoncés dans le sol et sur lequel est tendu un filet de cordages; tantôt ce sont de simples

(*) Il y a un certain nombre de tribus de P) En Indonésie, a la Nouvelle-Zélande,

Bornéo et des lies Carolinesqui construisent au Laos, etc.

des maisons très longues, plusieurs fa- (*) Chez les Mélanos de Bornéo, chez les

milles vivent en commun. Siamois, etc. 11 en est de même chez

W A Mindanao, chez les Dayaks, à Su- les Sakalavâ, chez les Mahafalv, chez les

nia Ira, dans le Siam, à Rotouma, etc. Antanosy, etc.

Les Merinâ ont des constructions iden- (5) Aux Ha waï, aux lies Marquises, etc.,

tiques. comme dans le Sud de Madagascar.

BTBROGBAPHIE.

G

ki MADAGASCAR.

uattes que Ton étend le soir sur la frire même. Un coussin de paille ou un morceau de bois ëvidé serl d oreiller, et ce sont leurs vêtements qui leur servent de couvertures. Pour s'asseoir, ils placent des nattes, par terre: quelques-uns ont des tabourets de bois à l'usage des personnes de qualité. Les vêtements, objets divers (aiguilles, hameçons, pinces, bijoux, etc.) et provisions sont conservés dans des paniers en jonc ou en feuilles de palmier, ou dans des boites ornées de clous dorés. Les marchan- dises et l'argent, qui forment la richesse de ces peuples, sont cachés au milieu des bois, au fond de cavernes, dans des endroits particuliers connus du chef de famille seul ]). Aux murs, pendent les armes, les lances, les diverses pièces du métier à tisser, etc.

Des calebasses et des tronçons de bambous servent de bols, de coupes, d'assiettes, etc.: les femmes transportent et gardent l'eau dans de grandes tiges de bambou dont elles ont perce les cloisons qui sont placées au niveau des nœuds'3'.

On pile le riz dans un mortier de bois, formé d'un tronc d'arbre évidé.

On cuit les aliments dans des vases eu terre; mais dans toutes les lies manque la terre a potier, on creuse des fours souterrains, c'est-à-dire des trous qu'on garnit de gros cailloux et où. après avoir fait flamber des fagots pour porter ces cailloux au rouge, on dépose au milieu même des pierres chaudes la viande enveloppée de feuilles, puis qu'on bouche avec de la terre, après y avoir jeté un peu d'eau1*-. On fait également des grillades.

La nourriture des Indo-Océaniens consiste en viande, cuite à letuvée dans les fours dont nous venons de parler ou simplement grillée sur les charbons, en riz. en racines mises sous la cendre ou bouillies dans l'eau, en arrow-root tiré des tubercules du Tacca^; ceux qui habitent le l>ord de la mer et qui pèchent beaucoup de poisson le mangent frais, grillé sur

1 A la .Nouvelle-Zélande, etc. C'est ga, aux Nouvelles-Hébrides, etc. Les

encore l'usage dans l'Ouest de Madagascar. Mahafaly emploient le même procédé; ils

ï'2' Aux îles Mariannes, etc. 11 en est donnent à ces l'ours le nom de Menavavd

de même dans les parties de Madagascar «bouche ( ou trou) rouget, il existe des bambous. M Aux Iles Carolines. etc. Une plante

3 Aux Hadak-Halik (lies Marshall), aux du même genre, le Tavolô. fournit une fa-

Hawaï, à la Nouvelle-Zélande, aux Ton- rine analogue aux Malgaches de l'Ouest.

KTHNOGRAPHIE.

A3

le feu même ou bouilli dans l'eau, sans l'écailler ni le vider; ils le vident au contraire quand ils le fument pour le conserver, l'exposant sur des claies au-dessus du foyer de la maison (1). Ces divers aliments sont, dans beaucoup d'îles, pris à part, sans les mélanger^. Les œufs couvés sont très appréciés dans toute la presqu'île Malaise^, et on est très friand de certains insectes, tels que sauterelles et grillons sautés, fulgorides rissolés dans la graisse, larves de coléoptères grillées, etc.w. En temps de disette, ils ont recours à la racine d'une grande Aroïdée (Typha)®.

Les repas n'ont pas lieu à des heures régulières; il y en a généralement trois par jour. On étale une natte sur le sol et on y pose le manger; tout autour sont les convives, accroupis sur leurs talons, avec des feuilles de bananier, des calebasses ou des écuelles en bois pour assiettes, suivant les tribus w. Les uns mangent avec leurs mains, d'autres se servent de cuillers en bois ou utilisent les feuilles de bananier ou de vakoa*7'. Au commence- ment et à la fin du repas, les personnes de distinction se rincent la bouche et se lavent les mains. Dans certaines îles, les hommes mangent avec leurs femmes et leurs enfants (8), dans d'autres, ils mangent seuls et les femmes prennent leurs repas après eux(9).

L'eau est la boisson générale; on se passe de main en main la gourde ou le bambou qui la contient et, sans les toucher des lèvres, on s'en verse une ou plusieurs rasades dans la bouche; quelquefois, on se sert pour boire de vases faits avec des feuilles. Dans les fêtes, les Indo-Océaniens se grisent avec des liqueurs fermentées (vin de palmier, hydromel, etc.), dont ils sont très amateurs l'exception des Dayaks et des Malais).

t1) Il en est de même chez les Vezô saka- lavâ et chez les Betsimisarakâ.

W Les Sakalavâ ont aussi cette habitude.

(3) Les Betsileo ont ce même goût.

(*) Aux Hawaï, à la Nouvelle-Zélande, au Laos, etc. Ces mêmes insectes sont éga- lement très recherchés dans toute l'Ile de Madagascar.

(5) A la Nouvelle-Zélande , etc. Les Mal- gaches ont recours, dans les famines, à ce même tubercule (Viha).

'*) Dayaks, Hawaïens, Nouka-Hiviens, etc. H en est de même à Madagascar.

W Aux Tonga, etc., et aussi à Mada- gascar.

(*) Bantiks, Alfourous, Marquisiens, In- donésiens (chez ceux-ci, les adolescents mangent à part), etc., et aussi la plupart des Malgaches.

W Aux lies Viti, aux îles Tonga, à Ro- touma, etc. Il en est de même chez les Antanosv, etc.

6.

A'i m\!>\<:\s<:ar.

Les Indonésiens et les Mélanésiens fument ou chiquent avec passion. Ils gardent leur provision de tabac dans de petites tiges de bambou, bien polies et souvent ornées de dessins(l).

Religion. La théogonie des Indo-Océaniens est simple et d'un ordre assez élevé. Ils croient en un Dieu unique, qui a créé et qui conserve le Monde, du reste sans attributs bien définis*'; ils ne lui érigent pas de temples et ils ne lui rendent pas à proprement parler de culte. Us n ont ni sacerdoce, ni liturgie, et leurs cérémonies religieuses sont très som- maires et sans éclat; ils célèbrent cependant le commencement d'une nouvelle année par des fêtes et des réjouissances.

Ils croient, en outre, a l'existence d'êtres surnaturels 3), Esprits. Lutins. Gnomes ou Sylphes, qui font à leur gré le bien ou le mal, mais dont fac- tion malfaisante peut être empêchée par des invocations, des talismans ou des offrandes propitiatoires. Kspiïts qui habitent de préférence les grandes montagnes, sur le sommet desquelles de petits bois ou des rochers leur servent d'asile'*'. Aussi pratiquent-ils souvent leur culte sur les hauts lieux, en plein air-. En réalité, la place prépondérante qu'ils accordent à ces nombreux intermédiaires, qu'ils supposent graviter autour du Dieu suprême et auxquels ils attribuent le pouvoir, purement divin cependant, d'exaucer ou de rejeter leurs prières, fait, dans une certaine mesure, dégénérer le monothéisme originel de leur religion en polythéisme. Du reste, leuràme, essentiellement égoïste et matérialiste, n'a pas le moindre sentiment de vraie piété; elle est fermée a toute idée grande et noble et est dépourvue de sens moral.

Ils croient en une vie future, à la survivance des aines qui. dans leur pensée, sont au corps ce qu'est le parfum par rapport aux fleurs, et qui

l; Tout comme les Malgaches. Bornéo, à Nouka-Hi\a; etc., ainsi qu'à

W Les mé'nies croyances existent dans l'Ile Madagascar, de Madagascar. (->' On lrou\e chez les Miniers et chez les

'»3' Antus des Dayaks. Hotott des Tonga. Siamois les traces d'une religion primitive

Atoa des Maoris, des Rotoumiens et des qui consistait à adorer les Esprits des hauts

\ou ka-Hi viens, Mi/ort des Tahitiens ( - = Ma- lieux e.l le* maues des annMres; ce culte

UhiIou des Malgaches). est encore celui des samagcs du Laos, etc.

(l Dans la presqu'île» indo-chinoise, à (l'est aussi ce qui existe à Madagascar.

ETHNOGRAPHIE.

45

errent invisibles autour de leur famille; ils attribuent aux mânes des ancêtres'1' le pouvoir de punir ou de récompenser leurs parents et leurs sujets suivant leurs mérites ; ils croient même qu'un mari défunt vient quelquefois trouver sa veuve pendant la nuit, si celle-ci l'en requiert, et ils citent maints cas des enfants posthumes, à leurs yeux légitimes, sont nés à la suite de ces visites nocturnes (2). Pour se rendre propices les mânes de leurs ancêtres, ils leur adressent des invocations qu'ils ac- compagnent de présents, notamment de vivres. Ces Esprits s'emparent quelquefois du corps des personnes auxquelles ils veulent du mal: pour exorciser les possédés, on chante en battant des mains, souvent pendant plusieurs jours de suite, on joue du tambour, on tire des coups de fusil, on fait en un mot le plus de vacarme possible, afin d'effrayer l'Esprit ma- lin et de le chasser, et souvent on fait exécuter aux malades eux-mêmes des danses extravagantes (3). Les exorcistes prennent toujours leurs repas dans des plats neufs, qu'on brise aussitôt après (4).

