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Chef des pépinières au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

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CHEZ L'AUTEUR, RUE DE BUFFON, 99

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PRÉFACE.

La Société impériale et centrale d’Horticulture du département de la Seine, persuadée, d’une part, que la culture des plantes ornementales, quant à ce qui concerne les variétés qu’on emploie, manque de guide, que, sous ce rapport, tout, pour ainsi dire, est livré au hasard, ct, d'une autre part, voulant remédier à cet élat de choses, décida qu'un concours serait ouvert dans ce but, et que les can- didats qui y prendraient part, devraient, sur son indication, traiter divers suj ets qui se rattachent à cette question, et poser certaines règles propres à fixer les principes et à faire reposer les procédés dont ils découlent sur des bases solides, à la fois pratiques et théoriques.

Ayant pris part à ce concours, la brochure que nous publions aujourd'hui est en partie la reproduction du Mémoire que nous avons adressé au secrétariat de la Société au commencement de l'automne 4862. Nous disons qu'il est en partie le même ; on verra plus loin pourquoi.

Le programme dressé par la Société impériale el centrale d'Horticulture, en même temps qu'il indiquait les divers sujets que les candidats devaient traiter, disait que le mémoire couronné serait, seul, reproduit dans les Annales de la So- ciété; notre Mémoire n’ayant obtenu qu'un deuxième prix, il ne devait point paraître. Néanmoins, à cause de certains faits nouveaux, inédits ou peu connus, qu’il contient, nous avons cru qu'il pouvait rendre quelques services; c'est ce qui nous a engagé à le publier.

La commission chargée d’examiner notre travail a trouvé que, bien que rem- fermant des faits intéressants, la division en était confuse, et que la rédaction n'en était pas toujours irréprochable, surtout au point de vue de l'ordre et de la netteté. D'une autre part, celte commission, par l'organe de son rapporteur, nous fait le reproche : « de ne point conclure et de ne pas nous résumer. »

Ce reproche, selon nous, porte à faux, car pour conclure et nous résumer, 1l aurait fallu nous répéter, et alors, tout en augmentant la confusion et le manque d'ordre, la répétition n’aurait pu rétablir la netteté, qui, d’après le rapport, man- quait à notre Mémoire.

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PRÉFACE.

Nous ne comprenons pas non plus cet autre reproche que la commission fait à notre opuscule: d’être composé « de notes recueillies dans les Jardins et dans les livres pendant plusieurs années (1) » Sans contester ces faits, qui sufliraient presque à faire notre éloge, nous trouvons néanmoins étrange l'observation, pres- que le reproche qu’on nous adresse; car, puisqu'il s'agissait de choses-relatives ax jardinage, fallait-il aller chercher des exemples si ce n’est dans les jardins ? Mais nous rejetons comme faux le reproche « d’avoir recueilli des notes dans les livres », bien que, d’après l’esprit du programme, nous en eussions le droit. Nous sommes d'autant plus surpris de ce reproche que le mémoire couronné est com- posé en partie de citations puisées dans différents ouvrages, dont l'auteur s’est servi pour tirer des conséquences et appuyer son dire.

Devons-nous ajouter que sur la médaille qu'on nous à décernée pour notre Mé- moire On à fait graver le mot Hybridation, chose dont il n’était pas question .dans le programme ct dont le apport n'a pas parlé? Ce fait pourra paraitre quelque peu singulier; car, si la commission a trouvé que la partie du Mémoire qui traite de l’hyÿbridation a une certaine valeur (ce que semble indiquer la légende qui se trouve sur la médaille), comment se fait-il que le rapport n’en parle pas?

Quoi qu'il en soit, nous admettons comme vrais et mérités les reproches que la commission nous a adressés, et nous ajoutons que, selon nous, per- sonne n'en sera surpris lorsqu'on saura que ce travail est entièrement de notre rédaction, et que personne autre que nous n’y a mis la main. D'une auire part aussi, nous devons dire que nous avons mieux aimé être long et nous répéter, sauf à être lourd, que de rester incompris faute de détails suffisants.

Toutefois, nous aimons à croire que la commission a bien jugé, et surtout qu'elle à agi avec impartialité. Du reste, nous n'avons rien à voir à sa déci- sion, ct la brochure que nous publions aujourd’hui, et qui n’est pas une pro- testation confre cette décision, ne doit pas non plus être mise en concurrence avec le Mémoire que commission a couronné. |

En livrant cette brochure au public, nous le répétons, nous n’avons d'autre but que de faire connaître certains faits ignorés ou peu connus, qui nous ont paru dignes d'intérêt, tant au point de vue pratique qu’au point de vue scien- tüfique.

En recopiant notre manuscrit, qui est déposé à la bibliothèque de la Société impériale et centrale d'Horticulture, nous avons remarqué certaines répétitions tellement saillantes et rapprochées l’une de l’autre qu’on n'aurait même pas en tenir compt>; nous ne les avons pas reproduites. Du reste, ces répétitions n’alté- raient ni ne changeaient en rien le sens des idées; peut-être les rendaient-elles un peu moins claires, c’est tout.

1 « Pour exprimer toute notre pensée à cet égard, nous dirons que c’est peut-être moins un mémoire qu'une réunion par chapitres, enchaînés pius moins logiquement, de notes recueillies dans les jardins et dans les livres pendant plusieurs années d’une existence consacrée à la pratique intelligente et raisonnée de lhorticulture..… » Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture de la Seine, 1864, page 228,

en

PRÉFACE. en.

Quelques passages, se rapportant à des faits que nous n’avions pu suffisam- ment étudier, mais que néanmoins nous avions Cru devoir rapporter à cause de l'intérêt qu’ils semblaient présenter, ont été supprimés comme ne nous paraissant par offrir de garanties suffisantes; mais par contre, comme depuis que notre Mémoire a été déposé jusqu'au jour il a été examiné, il s’est passé presque deux ans, nous avons pu faire de nouvelles observations que nous avons cru de- voir ajouter, ainsi que des notes, lorsque cela nous a paru nécessaire.

D'une autre part encore, profitant de la critique faite par le rapporteur de la commission d’éxamen qui dit : Que delongues notes ajoutées dans le texte viennent encore contribuer à le rendre plus confus, nous avons rejeté ces notes à la fin de l'ouvrage, on les trouvera sous un numéro d'ordre correspondant à un numéro semblable placé dans le texte. Enfin, pour mieux fixer les idées et faire res- sorür certains faits de végétation qui, d’après nous, ont une grande importance, nous avons jugé nécessaire de les accompagner de dessins, de manière à appuyer notre dire et à donner au travail que nous publions, un double intérêt : de le ren- dre à la fois utile à la science et à la pratique; en d’autres termes, de le faire par- ler aux veux en même temps qu’à l'esprit.

_ Mai 1865.

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PRODUCTION ET FIXATION

DES VARIÉTÉS

DANS LES VÉGÉTAUX

En 1869, la Société impériale et cen- Wale d'Horticulture de la Seine a proposé €t mis au concours la question sui- vante : Sa

« Exposer, en se basant soit sur des < expériences nouvelles, soit sur des faits « connus, mais bien établis, les circon- stances qui déterminent la production «et la fixation des variétés dans les plantes d'ornement. »

Cette question est três-complexe ; pour la bien comprendre et la traiter conve- nablement, il faut d’abord la simplifier, 4 décomposer, pourrait-on dire, afin de dégager les uns des autres tous les faits Qui, bien qu’ils sy rattachent trés-étroi- lement, n’en sont cependant que des Corollaires qui peuvent être traités à Part.

En effet, il est facile de reconnaître u'on peut décomposer la question Comme il suit :

Comment se forment les variétés?

° Peut-on en provoquer l'apparition?

39 Peut-on, lorsqu'elles sontproduites,

conserver, et alors comment?

ais comme dans la nature rien n’est isolé, qu’au contraire tout s’enchaîne, et Cela d'autant plus étroitement que la

Partie qu’on étudie est plus circonscrite, Al s’ensuit que la question proposée tou-

La stabilité des formes, dans un groupe quelconque de Végélaux, est en raison inverse du nombre d'espèces qu’il contient, É

che à beaucoup d’autres, auxquelles même elle est intimement liée. Aussi les divisions que nous venons d’établir sont-elles elles-mêmes tellement com- plexes qu’on reconnait tout de suite que, comme conséquences, elles nécessitent de nouveaux développements qui em- brassent plusieurs ordres de faits. Malgré cela encore, en suivant cette voie, et quelles que soient les divisions et sous- divisions qu’on puisse établir, on con- State que, en définitive, il n’y a que des effets divers d’une même cause. Cette cause, c’est ce que, dans les scien- ces naturelles, on est convenu d’appeler une espèce; c’est donc par celle-ci qu’il faut commencer. :

Or, qu'est-ce que l'espèce?

Dans son acception la plus rigou- reuse, le mot espèce signifie type, c’est- à-dire principe fondamental, origine; d’où il résulte que, commeilne nous sera jamais donné de connaître l’origine des choses d’une manière absolue, l'espèce, quelle qu’elle soit, ne peut être que re- lative, et plus ou moins conventionnelle. Mais comme en tout il faut partir d’un principe, et que, à défaut de base ab- solue, on est forcé, lorsqu'on traite un sujet, de partir d’un point connu, qui

devient alors l’origine (relative, bien en-

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6 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

tendu) du sujet qu’on traite, on a aussi, afin de s'entendre sur la valeur du mot espèce, fixer des bases à ce terme, en donner une formule qui, en matérialisant, pour ainsi dire, l’idée, la rendit compréhensible tout en facilitant son application.

Les diverses définitions qu’on a don- nées de l'espèce, et qui, on peut le dire, varient suivant leur auteur, suffiraient déjà pour prouver que, comme nous avons dit, l'espèce est quelque chose d'indéfini, uné sorte de concept relatif. Voici notre définition :

On nomme ESPÈCE un type complexe, représenté par un ensemble de carac- tères pouvant s'appliquer à un nombre plus ou moins grand d'individus qu'ils relient, en revêtant chacun d'eux d’un cachet spécial qui lui donne un œr de parenté, et qui permet alors de le rapprocher de certains autres avec les- quels il constitue un groupe particulier qu'on nomme GENRE.

Les caractères auxquels nous venons de faire allusion, qui s’appliquent à l’es- pèce, et que pour cette raison on nomme caractères spécifiques, sont permanents et transmissibles par voie de génération; ils peuvent se perpétuer tant que des influences d’un ordre supérieurne vien- nent pas ou les modifier plus ou moins profondément, ou même les faire dis- paraître, et par conséquent anéantir l'espèce.

Mais, d'autre part, ce que nous venons de dire de l’espèce,nous pouvons le dire de presque tous les individus qu'elle comprend; car, bien que ceux-ci pré- sentent un certain nombre de caractères qui les relient au type commun et les spécialisent, ils en présentent néanmoins d’autres qui leur sont propres et qui les individualisent. Ce sont ces derniers qui constituent les variétés ‘, les sous- variétés, les races, les sous-races, etc.

D'autre part encore, ces caractères de second ordre pouvant aussi, dans beau- coup de cas, devenir permanents et trans- missibles, il s'ensuit que certaines va- riétés peuvent se fixer, devenir à leur tour le point de départ de nouvelles sé.

D'une manière générale, on nomme varlété tout individu qui, par quelque caractère que ce soit, se distingue d’un ou de plusieurs autres avec lesquels onle compare et qu’on considère comme apparte- nant à un même type spécifique.

ries, et donner naissance à des individus qui leur ressemblent, et qui forment alors des groupes particuliers qui gra- vitent autour des premiers auxquels ils se relient. C’est ce qu'on nomme des races.