Les invocations à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres sont souvent accom- pagnées du rejet de quelque objet sans valeur, sorte d'offrande expiatoire ou émissaire® destinée à conjurer le sort. Les Indo-Océaniens n'entrent pas, comme nous l'avons déjà dit, dans une maison neuve sans leur faire une offrande et sans qu'elle soit exorcisée et mise par certaines incantations à l'abri des sortilèges. Souvent aussi, ils offrent à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres les prémices de leurs récoltes, de leur pêche, qu'ils déposent, d'ordinaire, sur un petit tréteau, autel rudimentaire, placé soit auprès de leur village, soit au bord de la mer ou dans les champs^'.

Ces peuples attribuant aux mânes des morts de grands pouvoirs sur les

W Wairoa des Maoris ( --= Atnbiroa des Malgaches). Les gens du commun n'ont pas d'àrne au dire de ces peuples (Tonga, etc.).

(2) Aux tles Hawaï, etc. Il en est de même à Madagascar.

W Cette cérémonie d'exorcisme s'appelle, chez les Malgaches de l'Ouest et du Sud . bilô (,= Bili* ou Iblis, c'est-à-dire le diable des Arabes) et, chez ceux de l'Est , salamangâ ou solamainâ (=Soleiman des Arabes, c'est-à-dire

Salomon, que dans tout l'Orient ou cousi- dèrc comme le chef des démons et des sor- cière).

W îles Marshall, etc. Il en est de même chez les Malgaches.

W C'est Yubat des Dayaks et le faditrâ des Malgaches.

(6> Chez les l)a\aks. chez les Maoris, à Nouka-Hiva , etc. 11 en est de même à Ma- dagascar.

46 MADAGASCAR.

vivants, il est naturel qu'ils aient pour leurs ancêtres un vrai culte et qu'ils honorent et même souvent craignent les lieux de sépulture. A leurs yeux, il n'y a pour ainsi dire pas de mort naturelle, excepte dans les rares cas de vieillesse décrépite; ils croient qu'elle est due aux maléfices des sorciers (l). Comme nous lavons déjà dit. ce sont les os décharnés, la partie durable du corps, le squelette en un mot, qui est seul conservé et placé comme une relique dans le tombeau de famille.

Très crédules et très superstitieux, ils croient à l'influence des astres sur les destinées des hommes, ainsi qu'aux jours propices et aux jours néfastes; ils croient que certains individus, qui se recrutent dans toutes les classes de la société, peuvent entrer en communication avec les Esprits et avec les mânes des morts, dont ils reçoivent des inspirations, (les astrologues ou sorciers, qui sont les arbitres de tous les actes importants de la vie de ces sauvages, sont censés aptes à guérir les maladies, à pré- dire l'avenir, à discerner les jours favorables aux diverses entreprises, à influencer les éléments, à exorciser les démons, à interpréter les rêves.

Les uns, qui sont des hystériques, prétendent recevoir la visite des Esprits auxquels ils attribuent leurs crises; c'est au milieu de convulsions violentes, tremblant de tous leurs membres, claquant des dents, le visage grimaçant et livide, souvent inondés de sueur, qu'ils font leurs prédic- tions(2). D'autres, et ce sont les plus nombreux, disent la bonne aventure au moyen de jeux divinatoires ou de manœuvres astrologiques, d'où as- sortent les avis sans lesquels les Indo-Océaniens n'oseraient rien entre- prendre (3). Quand un sorcier en renom est sur le point de rendre le dernier soupir, on met un panier auprès de la bouche du moribond afin d'y recueillir son âme('4).

La sorcellerie ou la science de l'avenir est un art mystique que les individus, dépositaires des connaissances occultes, emploient tantôt pour le bien, comme il est dit ci-dessus, tantôt avec de mauvaises intentions,

l1) Les Malgaches ont la même croyance. W Les Ombiasy et les Mpisikili/ remplissent

W Tels sont \esAndriamandre$y et lesAna- le mime râle a Madagascar.

kia malgaches, sortes de prophètes et de (4) Chez les Chamorri* des lies Mariannos,

pythonisses. J'ai vu la reine du Ménahé, chez les Mélanésiens, etc. La même su-

Narova,en pleine crise d'Andriamandres^. perstition se retrouve à Madagascar.

ETHNOGRAPHIE.

47

dans le but de donner des maladies ou même la mort. Il leur suffit de se procurer une mèche de cheveux, quelques rognures d'ongles, un crachat, un morceau de vêtement d'une personne pour l'envoûter et réa- liser leurs desseins néfastes; aussi les Indo-Océaniens prennent- ils soin de ne jamais jeter au vent les cheveux arrachés par les peignes*1', etc. Par suite de ces superstitions barbares, chacun tient ses voisins et même ses parents en continuelle suspicion. Pour chasser les méchants Esprits auxquels ils attribuent la plupart des maladies ou les accouchements laborieux, ils entretiennent nuit et jour du Jeu auprès des malades (2).

Avant tout acte important, au début d'une entreprise agricole ou com- merciale, au commencement d'une guerre, lors d'une naissance, d'un mariage, d'une grave maladie, ils adressent une prière au Dieu créateur, puis aux Esprits et aux mânes ancestraux, prière qu'ils accompagnent soit de sacrifices d'animaux et quelquefois d'êtres humains, soit d'ordi- naire d'offrandes plus ou moins considérables qui sont en réalité l'es- sence de leur religion (a).

On fait des sacrifices humains en l'honneur des rois et des grands chefs à certaines occasions w. lors de l'édification de leur maison (5), à leur mort(6), etc.; d'ordinaire, les victimes sont tuées par surprise et assommées avec une massue ou avec un pilon à riz ou bien à coups de pierres. Dans les sacrifices d'animaux, qui sont extrêmement fré- quents, on se contente soit d'en offrir un tout petit morceau, qu'on jette au loin ou qu'on dépose sur un tréteau, sorte d'autel rudimentaire, soit

(1J Le roi des Mariannes, comme les rois Sakalavà, était toujours accompagné d'un serviteur qui était spécialement chargé de recueillir le sable ou la terre il avait cra- ché, afin qu'un sorcier ne pût s'en emparer.

W Les Malgaches ont la même coutume.

<3) L'usage des sacrifices et offrandes est du reste tout naturel dans ces pays Ton n approche jamais d'un chef ou d'un supé- rieur sans lui apporter un don plus ou moins important.

M Par exemple, quand on perçait les

oreilles de la fille d'un chef (aux lies Mar- quises), etc. Il en était de même au Ménabé (dans l'Ouest de Madagascar) quand on faisait la barbe au roi pour la première fois.

(*) Chez les Siamois , chez les Mélanos de Bornéo, etc., comme chez les Sakalavà de Madagascar.

(6) Chez les Dayaks, à Amboine, à Min- danao, aux Mariannes, aux Tonga, à la Nouvelle-Zélande, aux Viti, à Rotouma, aux Marquises, etc., comme à Madagascar, chez les Sakalavà, chez les Mahafaly, etc.

48

madacascir.

tout simplement de laisser couler un peu de san^ ou de graisse, et les assistants mangent le reste ; on marque souvent avec le sang de la bête le front de la personne qui offre le sacrifiee(,). Quelquefois on ne met pas la victime a mort, on la consacre à Dieu et on la laisse en liberté après lui avoir fait une marque particulière ; personne n'ose plus la tuer11.

Quand l'offrande dont est accompagnée la prière consiste en vivres, on l'élève dans les mains vers le ciel, ou bien on en lance une poignée aux quatre points cardinaux dans le but d obtenir la protection des Esprits et des mânes des ancêtres qui se plaisent à errer autour du village et auxquels sont attribués tous les malheurs et les maladies.

Les Indo-Océaniens ont des talismans, les uns nationaux ou plutôt familiaux qui sont de vrais fétiches, les autres personnels ou gris-gris auxquels ils attribuent des pouvoirs nettement définis, tels que de pro- téger le village contre les attaques des pillards, de procurer la richesse et le bonheur à leurs possesseurs, de les garantir contre les maladies, contre les sorts et les envoûtements dont ils ont une crainte extraordinaire et qui sont pour eux une source d'inquiétudes continuelle, contre la mort par les balles ou par les sagayes, etc. Ces divers fétiches et gris-gris, qui, par une sorte de pacte, doivent exaucer les vœux de leurs posses- seurs à charge que ceux-ci de leur côté soient assidus dans leur culte et observent strictement certaines prohibitions, sont souvent teints du sang des victimes qui sont tuées en leur honneur ou oints avec leur graisse 3).

Les fétiches consistent d'ordinaire en simples pieux'*' ou en poteaux

W Toutes ces coutumes sont aussi bien malgaches qu'indo-mélanésiennes ,V). Ces sa- crifices se différencient de ceux des Juifs en ce que, chez ces derniers, les victimes et les offrandes restaient la propriété du temple et de ses prêtres, tandis que, dans llndo-Océa- nie comme à Madagascar, ils sont utilisés pour un festin de famille.

W C'est ledabara des Sakalavà. Cette coutume existait en Arabie antérieurement au mahométisme; à la Mekke, on avait des

animaux nommés saïba auxquels étaient accordées la liberté et l'inviolabilité, en exécution d'un vœu fait par un malade |K>ur recouvrer la santé (Caussin de Pekcevau Histoire des Arabes, t. 1, p. 996).

(*) La peur et )a vénération des fétiches et des gris-gris sont tout aussi grandes a Madagascar que dans toute Tlndo-Océn- nie.

(*) Les Hazvmanitrà des Sakalavà sont, en réalité, des fétiches.

[W Les Indonésiens el les Mélanésiens font très fréquemment des sacrifices d'animaux on l'honneur des Esprits, afin de se les rendre favorables; il n'en est pas de même dans la Polynésie.

ETHNOGRAPHIE.