Les termes variétés, races, sous-races, etc.,sont donc eux-mêmes complexes; ils peuvent aussi, par suite de leur exten- sion, former des sortes de cadres ou de sous-genres dans lesquels viendront éga- lement se ranger un nombre plus ou moins grand d'individus, de sorte qu’on peut encore, pour matérialiser cette idée afin de la rendre plus saisissable, com- parer l'espèce, la variété, la race, la sous- race, etc., à des sortes de boîtes qui en contiendraient d’autres à peu près sem- blables quant à la forme générale, et qui n'en différeraient que par les dimen- sions.

Pour résumer ce qui précède et pour en faciliter la compréhension, nous al- lons tâcher d’en faire l'application, de l’'appuyer de quelques exemples pris parmi des plantes bien connues, telles que Pelargonium, Reine-Murguerite, Delphi- nium, Giroflée, Pivoine, ete. Ainsi, dans le genre Pelargonium, nous citerons comme espèce, les P. granchflorum, 20- nale,peltatum, etc. Ge dernier, n'ayant jamais guère été multiplié que par bou- tures, a produit, par dimorphisme (note 1) une variété à feuilles panachées.

Le Pelargonium grandiflorum, en rai- son des nombreux semis qu’on a faits de ses graines, a produit une quantité con- sidérable de variétés, dont certaines se sont fixées et ont constitué des sortes de sous-types qui, à leur tour, comprennent un plus ou moins grand nombre d’indivi- dus qui sont autant de variétés. Ainsi par la culture, à l’aide de soins particuliers, on a obtenu, comme sous-races, des Pé- largoniums à GRANDES FLEURS proprement dits, les P.dits FANTAISIE, puis les P. dits à cing macules ÜDIERS, qui compren- nent chacune un nombre illimité d’indi- vidus.

Le Pelargonium zonale, qui est éga- lement devenu tête de série, a aussi produit un nombre considérable de va- riétés, qui, tout en conservant les carac- tères principaux du type, en ont revêtu qui leur sont propres et qui les groupent autour de lui.

Le genre Reine-Marguerite (Galliste-

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DANS LES VÉGÉTAUX. + 7

phus) ne renferme qu’une seule espèce, qui, par les nombreux semis qu’on a faits de ses graines, a produit les variétés dites Pyramidales, pivoines, à tuyaux, naines, grandes, etc., qui se sont fixées et ont constitué des races dans lesquelles on trouve des sous-races qui renferment un certain nombre de plantes distinctes, soit par les formes, soit par les couleurs, et qui, à leur tour aussi, tendent à former de nouveaux groupes.

Il en est à peu près de même du'genre Balsamine, vrai, qui ne renferme non plus qu’une seule espèce, la Balsamina hortensis. Gette espèce a également donné naissance à des variétés qui se sont fixées et ont formé des races diffé- rant les unes des autres, soit par la hauteur des plantes, soit par leur port Ou facies, soit par les couleurs des fleurs, etc., desquelles aussi sont sorties des sous-races qui se distinguent égale- ment par des caractères particuliers, et

Qui se reproduisent presque identique-

ment par graines.

Le genre Camellia ne renferme guêre qu’une espèce, le C. Japonica. Les va- riétés qu'il a produites sont innombra- bles, mais aucune d’elles n’a encore formé de races; les différences qu’elles présentent sont toutes individuelles; elles portent soit sur la forme, soit sur la couleur des fleurs, soit sur ces deux choses, soit enfin sur la forme et sur les dimensions des feuilles. Ces différences ne se transmettent pas par semis.

Le genre Delphinium comprend un assez grand nombre d’espèces, la plu- part vivaces; quelques-unes sont an- nuelles, Parmi les premières, il en est une, le D). elatum, qui, dans les cultures et d’après les nombreux semis qu’on a faits de ses graines, s’est tellement mo- difiée qu'aujourd'hui il est à peu près impossible de reconnaître le type.

Une espèce annuelle de ce même genre, le Delphinium Ajacis, tout en nous fournissant l'exemple d’une exces- sive plasticité, nous donne aussi celui de la formation de races et de sous-races qui, toutes, se reproduisent à peu près identiquement par leurs graines. Ajou- tons que, toutes, indépendamment du port des plantes, de leurs dimensions, ainsi que des coloris si divers et si con- stantsque présentent leurs fleurs, celles- el sont tellement modifiées que, dans

certains cas, c’est à peine si on en ren» contre à fleurs simples.

Il en est à peu près du Pied d’alouette des champs, (Delphinium Consolida), comme du 1). Ajacis. Dès son introduc- tion, pour ainsi dire, dans nos cultures, il a donné naissance à de nombreuses variétés, qui bientôt se sont fixées et ont constitué des races très-différentes par leurs fleurs, et dont les caractères se reproduisent parfaitement à l’aide de graines. Toutes ces variétés sont à fleurs doubles (dans le sens horticole).

La Giroflée commune (Cheiranthus Cheiri), qui croît si fréquemment sur nos murs, à produit aussi un grand nombre de variétés qui se distinguent par la couleur et par la grandeur des fleurs, et quelques autres aussi dont les fleurs. très-pleines sont également de couleurs diverses.

Le genre Mathiola, qui comprend les plantes connues sous les dénominations horticoles de Quarantaine, de Giroflée quarantaine, de Cocardeau,etc.,ne ren- ferme que deux espèces, qui ont pro- duit un très-grand nombre de variétés; celles-ci une fois fixées ont constitué des races qui, à leur tour,ont formé des sous- races, parmi lesquelles on trouve égale- ment des sous-variétés de toutes dimen- sions, d’aspect, de port et de coloris très- divers, qui se reproduisent à peu près identiquement par graines, et qui par conséquent équivalent à des sous-races.

Le genre Pivoine renferme quatre es- pèces ou types; ce sont : le Pæonia pa- paveracea (d’où sont sorties toutes les Pivoines en arbre ou Moutan), le Pæo- nia officinalis, le P. Sinensis et le P. te- nuifolia. Les trois premières espèces

ont produit un nombre considérable de

variétés à fleurs pleines, semi-pleines, doubles, simples, etc., de formes et de couleurs très-variées.