41»

en haut ou sur les cotes desquels sont grossièrement sculptées des figures humaines, qui ont fréquemment les mains croisées sur le ventre, des oiseaux, principalement des hérons, et des crocodiles (1); souvent ce sonl de simples pierres ou des rochers, placés d'ordinaire au sommet de montagnes et qui sont considérés comme les asiles d'Esprits follets {'2) ; quelquefois ce sont des arbres auxquels on accroche des offrandes de toiles ou d'autres objets et devant lesquels on fait les prières, parce qu'on suppose que certains démons habitent dans leur feuillage (3); ailleurs, ce sont des lézards qu'on vénère et nourrit avec soin, parce qu'on les croit les maîtres du tonnerre et de la pluie, ou bien des crocodiles en l'honneur desquels on fait des sacrifices. Il est de règle de ne parai Ire devant les fétiches, comme devant les chefs, que les épaules nues.

(Juant aux gris-gris ou charmes, ils sont faits de débris d'objets divers auxquels les sorciers prétendent avoir communiqué certaines vertus et qu'on porte sur soi ou qu'on tient cachés, loin de tout regard profane, dans des morceaux de toile; on leur fait, de temps en temps, la toi- lette, les frottant d'huile ou de graisse et changeant leur enveloppe w.

Dans certaines régions, on a le culte des jarres, auxquelles est attri- bué un pouvoir magique et qu'on interroge sur l'avenir en frappant dessus'5'.

Chez tous ces peuples, une foi naïve s'unit à des mœurs cruelles et licencieuses ; ils ne croient commettre des péchés que s'ils manquent aux formalités extérieures de leur culte, péchés qu'une simple offrande du reste suffit à absoudre.

Le jeune et la chasteté, quelquefois une retraite plus ou moins longue, sont obligatoires à certaines fêtes ou à l'occasion de certains actes ou

v' A Bornéo, à Tahiti, à Nouka-Hiva, à Samoa, etc., comme h Madagascar, ces fétiches, qui représentent les mânes des ancêtres, sont censés doués du pouvoir d'écarter les Esprits malins du village.

'-> Dans In Mélanésic (lies Salomon, Nouvelles-Hébrides, etc.), dans la Micro- nésie (îles Caroline.*, îles Gilbert, elc), à Tahiti, etc., tout comme à Madagascar.

W Aux lies Caroline*, etc., comme dans le Sud et dans l'Ouest de Madagascar.

W C'est ce que font aussi les Mal- gaches.

W Dayaks, Polynésiens, etc. Les Betsimisaraka vénéraient et vénèrent même encore aujourd'hui une grande jarre de terre (Sinibc) dont on voit les débris à Ambodi- sinv, à la bouche de Tlvondrona.

KTH\OGIUI>Hlfc.

50

MADAGASCAR.

de certains événements (l): et, en divers cas, dans les maladies graves, dans les accouchements laborieux, lorsqu'on va faire une entreprise diffi- cile, etc., on est tenu de confesser publiquement ses fautes cachées (i]. Les ablutions et l'aspersion d'eau lustrale, soit sur des enfants ou sur des ma- lades, soit sur la population entière lors d'épidémies ou dans certaines cérémonies, soit sur ceux qui viennent d'assister à des funérailles, servent à la purification (3j; les grands-parents bénissent souvent leurs enfants ma- lades en prenant dans la bouche une gorgée d'eau qu'ils crachent sur eux*.

La circoncision (5) a lieu à un âge relativement avancé, à i o ou 1 a ans; quelques tribus(6) avalent le prépuce ou le brillent.

Il n'est guère question chez ces peuples de peines ou de récompenses dans l'autre monde; cependant, comme ils croient que les âmes des nobles passent, après leur mort, dans le corps d'un animal, ils admet- tent que les bons transmigrent dans celui de certains reptiles, crocodiles, lézards ou serpents (7). ou de certains poissons, anguilles, etc., et qu'au contraire les méchants prennent la forme de chiens ou d'autres bètes impures. Les âmes des autres morts sont censées habiter une montagne sacrée, qu'il est défendu d'approcher, ou quelque ile déserte w.

L'inégalité des castes persiste au delà de la tombe.

La coutume si caractéristique du tabou (\efatly malgache), qui interdit, momentanément ou d'une manière permanente, l'accès de certains lieux.

(*' A Bornéo (province de Saravak), aux lies Mariannes et Carolines. aux lies Mar- shall, aux Iles Hawaï, aux îles Marquises, etc. Il en est de même à Madagascar.

(2) Chez les Dayaks, chez les Samoans, etc., comme chez les Malgaches.

(*) En Birmanie , dans le Siam, au Tonkin, chez les Davaks, à Timor, etc., comme à Madagascar.

W Chez les Samoans. les N'éo-Gui- néens, elc. Il en est de m«*mc à Mada- gascar, où cette bénédiction s'appelle 7W- dranô(\iU, : souffler de l'eau).

W Ni les Néo-Zélandais, ni les Papous de la Nouvelle -Irlande ne pratiquent la cir-

concision; elle a lieu presque partout ail- leurs en Océanic ainsi que dans les lies de la Sonde. A Madagascar, elle est ou plutôt elle était universelle.

l°> Tels que les Australiens, etc. Cette curieuse et répugnante coutume a existé dans toute l'île de Madagascar et existe encore dans l'Ouest et dans le Sud.

I7' Chez les Négritos de la presqu'île de Malacca, à Sumatra, chez les Dayaks, à Bali, à Timor, à Amboine, chez les Ipalaos des Carolines, aux lies de Banks, aux îles Sa Ion ion, aux Tonga, chez les Maoris, etc. Cette croyance existe chez les Betsileo.

(*) Iles de la Me'lanésie, Iles Tonga, Non-

ETHNOGRAPHIE. 51

l'usage de certains objets, les rapports avec certaines personnes, est, pour ainsi dire, universelle des confins orientaux de l'Océanie jusques et y compris Madagascar. Ses prescriptions, qui ont un caractère quasi-reli- gieux, ont pour but de satisfaire les Esprits, qui ne manquent pas de punir les contrevenants, et de s'attirer leurs faveurs. Nous citerons, parmi les tabous indo-océaniens qui sont innombrables et, du reste, très variables non seulement de tribu à tribu, mais aussi d'une époque à l'autre, les suivantes qu'on retrouve également à Madagascar : il est for- mellement interdit, après la mort d'un chef, de continuera se servir des mots qui entrent dans son nom lj, ce qui amène, dans les langues malayo- mélano-polynésiennes, des changements fréquents de mots et en modifie l'aspect. Les personnes qui ont touché à un cadavre, ainsi que celles qui ont assisté à des funérailles, doivent se purifier par des ablutions lustrales. Il est défendu de tuer ou de blesser un chef, même ennemi. Sont tabouées, c'est-à-dire qu on ne doit ni les toucher ni même les approcher, les femmes nouvellement accouchées, tant qu'elles ne se sont pas purifiées, et les épouses des hommes partis en guerre, à la grande pêche ou pour une entreprise commerciale dangereuse. Souvent, lors qu'une personne est gravement malade, ses proches parents se sou- mettent à certaines privations, que les devins leur imposent, ou même vivent dans une solitude complète. Les tortues de mer ne peuvent être mangées qu'en plein air, sur la plage, après qu'un morceau en a été offert à Dieu et aux Esprits. Il serait facile d'allonger indéfiniment la liste des prescriptions du tabou auxquelles obéissent par superstition les popu- lations indo-mélanésiennes, mais ces quelques exemples suffisent.

En somme, tous les habitants de cette vaste région du monde, qui en sont encore à l'état de barbarie, n ont point, à proprement parler, de conscience; l'idée du bien et du mal, telle que l'ont les hommes civilisés, leur est étrangère. Tandis que les lois de la morale nous enseignent

velle-Zélande, etc. Cest aussi ce que lj Chez les Todas de l'Inde, chez les croient beaucoup de Malgaches qui appel- Siamois, chez les Indonésiens et chez les Mê- lent Ambondrombé la montagne se réu- lanésiens, en Australie, en Tasmanie,dan& nissent, d'après eux, les âmes des morts. la Polynésie, etc., comme à Madagascar.

52 M \i>\<; \SCAIL

les devoirs <jiii nous inroiulient et nous forcent, avec plus ou moins de succès, à dompter nos passions, les Indo-Océaniens, comme les Mal- gaches, les laissent, au contraire, se développer librement, écoutent leurs instincts, satisfont tous leurs désirs, donnent cours à tous leurs caprices, tant qu'ils ne sont pas arrêtés par quelque croyance supersti- tieuse ou par les prescriptions saugrenues des sorciers. Leur idéal ne s'élève pas au-dessus de la satisfaction de leurs sens.

Oiu;\\isvTio\ sociale. Les habitants de l'Indo-Océanie se suUIi- visent. comme tous ceux de Madagascar jusqu'au commencement du \i\c siècle1 - en une quantité innombrable de groupes d'individus .formant autant de petites sociétés plus ou moins fortement organisées, que gou- vernent des chefs de droit divin'1, avec une aristocratie puissante et des classes bien distinctes. Partout la population est divisée en trois castes, les Noble*, les Libres et les Ksclaves, séparées les unes des autres par des barrières infranchissables: ni le mérite, ni la fortune, ni la beauté ne permettent a personne d'en sortir et de s'élever au-dessus de sa condition originelle, mais il est, au contraire, facile de déchoir et de perdre à jamais son rang. t. ne femme noble ne peut entretenir de relations avec un homme de caste inférieure, sous peine d'exclusion tic sa caste et quelquefois de mort. Cette institution des castes est la conséquence des guerres, de l'orgueil et de la puissance des vainqueurs, d'une pari, et, d'autre part, de la faiblesse et de la soumission forcée des vaincus. Ix»s nobles, qui sont pleins d'orgueil et d'arrogance, tiennent dans l'abaisse- ment le plus abject les gens du peuple, qui ne sont autorisés à les appro- cher qu'en saccroupissanl et qui doivent prendre dans leur main le pied droil de leur maître et. en signe de vasselage, le poser sur leur tète: il y a un langage spécial pour leur parler ainsi que pour parler d'eux '•"'. Les

1 11 y n «les îles (Itaiatca. etc.) l'on leur premier roi, dans lequel, au fur el à

Menti lie le Uoi avec Dieu. Dans loul Mada- mesure de la mort de ses successeurs, sont

ga*car les chefs étaient considérés comme précieusement déposées une de leurs ca-

d'essenec divine, et, dans rimerina, on nines et une phalange de leur petit doigt;

avait coutume «le donner aux souverains il est pieusement gardé par le roi régnant,

le titre d'Andnamatiilid hilawaso (lit!. : le à <|ui il sert d'investiture. Dieu que les yeux \o!enl). Les Mahal'aK "'-' Tous ces usages sompluaircs se trou-

appellent Andrimuiharjj (Dieu) le crâne de vent également à Madagascar.

kthmh;iui»hik. 53

reliques des grands chefs sont religieusement conservées dans une mai- sonnette particulière qui est sacrée aux yeux de tous(,).

Leurs institutions sociales ont des degrés de développement divers suivant les tribus. Dans quelques iles, il règne une certaine anarchie, les chefs n'y ayant guère qu'un pouvoir nominal et leur autorité ne s'exer- çant réellement qu'en temps de guerre; il est probable que cet état a été au début celui de toutes les tribus. Dans la plupart, comme à Mada- gascar, c'est l'élément féodal et surtout, depuis que les Européens ont apporté à ces peuplades les armes à feu qui ont permis à des chefs ambi- tieux et habiles d'établir leur domination sur leurs voisins moins braves et moins intelligents, l'élément monarchique qui domine.

Les grandes iles et les archipels n'obéissent pas à un souverain unique; ils sont divisés en une multitude de petits états gouvernés chacun par un roi, qui est le chef patriarcal de la caste des nobles et dont les fonctions sont souvent tout à la fois héréditaires et électives, car si, dune part, elles ne sortent pas d'une famille particulière, d'autre part, elles ne passent pas toujours du père au fils aîné, et la communauté choisit assez souvent entre les parents du défunt, enfants ou frères, celui qui lui parait h1 plus digne de la succession, lorsqu'il y a indignité ou incapacité des aînés. La loi salique n'y existe pas, sauf aux Radaks (îles Marshall), et le ventre seul anoblit comme dans beaucoup de pays d'Orient. La personne des chefs est sacrée, car ils sont censés tenir leur pouvoir de Dieu avec qui on les identifie dans une certaine mesure, et, après leur mort, leurs reliques sont, comme il a été dit plus haut, pieusement gardées dans une maisonnette sacrée. Le roi a toute autorité sur ses sujets, qui lui obéissent aveuglément comme à leur père; personne ne l'approche, même les nobles, qu'avec les marques du plus grand respect; seul, il a le privilège d'avoir douze femmes légitimes. Par héritage comme par droit de conquête, il est le maître du sol; cependant, ses sujets sont autorisés à cultiver toute terre qui est inculte et dont ils ont alors l'usufruit, mais ils ne peuvent l'aliéner. Toutefois, en dehors des alleus ou terres non grevées d'impôts, il y a des

1 Aux iles Salomon, etc. -- Le> Sakalava conservent de même pieusement dans une maison spéciale hs reliques de leurs rois ou jiny (du nom arabe djinn. Esprits).

54 MAI)\<ÎASC\R.

fiefs auxquels sont attachés des serfs obligés de les cultiver au bénéfice de certains nobles ou bien de leur payer certaines taxes et de faire pour eux, sans salaire, certaines corvées, telles que réparer les chemins, apporter les bois pour la construction ou la réfection de leurs maisons, etc.; mais leurs seigneurs ne peuvent pousser la tyrannie au delà d'une limite rai- sonnable, car, si leurs exigences devenaient intolérables, ils auraient a craindre que leurs vassaux ne se réfugiassent chez un de leurs voisins, dont ils accroîtraient la puissance.

Les chefs n'ont pas de revenus fixes; ils ont seulement droit à certaines prémices ou dîmes et ils peuvent réquisitionner les habitants pour tout travail qu'ils jugent convenable, ce dont ils ne se font pas faute.

Toutes les affaires se traitent en public, en plein air, sous la prési- dence du roi, qui dans certaines îles 1} est assis sur une pierre particu- lière, et les résolutions sont soumises pour la forme à I assentiment des assistants. Les vieillards et les chefs de famille forment un conseil patriarcal dont l'avis a toujours un grand poids. La convocation de ces assemblées publiques se fait souvent au son de la conque marine.

Corvke. Le régime de la corvée est universel. Les rois réquisi- tionnent leurs sujets toutes les fois que c'est leur bon plaisir, et les cor- véables ne reçoivent ni rémunération, ni vivres.

Les serfs des fiefs sont également tenus, comme nous venons de le dire, de faire certaines corvées pour leurs seigneurs.

Esclavage. L'esclavage est à peu près général dans llndo-Océanie. Les prisonniers faits à la guerre et leurs descendants, les débiteurs in- solvables et leurs familles, les individus condamnés pour certains crimes forment la masse des esclaves; il faut y ajouter les hommes, femmes et enfants, qu'on va voler dans les villages des Etats voisins 2).

Il est défendu d'épouser une esclave sous peine de perdre son rang et même ses biens (3). Lorsqu'un esclave se prosterne aux pieds du roi et que le roi lui adresse la parole, il devient sa propriété.

W Aux lies Palos, aux îles Viti, etc. A -> Aux Célèbes, etc., et à Madagascar.

Tananarive, il existait aussi des pierres sa- 3) Chez les Maoris, etc., comme dans

crées réservées au souverain. H le de Madagascar.

ETHNOGRAPHIE. 55

On n'enterre pas les esclaves; leur corps est abandonné aux animaux0.

Justice. Dans l'Indo-Océanie, tout individu est entièrement libre de ses actions, tant qu'il ne contrevient pas aux usages et aux coutumes du pays, qui se résument à peu près exclusivement en pratiques supersti- tieuses, mais ces usages et ces coutumes sont obligatoires et ont force de loi; c'est un véritable crime que de les transgresser. Il en est du reste quelques-uns, ayant trait à la jouissance des terres, au droit de pro- priété, à la sûreté des individus, aux échanges commerciaux, aux contes- tations entre particuliers, à la chasse et à la pêche, qui sont assez judi- cieux pour l'état dans lequel vivent ces peuplades.

C'est le chef ou ses représentants qui rendent la justice; mais, malgré son pouvoir absolu, il n'oserait violer les coutumes qu'un long usage a sanctionnées. Les jugements ont lieu en assemblée publique et la sentence est exécutée séance tenante.

Le vol entre gens du même clan est rare et sévèrement puni, et, lorsqu'il a lieu dans l'enclos du chef, le coupable est condamné à mort. La peine du talion est presque universellement appliquée; le village entier ou tout au moins la famille est rendue responsable du crime d'un des siens ®. Les Indo-Océaniens considèrent comme des délits une multi- tude de faits impossibles cependant à prévoir et à empêcher, qui sont dus à une imprudence ou même à une simple malechance indépendantes de la volonté des individus (3), mais qui, aux yeux de ces peuples, sont la preuve que le délinquant sans le savoir, qu'on pille pour la peine, s'est attiré la colère des Esprits.

Dans tous ces pays, le plus grand crime est la sorcellerie; il entraîne toujours la mort de l'inculpé. Les corps des sorciers punis de mort sont brûlés et leurs cendres jetées au vent, ou bien on les abandonne aux chiens et aux oiseaux de proie ; ils n'ont pas les honneurs de la sépulture et sont exclus du tombeau de famille w.

M Cliei les Maoris, etc. Toutes ces pécheur dont la pirogue chavire, etc., sont,

coutumes ont existé aussi à Madagascar. chez certaines peuplades, considérés comme

(*> Noirs des Philippines, etc. Il en coupables d'un délit,

est de même à Madagascar. W Les mêmes superstitions et usages

<3) Un père dont l'enfant se brûle, un régnent à Madagascar.

56 m \n \c;asc: \n.

Kn cas de doute, on recourt au jugement de Dieu (|ui, comme1 Ton sait, est ou a été employé chez tous les peuples pour démasquer les sor- ciers et les criminels et qui a été si usité en Europe au moyen âge. Les ordalies varient suivant les tribus et suivant les cas, et il y a une foule d'épreuves diverses : tantôt l'accusé doit, sans s'écbauder la main, enle- ver un caillou placé au fond d'un vase plein d'eau bouillante111: tantôt on lui fait prendre du poison- ; tantôt il se baigne dans un endroit abondent les requins ou les crocodiles qui sont chargés de discerner les innocents des coupables, en dévorant ces derniers et laissant la vie sauve aux autres13, etc. Dans les procès douteux, on a recours à des épreuxes plus bénignes : on creuse un trou dans la rase de l'inculpé et on le remplit d'eau à la surface de laquelle juge, tenant un jeune bananier à la main, voit, croient-ils, l'image du coupable '* : ou bien l'on fait plonger les adversaires et celui qui reste le plus longtemps sous l'eau a gain de cause :>1 ; ou bien encore on fait prêter serment soit sur une arme qui doit tuer ceux qui se parjureraient, soit sur un bol contenant de l'eau sacrée, dite eau du serment % dans laquelle on a mis une balle, une pin- cée de poudre à fusil, un peu de terre, quelquefois une pièce dor, etc.. et qui doit amener la mort de ceux qui en boivent, ou tout au moins leur causer de grands malheurs à eux et à leur famille, s'ils mentent ° ; la prestation de tout serment est précédée d'une invocation à Dieu et aux ancêtres l'on appelle les plus grandes calamités sur ceux qui oseraient forfaire à leur parole.

Successions, héritages. Les usages qui règlent les successions sont confus et très variables suivant les tribus : chez les unes, c'est la veuve qui hérite; chez d'autres, les enfants mâles ont seuls droit aux biens de leur père(7); ailleurs, les frères el les sœurs ont part égale *K mais toujours

r' Noirs des Philippines, Amboinais, etc. *) A Tahili, etc., ainsi qu'à Madagascar.

Les Sakalava emploient souvent ce mode 5) A Bornéo, à Siam, a Malarca, enBir-

de jugement. manie, etc.. comme à Madagascar.

M A Amboine, on fait boire le Mattakau; M Au Siam, au Laos, etc. A Mada-

1c tanghin des Hovâ est tristement célèbre. gascar, on prête des serments analogues.

(3) Aux Tonga. La même ordalie a lieu l?' Dans l'archipel Indien, etc.

dans l'Est el dans le Sud-Est de Madagascar. >'* Maoris, etc.