Tout ce qui vient d’être dit des végé- taux herbacés peut également s’appli- quer aux végétaux ligneux; en voiciquel- ques exemples pris parmi des plantes communes et bien connues. Afin d’abré- ger, nous ne ferons que citer les noms.

Le Lilas commun à produit des varié- tés à fleurs blanches, rouges, violacées, semi-pleines, etc. À gas

Une espèce du genre Cytise, le Cytisus Laburnum, a produit les variélès quer-

| cifolium, bullatum, monsirosum, etc.

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PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Dans les genres Rosier, Azalée,Rhodo- dendron, etc., les variétes sont innom- brables.

Parmi les essences forestières, le Ro- binier commun, l’Orme, le Frêne, les Chênes, les Saules, les Pins, ete., nous présentent également une quantité con- Sidérable de variétés. Mais c’est princi- palement chez certains de nos arbres fruitiers, tels que: Poiriers, Pommiers, Vignes, etc., que les variétés sont nom- breuses; elles sont incalculables.

Après ces explications, qui, bien que resireintes, peuvent Cependant donner une idée de ce qu’on doit entendre par espèces, variétés, races, elc., nous devons encore, afin d’être compris lorsque plus tard nous entrerons dans les détails d'application, faire ressortir certaines particularités très-importantes.

Constatons d’abord ceci : que, puisque ce sont les mêmes sucs séveux qui, en se modifiant diversement sous les lois de la vie, constituent les herbes, les bois, les feuilles, les fleurs, les fruits, etc al suffira que les modifications s’opèrent d'une manière différente, ou avec plus ou moins d'intensité dans tel ou tel Cas, pour donner naissance à des produits de nature et d'aspect trés-variés. D'autre part, il ne faut pas oublier que la nature des plantes, quoiqu’en apparence sim- ple, est extrêmement complexe, à tel point qu’on peut dire d’un végétal qu’il n'est pas un, mais bien une infinité de végétaux. En effet, chacune de ses par- ties, lorsqu’elle est détachée et placée dans des conditions appropriées à sa na- ture, peut produire une plante sembla- ble à celle dont elle a été détachée ; d’où il résulte que, puisque chacune de ces parties a une existence particulière, qu’elle peut vivre de son propre fonds, et que, tout en possédant les propriétés générales de la plante dont elle sort, elle en à aussi qui lui sont particulières, qui Peuvent se stabiliser et quelquefois même se transmettre, un végétal pourra pré- senter sur l’une ou sur l’autre de ses parties certains caractères exceplionnels, et qu’alors, si l’on détache, qu’on greffe qu'on bouture ces parties elles pour- ront consituer des plantes nouvelles, parfois très-différentes ou même complé- tement différentes de celles dont elies proviennent. Ce sont ces sortes de faits, auxquels, en horticulture, on a donné le

nom d'accidents, que nous nommons Soit dichroïisme, soit dimorphisme (note 1).

Nous devons encore, afin de distinguer l’une de l’autre les diverses phases de la végétation, après avoir indiqué et donné quelques exemples de ce qu'on doit en- tendre par variétés, dire aussi en quel- ques mots ce qu’on doit entendre par varialion.

On nomme variations des phéno- mênes qui se montrent parfois sur cer- taines plantes, mais qui sont tellement fugaces qu’il est impossible de les stabi- liser; tels sont, par exemple, ceux qui se montrentsur les Tulipes, chez lesquelles, dans les plantes très-modifiées par la culture, les couleurs paraissent être constamment en voie de modification (note 9).

On trouve des faits sinon semblables, du moins analogues, sur certaines varié- tés de Dahlias panachés, chez lesquels il n’est pas rare de rencontrer, çà et là, sur une même plante, des capitules ou inflorescences unicolores, mélangés à d’autres qui sont plus ou moins et diver- sement panachés. Tous ces faits sont des variations, non des variétés; celles- ci peuvent se stabiliser et constituer des individualités permanentes ; celles-là, non. Ge sont des phénomènes qui ap- paraissent sans qu’on en connaisse la cause, ni qu’on puisse en fixer les effets.

Nous croyons aussi devoir indiquer ce qu'il faut entendre par le terme fixé, si souvent employé en horticulture, On ne doit se servir de ce mot qu’en par- lant de végétaux issus de graines, qui, ayant revêtu des caractères particuliers, les reproduisent lorsqu'on les multiplie à l’aide de graines; on doit donc, sous ce rapport, comme valeur organique, le distinguer du mot dimorphisme, qui, au point de vue pratique, sert à caractériser ces accidents ou ces faits exceptionnels qui, tout à coup et sans cause apparente, se montrent Sur un végétal quelconque, et qu'en suite on perpétue à l’aide soit

du bouturage, soit du greffage. Ainsi,

pour en citer un exemple, supposons que, Sur une plante dont les feuilles Sont vertes, 1l se soit développé une bran- che dont les feuilles soient panachées ; si on prend cette branche et qu’on la bou- ture ou qu’on la greffe, cet accident pourra se maintenir; mais si la plante résultant de cet accident produit des

DANS LES VÉGÉTAUX. 9

graines et qu'on les sème, on verra pres- quetoujoursdisparaitre ce caractère, qui, comme son nom l'indique, n’était qu'ac- cidentel. 11 n’y avait donc rien de fité, il y avait tout simplement un fait excep- tionnel, stabilisé et rendu permanent par un mode particulier de multiplica- tion.

Faisons encore, relativement au mot firé, l'observation suivante : qu'une va- riété ou une race quelconque pourra être fixée quant à ses caractères géne- raux, sans pour cela l'être quant a ses ca- ractères particuliers, c’est-à-dire quant à certains détails quitiennent à sa descen- dance. Par exemple, cette variété pourra produire constamment des plantes d’une même forme, ayant un même facies, mais qui, néanmoins, différeront par des ca- ractères particuliers, soit par la couleur, soit par les dimensions des fleurs, etc. Dans ce cas, c’est le port ou aspect qui est fixé et qui constitue la race; mais les couleurs ou les dimensions des fleurs wont rien d’absolu; elles sont propres aux individus qu'elles caractérisent. D’autres fois, au contraire, c’est la cou- leur qui faitle fonds ou le caractère essen- tiel de la variété; l’aspect, la forme, etc., caractérisent les individus.