ETHNOGRAPHIE. 57

les héritiers ont la charge de subvenir aux besoins de tous ies autres enfants, légitimes et illégitimes, entre lesquels il ny a, à leurs yeux, aucune différence.

Dettes. Les Indo-Océaniens ont la religion des dettes; cest un caractère distinctif de ces peuples. II y a des tribus l'on vend non seu- lement la femme et les enfants, mais même la mère d'un individu mort insolvable pour acquitter ses dettes, et d'autres le créancier, si on ne le paye pas, a le droit de tuer son débiteur ou Tun de ses proches pa- rents^1'; ailleurs, le père donne ses enfants en gage, jusqu'à ce qu'il ait pu s'acquitter^'.

(ilerres. Les guerres ont presque toujours pour but le pillage; elles sont continuelles entre voisins qui, entraînés par leur penchant pour la rapine, vivent en un perpétuel état d'hostilité. Ils préparent leurs ex- péditions en secret et, après avoir consulté le sort et fixé le jour propice, quelquefois après avoir offert un sacrifice à Dieu, et souvent après avoir confessé publiquement leurs fautes et payé une amende en manière de punition^, ils partent, vêtus seulement du maro (xadia malgache), sous le commandement du chef qu'accompagne le talisman national particulier à la guerre. Ils agissent par surprise et avec perfidie, tantôt dressant une embuscade, tantôt s'approchant silencieusement du village ennemi pen- dant la nuit et poussant tout à coup, lorsqu'ils se trouvent à portée, des cris et des vociférations.

Les attaques, qui se font au son de la conque marine, ont lieu sans plan concerté à l'avance et, pendant la bataille, chaque soldat agit à sa guise. Ils combattent rarement corps à corps. Ces guerres ne sont ni longues ni sanglantes; deux ou trois soldats tués ou même simplement blessés suffisent pour décider de la victoire. Pendant que leurs maris sont en guerre, les femmes vivent en retraite, adressant matin et soir des prières à Dieu, ne se livrant à aucun plaisir et ayant le haut du corps nu '-•

'!' A Mindanao (îles Philippines), etc. :'J Chez les Dayaks de Bornéo, etc.

'•-> A Bornéo, chez les Battas, etc. A W Chez les Dayaks, etc. Les femmes

Madagascar, les débiteurs insolvables sont malgaches ont les mêmes obligations, c'est

tout aussi durement traités. ce qu'elles appellent tmrary.

rrasocftiPiiB. 8

58

madu;asc\r.

Les chefs ennemis faits prisonniers sont traités avec égard et échangés contre une honnête rançon ; on doit autant que possible éviter de les blesser pendant le combat'11. Quant aux autres prisonniers, ils sont réduits en esclavage et souvent même tués sans merci. Ije parti qui demande la paix envoie un ambassadeur portant à la main un jeune bananier.

En somme, ces peuples sont pour la plupart d'humeur guerrière; aussi ont-ils porté assez loin l'art de la fortification. Ils creusent autour de leurs villages des fossés profonds qu'entourent de hautes palissades; les portes qui y donnent entrée sont surmontées dune plate-forme qui permet de surveiller les allants et les venants: toutes les fois qu'ils le peuvent, ils les établissent sur une éminenre, souvent même au sommet de pics abrupts, afin d'être mieux à l'abri des attaques de l'ennemi*.

Leurs armes consistent en lances, longues tantôt de k à h mètres^, tantôt de 1 m. 60 à 3 mètres v. en arcs et en flèches 5}, quelquefois empoi- sonnées6', en pierres qu'ils jettent avec la fronde 7 ou même à la raain^, n massues 9). Quelques peuplades emploient la sarbacane ou sumpitanll0:. Les boucliers sont en usage presque partout ll}.

Àgriclltuiie. L'agriculture est assez avancée dans l'Indo-Océanie, excepté dans les îles de la Polynésie le sol est moins fertile que dans l'Insulinde et dont les habitants sont surtout adonnés à la pêche. L'une des principales cultures est le riz, pour lequel, clans certaines régions, on

-1, Chez les Battas. etc. Mêmes usages à Madagascar.

21 Les Malgaches ont fortifié leurs \il- lages de cette même manière jusqu'au jour 011 ils n'ont plus eu à craindre les attaques de leurs \oisins.

5 Aux îles Palos, aux Hawaï. etc.

* Aux îles Marshall, aux Hawaï, aux Ma- rianne*, à Mindanao, en Australie, en Nou- velle-Calédonie, à Rotouma, etc.

»* A Bornéo, à Vanikoro, etc.

6 Aux îles Marshall, chez les Négrilos des Philippines, aux Nouvelles-Hébrides, chez les Mélanésiens, chez les Ailburousdes Célèbes, à Timor, etc. ; les Hawaïens et les

Tonganais se servent aussi d'arcs, mais seu- lement pour chasser.

'" Aux lies Marshall, à Hawaï. aux Ma- ria n nés. en Nouvelle-Calédonie, chez les Papous, etc.

"* A Kotouma, etc.

g Aux iles Marshall, aux îles Palos. à Hawaï. aux Mariannes. aux Nouvelles- Hébrides, à Vanikoro. etc. Il v a des iles Ton sert d'épées de bois dont les tranchants sont armés de dents de requin.

10' Chez les Pounans de Bornéo, etc.. et chez les Malgaches [Jtmtroakâ ou tsirikâ ).

11 Ni les Hawaïens, ni les Australiens, cependant, ne se servent de boucliers.

ETHNOGRAPHIE.

59

construit avec art des terrasses le long des flancs des montagnes et on fait de grands travaux d'irrigation11'; on le sème dans des terrains hu- mides où, à laide d'un bâton, on fait des trous dans lesquels on met les grains(2), et on repique les jeunes plants lorsqu'ils ont une certaine hau- teur. Le repiquage se fait en mesure, les travailleurs chantant et opérant en trois temps, qui consistent à enfoncer dans la boue quelques brins pris dans la gerbe qu'ils tiennent dans la main gauche, à tasser avec le pied gauche et à faire un pas en arrière^. Quelquefois, les champs sont enclos d'un petit mur de pierres sèches'*'. On cultive aussi beaucoup d'ignames, de Farrow-root (Tacca, dont la racine est râpée et lavée avec soin)'5', etc. Leur outil principal est une bêche avec un grand manche'6'.

Industrie. Les Indo-Océaniens sont habiles dans le tissage des étoffes, pour lequel ils emploient un métier primitif'7'; ils savent les teindre de couleurs diverses'8'. H y en a qui font rouir l'écorce de certains arbres et qui, après Ta voir battue avec un maillet de bois , s'en servent comme vêtement'9'.

Ils tressent, avec des feuilles de vakoa ou avec des joncs, des nattes, des voiles, des sacs, des paniers, des corbeilles carrées, quelquefois très fines'l0). Ils façonnent à la main des pots d'argile, qu'ils font cuire'11'; ils

W Chez les nègres de la Nouvelle-Calé- donie, aux lies Mari an nés, aux lies Philip- pines, à Sumatra, etc. Il en est de même chez les Merinâ et chez les Belsileo.

(2) Aux lies Marianne» (Chamorris), etc.

W Aux Mes Philippines, etc. Les Be- tsimisaraki, etc. , procèdent de même dans leurs plantations (voir Flacourt, Hi$ t. Mad., i658, p. ai et 998).

P> Aux lies Hawaï, etc.

W Aux Carolines , etc. , et au Ménabé , etc.

'*> Aux Hawaï, etc. Dans le centre de Madagascar, on emploie Yangady, qui rap- pelle la bêche des Indo-Océaniens.

M Chez les Maoris, etc. Le métier des Malgaches est identique à celui des peuples indo-océaniens.

M On teint en jaune avec le curcuma,

en noir avec certaines boues, en couleurs diverses avec plusieurs sortes de végétaux (aux iles Hawaï, aux Iles Mariannes, à Ja- va, etc., comme à Madagascar).

W Hawaïennes, etc. Les populations du Sud-Est de Madagascar ont cette même industrie.

(10) Chez les Malais, aux iles Philippines, etc. Les femmes malgaches sont très habiles dans ces sortes d'ouvrages, surtout sur la côte orientale de Madagascar.

l11) Aux iles Palos, aux iles Mariannes, à la Nouvelle-Guinée , aux Viti , dans l'intérieur de Sumatra, etc. Les Polynésiens ne fabri- quent pas de poteries, car il n'y a pas de terre à potier dans leurs îles. A Mada- gascar, partout se trouve de l'argile on la travaille avec un certain art.

8.

60

m\i>v<;\s<;vh.

fabriquent des plats de dois et savent Fondre l'écaillé avec laquelle ils moulent des cuillers ' .

lis sont très adroits dans les travaux manuels et, malgré l'imperfection de leur outillage, ils sont de bons ouvriers charpentiers, serruriers, armu- riers, etc. Ils connaissent l'usage du foret, qui fait chez eux l'office de notre vilebrequin ". Ils fabriquent le fer a\ec habileté, employant comme soufflet soit deux gros cylindres de bambou 3, soit deux troncs d'arbre creusés {-H\ qui sont placés verticalement et l'air est refoulé par deux pistons mus à la main et projeté sur le foyer par un long tube, (le sont aussi d'habiles orfèvres qui. malgré leurs outils grossiers et primitifs, travaillent l'or et l'argent avec goût el font de jolis filigranes 5-.

Commerce. Les Indo-Océaniens sont des marchands fins et rusés: jamais ils ne se pressent de conclure un marché, qui n'est valable qu'après qu'ils se sont touché les mains *'. Ils se serxent. dans plusieurs iles, de petites balances pour peser l'or el l'argent, prenant des grains de riz comme poids $ . A certaines époques, il y a, en des lieux déterminés, des foires les habitants des environs xiennent échanger leurs produits'8.

\oies et moyens de r.oMMiMCATîON. Dans tous ces pays, il n'y a que des sentiers, el. pour aller d'un lieu à un autre, quand ces lieux ne sont pas situés sur les côtes, on n'a d'autre moyen de transport que ses jambes. Cependant, les chefs de certaines peuplades s<» font porter dans une espèce de litière ou de palanquin sur les épaules de leurs esclaves-9'.