Faisons aussi remarquer que les di- verses combinaisons faites pour perpé- tuer les variétés, ou pour en obtenir de nouvelles, reposent sur cette loi générale que, dans la nature, tout tend à se re- produire et même à s'étendre, que par conséquent les modifications peu- ventnon-seulement devenir héréditaires, mais qu’elles peuvent encore servir de moyen pour arriver à d’autres modifica- tions, à étendre et à multiplier de plus en plus les séries typiques.

Aprés cette sorte de préambule, qui

peut-être pourra paraître un peu en de- hors du sujet, mais qui cependant nous a paru nécessaire afin de bien détermi- ner la valeur des termes, de manière à donner une idée nette et bien arrêtée du sens que nous y aftachons, nous al- lons aborder la question au point de vue pratique, c’est-à-dire tirer les consé- quences des divers faits que nous avons tâché de faire ressortir.

.Constatons d’abord que, d’une ma- hière générale, nous pouvons partager les variétés en deux grands groupes: l’un qui comprendra celles à la production

desquelles nous prenons une part plus ou moins grande; l’autre, au contraire, qui comprendra les variétés pour les- quelles nous ne pouvons rien ou à peu près, quant à leur apparition, qui sont le produit de faits auxquels nous sommes tout à fait étrangers, et que par consé- quent nous devons saisir lorsqu'ils se présentent afin d'en tirerle meilleur parti possible. Le premier groupe se rattache exclusivement aux semis; le deuxième a rapport aux accidents.

Dans la pratique, les semis peuvent aussi se diviser en deux groupes princi- paux : l’un dans lequel, en combinant les opérations préliminaires qui s’y rat- tachent de manière à obtenir certains résultats, on laisse néanmoins agir la na- ture en ce qui concerne la fécondation; l'autre dans lequel, indépendamment des combinaisons particulières, on prend une part importante, en intervenant d’une manière directe, pour en quelque sorte contraindre la nature à donner des produits qui paraissent être un peu en dehors de ses lois, c’est-à-dire à suivre une marche différente de celle qu’elle aurait suivie si on l’eût aban- donnée à elle-même. On obtient ce ré- sultat à l’aide de certaines combinaisons, et tout particulièrement en pratiquant la fécondation artificielle.

D'une autre part, comme il y a diver- ses séries de variétés, les moyens, soit de les provoquer, soit de les conserver, sont toujours relatifs et subordonnés à la nature des variétés qu’on veut obtenir. Ces séries, que nous examinerons suc- cessivement, peuvent être portées au nombre de six principales, ainsi ré- parties :

La première comprendra tout ce qui a rapport aux dimensions soit des plan- tes, soit seulement des fleurs;

La deuxième comprendra ce qui se rattache soit à la précocité, soit à la tar- diveté;

La troisième comprendra ce qui se rapporte aux couleurs; |

La quatrième comprendra ce qui se rapporte aux panachures; s

La cinquième comprendra ce qui a rapport aux formes;

Enfin la sixième comprendra les plan- tes à fleurs dites doubles.

Comme dans la suite nous aurons sou- vent à parler des porte-graines, nous

A0 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

croyons devoir, en quelques lignes, dire ce qu'on entend par cette expression.

On nomme porte-graines tout végé- tal qui, quelle que soit sa forme ou sa nature, est particulièrement destiné à la production des graines.

Ces considérations générales étant éta- blies, nous allons entrer dans les détails d'application, en suivant l’ordre des sé- ries indiqué ci-dessus.

Aer GROUPE. Are SECTION.

Semis naturel, c’est-à-dire semis opéré sans qu'il y ait eu fécondation artificielle des fleurs, mais fait avec combinaisons préalables, relativement aux porte-grai- nes, dans le but d'obtenir des variétés.

Série A4, Dimensions.

Lorsqu'on vise à obtenir des variétés soit naines, soit grandes, on doit, dans le premier cas, choisir pour porte-graines les individus qui présentent les plus pe- ttes dimensions possibles, sans toutefois offrir rien de disgracieux ni de contraire au but que l’on veut atteindre. Dans le deuxième cas, au contraire, on choisit les individus qui ont une tendance à s’é- lancer et à dépasser les dimensions ordi- naires, tout en conservant, bien entendu encore, l'aspect général qu’on désire ob- tenir; en un mot, dans l’un comme dans autre cas, on doit récolter les graines sur les individus qui présentent au plus haut degré les caractères que l’on re- cherche. Si, au lieu de viser aux dimen- sions des plantes, on visait à celles des fleurs, on agirait absolument ainsi qu’il vient d’être dit, mais alors en prenant pour guide, c’est-à-dire comme point de mire, les fleurs au lieu des plantes.

C'est en partant de ces principes, et en les mettant en pratique à chaque géné- ration, qu’on arrive à créer des variétés ou même des races, c'est-à-dire à obte- nir des plantes qui, parfois, par leur Stabilité, présentent sous ce rapport le caractère d'espèces. En voici quelques exemples :

VARIÉTÉS NAINES OBTENUES ET FIXÉES PAR LES SEMIS.

Ageratum cœlestinum nanum ;

Agroslis cœli rosea nana :

Balsamina hortensis nana (variétés nom- breuses) ;

Calceolaria Yunghii nana ;

Callirrhoe pedata nana :

Clarkia pulchella nana ;

Coreopsis tinctoria nana (2 variétés);

Delphinium Ajacis nana (variétés nom- breuses) ;

Dianthus Sinensis nana:

Giroflies quarantaines (variétés très- nombreuses) ;

Helianthus annuus nanus;

Helichrysum bracteatum nanum :

Leptosiphon densiflorum nanum ;

Lobelin gracilis erecta nana:

Lupinus (plusieurs varlélés) ;

lemesia elegans nana:

Œnothera Drummondii nana ;

Papaver somniferum nanum (plusicurs variétés) ;

Phaseolus coccineus nanus :

Polygonum orientale nanum :

Reines-Marguerites naines (variétés nom- breuses) ;

Salpiglossis sinuata nana;

Salvia coccinea punicea nana ;

Scabiosa alropurpurea nana (plusieurs variétés) ;

Senecio eleguns (plusieurs variétés) :

Tagetes erecta nana;

palula nana ;

signala nana ;

Tropæolum majus nanum (plusieurs va- riétés);

Viscaria oculata nana.

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Quant aux variétés grandes ou géantes, nous ne Îles indiquons pas; il y en a peu, du reste, par cette raison qu’en cherche plutôt à diminuer qu’à augmenter les dimensions des plantes. Toutefois, si l’on voulait en obtenir, on agirait ainsi qu’il a été dit précédemment, mais en suivant une marche tout à fait opposée à celle qu’on devrait suivre si l’on voulait ob- tenir des plantes naines. Nous faisons les mêmes observations relativement aux fleurs.

Série B.— Précocité et Tardiveté.

Les bases posées dans la série précé- dente relativement au mode d'opérer étant semblables pour cette série et pour les séries suivantes, iln’y a donc, dans chacun des cas, qu’à en faire di-

versement lapplication, c’est-à-dire à

se conformer, dans la pratique des opé- rations, ainsi que pour le choix que

me ne

gg are me

DANS LES VÉGÉTAUX. 11

l’on fait des porte-graines, au but que Von veut obtenir. |

Ainsi, lorsqu'on désire avoir des varié- tés hâtives, on doit surveiller avec soin la floraison des plantes afin de remarquer celles qui présentent les qualités qu’on recherche et qu’on désire améliorer, puis choisir parmi celles-ci les individus qui fleurissent les premiers, en récolter et semer les graines, puis choisir de nou- veau, parmi les individus qui résultent de ce semis, ceux qui, tout en fleurissant 1es premiers, ont cependant aussi con- servé les autres caractères auxquels on tient également. Dans un grand nombre de cas on se trouvera bien aussi de ré- colter les graines provenant des fleurs qui se sont épanouiesles premières et de les semer à part; celles-ci ont parfois une tendance à donner des plantes en- core plus hâtives.

Lorsque, au contraire, on désire obte- nir des variétés tardives, on agit absolu- ment comme il vient d’être dit, quant à la manière générale de procéder, mais dans un sens inverse, c’est-à-dire en prenant pour porte-graines, à chaque

génération, les individus dont la florai-

son est la plus tardive.

Comme exemple de hâtiveté nous ci- terons particulièrement le Pyrethrum Sinense præcox (note 3).

Série €. Variétés portant sur les couleurs des fleurs, obtenues et fixées par les semis.

Lorsqu'on veut fixer des variétés qui drésentent une couleur déterminée, on choisit, parmi les plantes sur lesquelles on porte particulièrement son attention, les individus qui, avec un port et un feuillage convenables, se rapprochent le plus, par leurs fleurs, de celles qu’on désire obtenir. Ainsi, par exemple, si on tient à avoir des fleurs rouges, on prend pour porle-graines les individus dont les fleurs sont les plus voisines de cette couleur; si lon désire obtenir des fleurs blanches, on choisit ceux chez les- quels la couleur est la plus atténuée. Si, au contraire, on désire obtenir desfleurs jaunes, on doit, tout en prenant pour porte-graines des individus dont les fleurs soient très-pâles, tâcher, s'il est possible, que cette teinte tire déjà un peu sur le jaune (note 4). Enfin, et quelle que soit.la couleur qu’on désire, on doit

s'appuyer sur les principes que nous venons d'indiquer et choisir ses porte- graines en conséquence.

En général on remarque que, pour qu'il y ait chance d'obtenir des fleurs jaunes, ilfaut que Patténuation provienne de l’affaiblissement de couleurs plus ou moins foncées, parexemple, soitdu violet, soit du lilas. Pourtant ici encore on ren- contre de remarquables exceptions, ainsi que le démontre lanote 4. En général encore on remarque aussi que le blanc (note 5) et le jaune sont les couleurs qui se modifient le plus difficilement.

On a d’autant plus de chances d’obtenir de nouveaux coloris que les éléments de ceux-ci se trouvent déjà dans les types que l’on veut modifier. Ainsi, dans les Pensées, par exemple, l’on trouve dans le type sauvage ( Viola arvensis) du jaune uni à du violet velouté, on pouvait être à peu près certain qu’en choisissant ses porte-craines avec discernement on arriverait à faire dominer telle ou telle de ces couleurs, à avoir des variétés à fleurs jaunes, lilas, violet plus ou moins foncé, ou même à peu près complétement noires, et telle est la variété qu’on nomme Faust (note 6).

La Giroflée dite Quarantaine grecque (Cheiranthus Grœca) semble contredire ce que nous venons de dire relativement à l’atténuation des couleurs; en effet, bien qu’à fleurs blanches, elle n’en à pas moins produit des variétés à fleurs roses, violettes,lilas,etc.,et même jaunes. Cette contradiction n’est qu’apparenté; en regardant avec attention, on reconnaît que les fleurs, loin d’être blanches, sont jaunes, ou à peu près, avant l’ouverture du bouton,etque, même lorsqu’elles sont épanouies, elles conservent la couleur jaune dans toute la partie inférieure des pétales. Du reste, la nature ne se prète point servilement à nos calculs, et il peut bien y avoir des cas les faits contredi- sent nos théories et semblent se trouver en opposition avec la gamme chromati- que des couleurs que nous avons établie; car, les couleurs résultant d’une combi- naison particulière des principes colo- ranis, ces derniers ne peuvent-ils pas, d’après des lois que nous ne pouvons comprendre, se séparer et se grouper

“suivant une marche opposée à celle que

nous considérons comme normale? Mais, d'autre part, rien ne nous prouve que

PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

la Quarantaine grecque blanche soit un type spécifique ; le contraire même est trés-probable, puisqu'il n’y a pas encore trés-longtemps (c'était vers 4 835) qu’elle a fait son apparition dans les cultures, et qu'à cette même époque il y avait déjà d’autres variétés de Quarantaine grecque à fleurs de couleurs diverses, dont elle sort. Elle n’est donc qu'une variété fixée.