Jl Aux îles Palos. elc. Les Mcrina Tondent la corne pour faire des cuillers, el les Sakalava, les Kara. etc.. l'ont leurs us- tensiles de ménage en Imis.

- Chez les Maoris, chez, les Chaniorris des lies Mariannes. etc. - On peut en dire tout autant de la plupart des Malgaches.

•3 Chez les Mélanésiens, elc. L'indus- trie du fer n'existait pas en Pohnésie, il n'y a pas de minerai.

••*• A Bornéo, dans la presqu'île de Ma- tacca (état de Perak) , etc. , les soufflets sont pareils à ceux de Madagascar. Quoique ceux des forces africaines, qui sont de sim-

ples sacs en peau de rhe\re, soient tout à fait différents, les Makololos en ont qui sont assez semhlahles à ceux de fOcéanie et de Madagas- car ( \a\ ixcstoxe, Expl. du Xambeze, p. 391).

:3 A Ja\a. à Sumatra, aux lies Philip- pines, etc., comme dans l'Imerinà.

•6) Chez les Maoris, aux îles Ha* aï, etc.

tr' \ Sumatra, etc.. tout comme dans le centre de Madagascar.

(•• Aux Iles Hawaï. etc. - C'est ce qui existait aussi dans le centre de Madagascar.

•' Le palanquin est d'origine asiatitpie. La chaise de montagne dont se sérient les Chinois est un \rai jilanjami malgache.

ETHNOGRAPHIE.

61

Navigation. L'art de la navigation a été porté très loin par les Indo- Océaniens qui sont, pour la plupart, des marins habiles, expérimentés et intrépides. Ils sont très experts dans la construction des bateaux ou piro- gues et dans la manière de les diriger. Les uns creusent, dans des troncs d'arbre, d'énormes canots qui ont jusqu'à 90 et 9 5 mètres de longueur, et dont ils rehaussent les côtés avec des bordages ou planches, cousus et calfatés à l'aide de filasse et de résine; ils relient quelquefois ces canots deux à deux afin de transporter un plus grand nombre de personnes et de leur donner plus de stabilité^. Les autres font des pirogues très effilées, munies d'un(2) ou de deux (3) balanciers pour les empêcher de cha- virer, car, pour une longueur de 1 5 à 20 mètres, leur largeur n'est que de 0 m. 5o a 1 mètre; des planches mises en travers les consolident et servent de bancs. Ces embarcations sont construites avec un grand art; elles sont gracieuses, légères et rapides; elles portent de grandes voiles triangulaires en nattes, dont le patron tient à la main les écoutes, afin de pouvoir les larguer rapidement lorsque la brise fraîchit; on se sert de pagayes, lorsqu'il y a calme plat ou que le vent n'est pas favorable.

Plusieurs de ces peuples (Malais et Mélanésiens) mettent en mer de véritables flottes, composées de nombreuses embarcations, avec lesquelles ils exercent la piraterie et sèment au loin la terreur w.

Les Indo-Océaniens, comme la plupart des habitants des pays maritimes, considèrent que les objets qu'ils recueillent sur la plage ou qu'ils trouvent en pleine mer sont un cadeau que Dieu leur fait

M Maoris, Hawaïens (quelquefois), elc.

W Dans la Polynésie orientale, à Hle Drummond de l'archipel Gilbert, aux lies Carolines, aux lies Palaos, à Bornéo, aux îles Nicobar, aux lies Andaman, à Ceylan, aux Laquedives et Maldives, les pirogues ont un balancier, comme à Madagascar.

(*> Malais de Singapore, Javanais, So- loans, etc. Dans les lies Mariannes, on accouple les pirogues deux à deux et on met un balancier de chaque côlé. 11 y

avait autrefois, en i5o,5. des pirogues à deux balanciers à Ampalazy et a Tuléar, sur la côte Sud-Ouest de Madagascar (voir Le premier livre de la navigation des Hol- landais aux Indes orientales, i5p,8, verso p. 6 W, avec figure).

(*) Les Betsimisarakâ, qui habitent la côte orientale de Madagascar, ont aussi été maintes fois , avec des centaines de pirogues , piller les Comores et même certaines villes de la côte d'Afrique.

'û> <rLes esquifs sont faits d'une seule pièce de bois, a y an s des basions à d<»u\ costés aiin qu'en tournant ne renversent : peschent en cette manière.*

62

MADAC tSCAR.

et qu'ils sont leur bien; ils dénient au vrai propriétaire tout droit sur les épaves.

Les chefs océaniens exigent des Européens un présent assez impor- tant avant de les autoriser à jeter l'ancre sur leurs côtes et à faire à terre des provisions d eau, de bois et de vivres (l'.

Arts, musique. Les Indo-Océaniens sont passionnés pour la mu- sique. Ils ont l'oreille juste, mais la science leur manque, et ils n'ont que des instruments grossiers, consistant en un long bâton, sur lequel ils frappent en cadence pour marquer la mesure des danses(2), et un grand tambour qu'on bat à deux mains ou avec une baguette (3), en calebasses pleines de petits cailloux, en flûtes de bambou, en flageolets, en guim- bardes ou sorte d'arcs monocordes dont une moitié de calebasse forme la caisse sonore (4), en chalempoung ou lyre à dix ou quinze cordes'5'; tous, sauf le dernier, produisent des modulations peu variées et peu agréables.

11 y a encore la conque marine, mais son usage est réservé aux chefs pour les fêtes nationales et pour la guerre (6).

Leurs chants, quoique traînants et monotones, sont plus mélodieux que leur musique instrumentale; ils ne sont pas cependant très agréables. On chante pendant les danses, on chante dans les fêtes, aux funérailles, etc.; un des assistants improvise un court récitatif, adapté aux circon- stances, et les autres répondent par un refrain invariable, souvent même par une seule note plus ou moins stridente.

Ils ont aussi des chansons d'amour, éminemment lascives, des chansons satiriques, bachiques, guerrières, etc.(7).

M A Madagascar, les chefs du bord de la mer exigent également un droit d'ancrage.

P) Chez les Hawaïens, etc. Les Mal- gaches de la côte orientale se servent dans le même but d'un bambou.

P) Aux îles Marshall, etc.

(4) Aux Philippines, aux Mariannes, h Nouka-Hiva, etc. C'est le bobre des Cafres.

(5) Cet instrument, en usage chez les Malais, est l'analogue de la valiha malgache.

(*) Mélanésiens, Samoans, Tonganais,

Maoris, Nouka-Hi viens, etc., tout comme les Sakalavâ, les Bara et les autres tribus malgaches. Ces peuples croient que le bruit qu'on entend lorsqu'on approche cette coquille de l'oreille est produit par la conver- sation des mânes de leurs ancêtres avec les divinités inférieures qui y ont élu domicile. W Tout ce que nous venons de dire au sujet des chants et de la musique instru- mentale des Indo-Océaniens s'applique éga- lement aux Malgaches.

ETHNOGRAPHIE. 65

Dans certaines îles, il existe des troubadours, à mœurs efféminées, qui s en vont de village en village, amusant les habitants avec des chan- sons et des danses qu'ils accompagnent de musique (,).

Dessin et sculpture. Leurs dessins sont limités à des arabesques, à des grecques. 11 font d'assez jolies sculptures sur bois et s'ingénient quelquefois à représenter des animaux et des figures humaines, ébauches informes qui sont dénuées d'art et sont sans expression^.

Sciences. Les Indo-Océaniens n'ont, en réalité, aucunes connaissances scientifiques. Cependant, ils emploient la numération décimale, ils savent distinguer les principales étoiles, ils connaissent les points cardinaux et leurs subdivisions; ils. divisent Tannée en douze ou treize mois lunaires de vingt-huit jours, chacun de ces jours ayant son nom et les mois étant appelés d'après un groupe d'étoiles.

Maladies, médecine, chikuiigie. Les Indo-Océaniens croient que la plupart des maladies, sinon toutes, arrivent par punition des Esprits ou des mânes des ancêtres à cause de méfaits, notamment de la violation des divers tabous, ou par sortilège, ou bien encore parce qu'un démon s'est emparé de leur corps. Ils attribuent presque toujours la mort à une cause surnaturelle (3).

Aussi leur méthode curative consiste-t-elle surtout en prières, en exorcismes, en offrandes propitiatoires ou même en sacrifices aux Esprits; dans les cas graves, les proches parents doivent confesser publiquement leurs péchés. Les sorciers font une foule de momeries dans le but de chasser le démon du corps du possédé et ordonnent certaines abstinences; on danse autour du malade^ et on entretient, nuit et jour, un grand feu à ses côtés, dans la pensée de forcer le diable, cause de tout le mal, à s'en aller.

Quelquefois, cependant, outre les prières et les offrandes propitia- toires, ils traitent certaines maladies avec des simples, des plantes pur-

t1) 11 en est de même à Madagascar, Samoa, à Tahiti, à Nouka-Hiva, etc. Il

W On peut en dire autant des Malgaches. en est de même à Madagascar. P) A l'archipel Mentavi, à Bornéo, à (4) Aux lies Radak-Ralik (Marshall),

Amboine, aux Mariannes, aux Carolines.à etc., tout comme à Madagascar.

6* MADAGASCAR.

gatives ou \omitives ' . Le massage est assez fréquemment pratiqué et. pour les fièvres comme pour les douleurs rhumatismales, les bains de vapeur aromatisés avec des herbes odorantes sont en grand usage2'. Quand ils ont mal à la tête ou qu'ils souffrent de douleurs faciales, ils étendent sur la partie de la tête qui est malade une couche de terre argi- leuse blanche ou jaunie avec du curcuma (3).

11 existe dans certaines îles une maladie de nature syphilitique (le tanga des Canaques de la Nouvelle-Calédonie, le kola des Malgaches) qui produit des plaies sanguinolentes sous la plante des pieds, aux jambes, aux bras, à la figure. La lèpre est commune chez les Papous1*.