Toutefois, et quelle qu’en soit 1 cause, Consiatons que, toutes circonstances égales d’ailleurs, il est certaines espèces extrêmement plastiques qui semblent pouvoir revêtir les formes et les cou- leurs les plus diverses, tandis qu'il en est d’autres au contraire qui, bien que cultivées en très-grande quan- tité et depuis longtemps, n’ont encore, pour ainsi dire, produit aucune variété : tels sont le Datura ceralocaula, le Re- seda, l'Eutoca viscida, le Cosmos bipin- nata, le RhodanteManglesi, ete. Comme exemples contraires nous pouvons citer le Dahlia, la Reine-Marguerite, la Bal- samine des jardins, la Rose trémière, les Rosiers, l’'Œillet des fleuristes, le Camellia, les Azalées, etc., les Rhodo- dendrons, etc., etc.

Variétés à fleurs rouges, obtenues et fitées par les semis.

Agrostemma cœli rosa purpurea ; Amygdalus rubra plena: Althæa rosea rubra ;

Sinensis rubra; Balsamina hortensis (plusieurs varié-

tés); Celosia cristata rubra; Centranthus ruberrimus ; Cosmos bipinnata purpurea;: , Giroflée quarantaine (plusieurs variétés); Helichrysum macranthum rubrum ; Tpomea purpurea Kermesiana Lathyrus odoratus rubra; Martynia fragrans rubra ; Mathiola annua rubra;

ncana rubra;

Papaver somniferum rubrum ; Pentsiemon gentianoides purpureum ; Portulacca Thellussonii ; Reine-Marquerite (plusieurs variétés) ; Scabiosa atropurpurea ; Silene armeria rubra ; Verbena incisa rubra ; Zinnia elegans coccinea ;

Mulhflora rubra.

Variétés à fleurs roses, obtenues et fixées par les se- mis. Agrostemma coronaria rosea : Anagallis grandiflora rosea é Balsanina hortensis ( Plusieurs variétés): Celosia cristata rosea $ S Clarkia elegans rosea ; Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ; ere consolida (idem); Digitalis purpurea rosea; Gilia tricolor rosea; Giroflée quarantaine (variétés nom breuses) ; Godetia amæna rosea à Gomphrena globosa rosea - Tpomea purpurea rosea : Lobelia erinus Lindleyana, TAmosa rosea ; Lupinus hirsutus roseus : Lychnis Chalcedonica rosea j Lymnanthes Douglasii rosea " Maurandia Barcleyana rosea : Mimulus cardinalis Hudson ; Papaver somniferum TOSeEUM ; Pentstemon gentianoides rosea Reine-Marquerite (varictés nombreuses): Scabiosa atropurpurea nana rosea ; Senecio elegans rosea.

Variétés à fleurs lilas ou violacées, obtenues et fixées par les semis.

Balsamina hortensis (plusieurs variétés);

Campanula speculum lilaceum ;

Celosia cristata violacea >

Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ; consolida violacea ;

Girofléequarantaine (plusieurs variétés) :

Jberis umbellata violacea ;

Mirabilis longiflora violacea ;

Papaver somniferum vrolaceum ;

Reine-Marquerite (plusieurs variétés);

Senecio elegans violacea;

Verbena Drummondii ;

Zinnia elegans violacea.

Variétés à fleurs jaunes, obtenues et fixées par les: semis.

Antrrhinum majus Luteum ;

Amaranthus caudatus luteus ;

Celosia aurea pyramidalis;

cristata aurea ;

Chrysanthemum carinatum aureum ;

Emilia sonchifolia aurea ;

Escholtzia Californica crocea ;

Giroflée quarantaine (plusieurs varié- tés).

: DANS LES VÉGÉTAUX. 13

* Tpomea coccinea aurea ; Leptosiphon androsaceum aureum ; luteum ;

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Lotus Jacobeus luteus

Portulacca grandiflora aurea ;

aurantiaca ;

Rose trémière (plusieurs variétés) ;

Salpiglossis sulfurea ;

Thunbergia alata aurantiaca(orangema- culé) ;

Thunbergia alata Fryeri (orange sans macule).

Thunbergia alata lutea immaculaia ;

Tropæolum majus (plusieurs variétés) ;

Zinnia elegans simplex aurea ;

flore pleno luteo.

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Variétés à fleurs blanches, obtenues et fixées par les semis.

Agrostemma coronaria alba ;

cœli rosa alba,

Argemone Mexicana alba ;

Balsamina hortensis (plusieurs variétés);

Brachycome iberidifolia alba; |

Browallia alata alba ;

Calceolaria Yunghii alba;

Catananche cœrulea alba :

Campanula pyramidalis alba ;

Speculum album ;

media alba;

Boccont alba ;

Loreyi alba ;

pentagona alba ;

Centaurea moschata alba;

Centranthus ruber alba;

Clintonia pulchella alba ;

Crepis rosea alba ;

Daiura fastuosa alba;

Delphinium grandiflorum album ;

Ajacis album :

Consolida alba;

Dianthus Sinensis alba ;

Dictamnus albus ;

Digitalis purpurea alba;

Escholtzia Californica alba;

Galega officinalis alba;

Gilia capitata alba;

tricolor alba ;

Giroflée quarantaine (plusieurs variétés);

Godetia rubicunda alba ;

Gomphrena globosa alba; edysarum coronarium album;

Hesperis matronalis candidissima;

maritima alba;

Impatiens glandulosa alba ;

Tonopsidium acaule album ;

Tpomea Quamoclit alba ;