Les personnes atteintes de maladies contagieuses étaient tabouées et reléguées dans des endroits déserts, on les laissait mourir sans secours, abandonnées de tous. Sont aussi tabouées, mais temporairement, les femmes en couche5.

Les maladies de la peau sont plus communes chez les Malais et les Mélanésiens que chez les Indonésiens et les Polynésiens.

La chirurgie était plus rationnelle que la médecine. Il y avait des indi- vidus assez habiles à réduire les fractures et les luxations, à ouvrir les abcès, à cautériser les plaies, etc. Les maux de dents sont attribués à un ver qu'ils cherchent à extirper A.

LixiiisTioiE. Les langues agglutinantes qui se parlent de Tîle de Pâques, dans l'Est, jusques et y compris Madagascar, dans l'Ouest, toutes nombreuses qu'elles sont, ont une parenté incontestable et incontestée. La syntaxe, qui est le fondement et la vraie caractéristique des langages, en est identique; les vocabulaires au contraire sont assez différents '. et les mots communs aux diverses peuplades y sont relativement rares, ce qui ne saurait nous surprendre, car il est impossible qu'ils soient tous semblables dans des pays couvrant une surface aussi étendue et l'art

1 Aux Hawaî. aux Garolines, etc. * Il en est de même à Madagascar.

-> Chex les Maoris, etc. Les Mal- >s) Dans la Nouvelle-Zélande, elc. comme

gâches font ce même traitement. chez les Sihanaka , elc. . à Madagascar.

3 Aux îles Gélèbes, elc. Les femmes {6 Aux Iles de Banks, etc., comme chez

malgaches onl aussi recours à ce plâtrage les Malgaches,

contre les maux de tète. ■" D'après Crawfard, il n'y aurait qu'un

66

MADAGASCAR.

divers degrés de parente (l). Les Maoris ont, d'après Colenso, quatre- vingt-deux mots pour désigner les nuances de la couleur rouge.

Il est à noter que les noms de beaucoup d'animaux (i) et de plantes (3) sont communs aux habitants de plusieurs îles de 1 Océanie et aux Malgaches.

En résumé, le tableau synthétique des mœurs des Indo-Océaniens, que nous venons de tracer d'après les nombreux voyageurs et missionnaires qui ont visité Tlnsulinde et l'Océanie, s'applique dans tous ses détails aussi bien aux Malgaches qu'aux habitants de ces lointaines régions; il en ressort, comme de l'étude des caractères anthropologiques, que le fond de la population de Madagascar est certainement de la même race que les Indo-Mélanésiens et que ses premiers habitants ont été des nègres venus de l'Extrême-Orient.

CHAPITRE III.

IMMIGRATIONS MALAISES.

Aux nègres orientaux qui, venus du Sud de l'Asie à des époques di- verses, mais fort anciennes, forment, comme nous venons de le montrer, le fond de la population malgache, se sont juxtaposés des Javanais ou en tout cas des Malais^'. 11 n'y a, en effet, aucun doute que les Aîi-

W Le? Indo-Océaniens, comme les Mal- gaches, appellent du même nom le père et les oncles, la mère et les tantes, les frères et les cousins , les sœurs et les cousines, etc

W Famhy , roussette ; roalavô, rai ; trozonà , baleine; voronâ, oiseau, et volomboronà . plumes; langorô el ranô. héron; rorongaga. corbeau; roay, crocodile; fatw, tortue de mer; tanâ, caméléon; UaUakà. lézard; olatrà, serpent; /a. poisson; akin, requin; amalonà et tanâ, anguille; oranâ, éc revisse; orità, poulpe; valalâ, sauterelle; lalitrâ. mouche \faneniira, mouche maçonne; moka. moustique; hala, scorpion; HnUi. sangsue; si/otrâ , escargot. eh\

W Hazô, arbre; lioliirâ. écorce; rarma. feuilles, twny. Heur, et voa, fruit. Ifiry, riz; nikô, cocotier; fan/, canne à sucre; onUy. banane; tsakô. maïs; ovy. igname; rampotni. feuilles de manioc; tamotamôy vuvvunvd; ngiisa% indigo; tw<ï, hibiscus; ampcly. Ih-ii.n ; voarà, iicus; herij , arbre épineux; vakoanâ, pan- danus; volô. bambou; via, a roulée; lomotrâ, herbe aquatique; holatrâ, champignon, etc.

(*) Je rappellerai que les habitants du centre de Madagascar se di\iseut en troia castes : les Andrusa , d origine javanaise, qui, lors de notre conquête, étaient les maîtres de la plus grande partie de l'ile et qui ont, jusqu'à ces derniers temps,

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MADAGASCAR.

le xvne siècle, et qui ont peu h peu soumis h leur autorite presque toute file, appartiennent à la race malaise pure. Ces Andrianà descendent des conquérants de cette province qui ont imposé leur autorité h ses habitants primitifs, les Vazimbâ, dont une partie a émigré dans l'Ouest, d'où ils étaient venus originairement, et dont les chefs (en malgache, Hwâ)W Je ccux qUi sont restés dans Hmerina sont les ancêtres des Hova actuels. Leur physionomie, leur stature, les proportions de leur corps, leur chevelure lisse et leur système pileux peu abondant, la forme de leur crâne ne laissent â cet égard aucun doute; il est à peu près impos- sible de distinguer un Andrianà de l'imerinà, de sang pur, d'un Malais de rinsulinde(2).

tou» les chefs d'origine étrangère K Ce mot semble être, comme nous l'avons déjà fait remarquer, de la mAmc souche que les titres de Dain ou Uian, que portent le) chefs de certaines populations indoné- siennes, des Bougliis des C^lebes, des Ben- koulcn, elc. Il a aussi de l'analogie avec celui AWndâya qu'on donnait jadis aux grands personnages à Java^.

O Le titre cTHova que plusieurs peu- plades malgaches (Betsileo, Tanali, etc.) donnent encore aujourd'hui à leurs chefs et qui semble avoir été autrefois universel-

lement usité dans ce sens à Madagascar W, est identique à celui qu'emploient certains Mélanésiens et s'applique aux chefs indi- gènes, par opposition au titre d'AiiDiual qu'on donne à ceux d'origine étrangère.

W J'ai eu l'occasion de voir côte à côle,sur le même bateau, un Javanais ou plutôt un Madourais et un Andrianà de Hmerina; ils semblaient être des membres non seulement d'une même race, mais de la même famille. Presque tous les voyageurs, du reste, sont d'accord à ce sujet M. Le Gentil, cependant, écrit que ce sont des * Arabes abâtardis

libres ayant perdu la liberté pour cause de crimes, de dettes, etc.), les Manendy, les ManisotnS et les TtU- rondahy (esclaves ou serfs du souverain), auxquels il faut ajouter les Mangaran6, les Faliary, les Ambohipo- ioalinâ, les Manjakaray et, depuis leur affranchissement, les Masombika' (ou Africains).

(*> En 1595, le chef d'Ampalazy (dans le Sud-Ouest do Madagascar) portait le litre d' Andrianà comme ceux de l'Àndroy, de l'Anosy, de la côte Sud-Est, etc. Les nom'* donnés aux rois Sakalavâ, Barâ, etc., après leur mort sont toujours précédés de cette qualification. Dans les provinces les cbefs ne sont pas d'origine asiatique, chez les Betsiinisarakâ , les Antankaranâ, les Bezanozanô, les Silianakà, il n'y a pas d'Andriana.

(k> Dans une inscription de î&.la, ce titre précède le nom d'un généralissime.

Les femmes des rois Sakalavâ s'appellent encore AmpelakovA (litL : femmes de Yhord ou du chef); chez les Mahafaly, j'ai connu un chef nommé Fandakorâ (litL : qui ne quitte pas Yhové ou le chef), etc. Le mot à'Olonkovd (litt. : homme chef) est employé dans beaucoup de districts pour dire un grand homme.

M Mayeur ( Premier voy. au pays d'Ancove en 1 777, Ms. Éibl. Grandidier, p. 58 ) ; Sonnerat ( Voy., 1. II, 1 78s, p. 56); Fressange (Ann. det Voyages, t. Il, 1809, S des Antankay, p. 90); Epid. Colin (A un. det Voyage» t 181 1, p. 9a); Ellis {Hit t. oj Madag., L 1, i838, p. U et îaa); Eug. de Frobenille (Bull. Soc. Geogr. de Pari», 1839, note p. 939); Laverdant (Colonie, de Madag., 18A/1, p. 3o); Humboldt (Ubèr die Kawi-Sprache aufder Intel Java, t. II, i838, p. 336); Crémazy (1m Héunion et Madagascar, 1861, p. 97, et La Question de Mada- gascar, i863, avant-propos, p. 1); Oawfurd (Proc. Geogr. Soc. Lond., 1 863, p. 70); Mullens (Twelve Monthê in Madag., 1875, p. 173 et 176); R. P. Callet (Tantara ny Andrianà , 1 1, 1878, p. 116 et 118); Sibree(7iU Great Afric. Island, 1880, p. loa); Zannetli (Arck. Anthrop. di Mantegazza, 1880, p. 359); Baron (Antanam. Ann., 1881, p. 193); Cowan (Proc. Geogr. Soc. fjmd., 1889, p. 53i); Dahle (Anlanan. Ann., i883, p. sa); Audebert (Sitzung d. Geogr. Cet. ii Berlin, t883); Marre (Museon, 1886, p. 5); Hartmann (Madag., 1886,

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MADAGASCAR.

<u>ntradictoires(1); cependant il semble certain que les Malais dont sont issus les Andrianà de llraerinà ont atterri dans l'Est. C'est, en effet, k

(*) Les Antats;mft, ou hnbitonls du Sud- Est de Madagascar, rapportent, d'après l'en- quête» qu'a faite a ce sujet le R. l\ Callct(*), c|uelc8 ancêtres des Audriana de rimerinl ont abordé sur leur côte, et les Merinft, ou habitants du Centre, que Guillainlb) a ren- contrés à Mojanj|a lui ont dit : «Nous sommes une race étrangère; ims pères sont Tenus du Sud- Est sous la conduite d'un chef vaillant et sage qui est l'ancêtre de notre roi Radamà I.i (Test aus*i ce que Mullens a entendu dire à Tanaiiariu», et ce que rapporte le capitaine Oliterdan* son Madagascar. Le récit fait à eu suj-l par les Sa La lava au R. l\ de la Yavssièrc '■'• nous apprend que les immigrants malais sont tenus à bord de praos qui se sont brisés sur les côtes de Madagascar, mais sans préciser

si le naufrage a eu Heu dans l'Est ou dans l'Ouest. Je ne connais guère que deux per- sonnes qui aient dit d'une manière pé- remptoire qu'ils ont abordé à la côte occi- dentale, et dont, du reste, l'autorité sur ce sujet est très contestable, c'est fauteur anonyme qu'a cité souvent le Clier de Fio- berville dans ses manuscrits d) et M. L. Cré- mazy'*'. Mais il y a un certain nombre de Malgaches qui, sans préciser le p int ils ont atteri i , prétendent que les habitants de Mmerinâ ont séjourné dans l'intérieur du Ménalté (entie Ma ha bu et Mavohazn) avant de s'établir dans le massif central; c'est ce que disait Raharolaltv. l'un des prin- cipaux et des plus intelligents An Irianâ du temps de Radamà I; c'est ce que m'a allirme uu \ieil ombiasv ou devin de Tananarive;

-tendance malaise des Ho\;ï.» Si l'on admet chronologie de* Audriana de l'Imerina que je propose plus loin (p. 79), il n'est pas besoin de se demander, comme M. Marre 1 Musai», 1HK6), ai •?! 'immigra lion malaise a précédé ou «nivi l'introduction de l'hindouisme dans file de Java-, ou, comme M. E.-F. (îautier, »si !<*> diffé- rences qui existent entre le malgache et le malais ne rendent pas invraisemblable fin pothè»e d'une immigration malaise -, puisque les deux ou trois coûts naufragés javanais se sont crois** immédiatement avec les habitants du pays dont eux et surtout leurs enfants ont fortement pris la langue et les usages, gardjnt toutefois et même communiquant à leur entourage le génie spécial de leur race. Les conclusions formulées par M. Marre, qui sont à peu près conformes à elles d'jà données parles Re». \Y. E. Coiimiis (The Malagasy langungf, Pli*- Ifilog. Soc.% 1878) et J. Sibree ( The dreaf [frienn Island, 1S80, p. 1 -j 1 et ta* , : i* que rimmigration ma- layo-javanaise s'est implantée dans l'île de Madagascar avant l'introduclion de l'hindouisme dans Java (qui remonte, comme l'on sait, aux en\ irons du commencement de Père chrétienne); a* que la langue malgache,

3ui n'a jamais été envahie, comme les langues de l'Arrhifiel Indien, par le sanscrit ni par l'arabe, a conservé, ans leur pureté native, plus qu'aucune autre langue océanienne, les racines d'origine grand -polynésienne et présente des traits de ressemblance avec le* longues malaises, indonésiennes et mélanésiennes, sans qu'on ait encore pu déterminer scientifiquement qu'elle se rapproche des unes plutôt que des autres», me paraissent exactes pourvu qu'on sulstitue, dans la première partie, indo-mèlanctienns à maloyo-jnranaUê ; en «flet, les immigrants malais ou javanais ne sont venus, d'après mes recherches, que très tard au xwc siècle et en très petit nombre, de sorte que. eussent-ils été imprégnés d'hindouisme, et quoiqu'ils parlassent une langue différente, leurs enfants, en réalité de simples métis, noyés dans la masse des indigènes auxqueb ils étaient du rest1* attaches par les liens du sang, n'ont du ni pu garder la moindre trace des croyances et de la langue de leurs pères, d'autant plus nue les Javanais, fort indifférents en matière de religion comme beaucoup d'orientaux, accueillent volontiers toutes les superstitions.

<"> Tantaran'nu Andrianà elo Madagascar , n' édition, t. 1 (1878), p. 116.

*) Documenté $ur la côte occidentale de Madagascar, i8&5, p. io.

w Vingt ans à Madagascar, i885, p. 53 et 59.

(4) 9 Quand on interroge les Oves (Ho\a) sur leur origine, ils disent qu'ils descendent de Blancs qui forent jetés vers le milieu de ta côte Ouest par le naufrage d'un grand vaisseau. On conçoit que dans les premiers temps l'équipage fut longtemps errant dans la contrée et que, sans cesse occupés de leur défense, ces malheo reux n'eurent pas le loisir d instruire leurs enfants dans les arts de leur patrie phénicienne et qu'ils dirent l'usage de l'écriture» (Dict. manuscrit de FrobennUe, 18077).

(*> «Las Hovas ont débarqué dans la baie de Bonibétoke» (Revus mariismê H cUoniaU, nov. 1089).

ETHKOGRAPHIK. 71

la côte orientale que les courants et les vents généraux de l'Océan Indien les amenaient tout naturellement, et le climal insalubre de cette côte, d'une part, d'autre part, les Arabes, qui avaient déjà dès longtemps (l) imposé leur autorité aux habitants de cette région et qui avaient toute raison de s'opposer à l'installation au milieu d'eux de nouveaux venus ca- pables de leur disputer la prééminence, pouvaient seuls leur faire quitter un pays fertile pour un pays aussi nu et aussi aride que le plateau central ; la position de leurs premiers établissements sur ce plateau {*\ qui étaient dans le Sud-Est de Tananaiïve, tout près de la crête de la chaîne

ce>* ce que mentionne, d'api es une tradi- tion sakalava. Vinrent Noël * . mais je sois porté à croire «pie ces tradi:ion> appliquent ao\ premiers habitants du t. entre de File, ao\ Vaximba.qui étaient, a*er les Antanan- drï . les Umtpom-tmiy ( lilt. : les maîtres da sol), eVst-a-dire les premiers ocupants de l'Ouest, notamment dn Ménabv avant l'invasion des chefs sakalavi, et dont un.' branche a colo- nisa rimerinà. Quant au R. P. Malzar, c'est à tort que, dans son Abrégé de l Histoire des Bon deTImermà du R. P. Callet w . il d t que la légende sakalavi fait aborder les Malais dans TOnest de 111e; cette légende, qui est la reproduction textuelle de celle des Anta- tsimô (du Sud- Est j. spécifie seulement qu'ils sont venu* d'outanner, sans dire ils ont atterri. Quant à moi. je ne crois pas qu'il soit possible d'admettre que les praos javanais aient accosta dans l'Ouest; on pourrait à la rigueur admettre que , partis de la côte Sud-Est, le> naufragé?* aient traversé file jusqu'au Ménabé, d'où ils se- raient montes sur le plateau central: mais

la situation de leur* premiers établisse- ments, qui est tout pre de la limite oriental*! de rimerinà, n'autorise pas à accepter cette \ersion. Ce qui est très possible, c'est qu'une partie d'entr'eux se >oit séparée de leurs compatriotes et se soit dirigée soit ws le Sud, soit vers l'Ouest: de nombreux An- tandroy et Mahafal) ont. en effet, du sang mongol, et on peut admettre qu'ils sont issus du croisement de quelques-uns de ces Javanais, à moins qu'on ne doive attribuer ce métissage m ..ngoloîJc au naufrage ûV jonques chinoises ou japonai>es sur la côte Sud f ; il nest pas encore impossible que des Malais aient atterri dans la région australe de Madagascar antérieurement ou postérieurement à la venue de ceu\ qui se sont établis dans le rentre. Nous no pouvons formuler aucune opinion sérieuse à ce sujet.

(*' Les traditions locales et l'histoire s'ac- cordent à dire que les Si la mu (Arabes) sont venus à Madagascar longtemps avant les Malais.

^ Ce sont, en effet, les villagrs de Meri-

'*' «Quelques tribus d'une rare particulier?, lesquelles se donnent à elles-mêmes le nom de Moctf, furent. «Ht la tradition, chassées da Ménabe. qu'elles habitèrent longtemps, et poursuivies par leurs ennemis jusque dans la partie la moins accessible de Pile* (Itecb. sur les Sakalava. nuU. Soc. Géoçr. Pmrit, avril 18 43).

:%i TmmUtrmm'inj Amdrimm nanjak* teto hmerina, 1S99, p. i5.

1€* Pyrard de Lara! a été* très étonne de toit, en 1 64s , dans la baie de S'- Augustin, sur la côte S.O., «de nombres! habitants qui retirent en quelque chose du visage aux Chinois*). Jules Yerreaux m'a dit qu'il avait appris, au Cap de Bonne-Espérance, que les peuplades de la côte Sud-Est de l'Afrique avaient commercé, plu- awurs siècles avant J.-C.. avec les Chinois qui venaient pêcher des tripangs dans ces parages, rt que le» MatabeJes et tribus voisines avaient du sang jaune.

72

MADAGASCAR.

cùliùre, montre bien qu ils venaient de l Est. Il y a lieu aussi de remarquer que c est sous le règne des deu\ premiers rois malais, Andriamanelô et Ralambo, qu'ont été, d'après les traditions, introduits pour la première fois dans Tlmerinà l'astrologie et la divination par le sikidy, ainsi que le culte des Sampy ou amulettes(l) et la cérémonie du Fandroanà ou fête de la nouvelle année; il est vraisemblable que les Antimorona, qui en sont les importateurs, ont été induits à monter dans Tlmerina à la suite de l'exode des Malais du Sud-Est vers le centre, ce qui n'eût pas eu lieu sitôt après leur arrivée si ceux-ci étaient venus de l'Ouest.

Quant à 1 époque à laquelle ces Malais ont atterri à Madagascar^, on peut, en se basant sur la généalogie d'Andrianampoinimerinâ, conjec- turer que leur venue dans le centre de File n'a pas eu lieu avant le xvic siècle. Tous les Andriana s'accordent, du reste, à dire qu'ils sont arrivés à Mada- gascar après les Silamô (ou Arabes musulmans ) et les Karany (ou Indiens musulmans). L'arbre généalogique du vrai fondateur de la monarchie malaise, Andrianampoinimerina (1787-1810), quia été soigneusement conservé dans la mémoire de ses descendants, permet en effet de calculer

manjakâ 5 kil. nu