——

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——

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Lathyrus latifolius albus ; Lavatera trimestris alba: Lobelia syphilitica alba ; Lychnis Chalcedonica alba ; Lymnanthes Douglasi alba; Mathiola annua alba ; incana alba; Malcolmia maritima alba ; Malope trifida alba; | Maurandia antirrhiniflora alba ; Mesembrianthemum tricolorum album; Mirabilis Jalapa alba; Myosotis Alpestris alba; . intermedia alba; Nemophila insignis alba; Nolana grandiflora alba; Papaver somniferum album ; rhœas album ; Pentistemon gentianoides album; Persica Sinensis alba; vulgaris alba ; Phaseolus coccineus albus; Platycodon grandiflora alba ; Podolepis gracilis alba; Polemonium cœæruleum album ; Polygonum orientale album; Primula Sinensis alba; Reine-Marquerite (plusieurs variétés); Rhodante Manglesii alba; Rose trémière (plusieurs variétés) ; Saponaria Calabrica alba ; Scabiosa atropurpurea alba ; Schizanthus retusus albus; Senecio elegans alba ; Silene Armeria alba ;

—* pendula alba; # Thunbergia alata alba; Trachelium cœruleum album’; Vinca rosea alba; Viola odorata alba ; Viscaria oculata alba; Xeranthemum annuum album ; compactum album ; bracteatum album.

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Série M. Variétés à fleurs ou à feuilles pana- chées, oblenues et fixées par les semis.

Les plantes constamment panachées sont relativement rares; la raison en est que la plupart des panachures sont des faits anormaux, qu’elles résultent le plus souvent d'accidents, et qu'on en obtient peu par les semis. Cependant si, comme tout semble le faire croire, les

| panachures sont dues à des sortes de ma-

ladies (note 7)nepourra-t-il pas arriver que

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44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

celles-ci soient assez intenses pour affec- ter l’organisme , pour, ainsi qu’on le dit en termes vulgaires, passer dans le sang et alors devenir héréditaires, trans- missibles par les graines?

Sans avoir recours aux hypothèses pour expliquer la cause des panachures, aous admettons que, dans le plus grand nombre de cas, les plantes panachées doivent cet état particulier à unedépla- cement des éléments colorants, déplace- ment qui, étant le résultat de perturba- tions organiques, n’a rien de rigoureuse- ment fixe; ce qui explique pourquoi l’on voit si souvent les panachures s’ef- facer, les parties qui les présentaient reprendre la couleur dont les éléments dominent, et alors des fleurs ou des feuilles unicolores se montrer parmi d’autres plus ou moins panachées.

Les panachures ne sont pas exclusive- ment propres aux fleurs; le plus souvent même elles affectent les feuilles, parfois aussi les rameaux, quelquefois même elles se montrent sur les fruits (note 8). Mais, quelles que soient Fes parties sur lesquelles elles se montrent, on con- state qu’elles sont d'autant plus stables qu’elles circonscrivent plus compléte- ment l'organe qu’elles affectent, ou, ce qui revient au même, que, sans les cir- conscrire, elles sont disposées en forme de cercle dans toutes ses parties, qu’elles sont, comme on dit, zonées (Pelargonium zonale, certains Oxalis), etc. Toutes les fois, au contraire, que les panachures sont disposées par macules, et surtout par stries ou bandes longitudinales, c’est-à- dire dans le sensde l’axe, ilest assezrare qu’elles soient constantes, à moins pour- tant que les individus qui les présentent appartiennent au groupe des végétaux monocolylédonés.

On connaît pourtant quelques excep- tions à la règle générale que nous venons dénoncer relativement à la fixité des panachures; une très-remarquable est fournie par le Chardon-Marie, qui, mar- qué sur toutes ses parties de nom- breuses et belles macules blanches très- régulières, se reproduit identiquement par ses graines.

Reconnaissons toutefois que, en gé- néral, les panachures sont beaucoup plus constantes sur les feuilles que sur les fleurs, que, dans quelques cas même, par exemple chez certains Bégonias, de

même que chez beaucoup de Caladium, les panachures sont tellement constan- tes que non-seulement elles se repro- duisent par le moyen des graines, mais encore que les plantes qui les por- tent sont trés-vigoureuses, ce qui a rarement lieu lorsque les panachures sont placées sur les fleurs. Dans ce der- nier cas, en effet, les plantes sont généra- lement délicates; c’est un véritable signe d’affaiblissement; d’où l’on pourrait con- clure que, en général, on aura d’autant plus de chances de conserver cet état particulier que les porte-graines seront plus souffreteux, qu’on les laissera un peu pâtir.

Pour arriver à fixer les plantes à feuil- les ou à fleurs panachées on se fonde sur les mêmes principes. que ceux que nous avons indiqués ci-dessus, en trai- tant d’autres séries, c’est-à-dire qu’on choisit pour porte-graines les individus chez lesquels les panachures sont les plus prononcées, et dont la végétation, sans être trop vigoureuse, estnéanmoins assez bonne; car ce caractère n’étant, dans beaucoup de cas, que le résultat d’un affaiblissement organique, il peut disparaître, en grande partie du moïns, lorsque les plantes sont trés-vigoureuses. De même aussi, en se fondant sur les mêmes principes, il faut éviter de pren- dre pour porte-graines des individus qui soient trop affaiblis, car alors on pour- rait n’obtenir que des plantes chétives.

Plantes à fleurs panachées obtenues etfixées par les semis.

Aquilegia vulgaris variegata ; Balsamina hortensis (plusieurs variétés); Centaurea cyanus variegata; Convolvulus tricolor variegata ; Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) Consolida variegata ; Ipomea purpurea variegata; Lathyrus odoratus (plusieurs variétés) : Lobelia Eriñus marmorata; | Lupinus mutabilis Cruiksankii Malcolmia maritima bicolor ; Mirabilis Jalapa variegata ; Nemophila insignis alba variegata ; Phaseolus coccineus bicolor ; Phlox Drummondit Raditwitzt ; Portulacca grandaflora alba striata ; Primula Sinensis.variegata ; Reine-Marguerite (plusieurs variétés);

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DANS LES VÉGÉTAUX. 15

Tropæolum majus variegatum ;

Série E. Variétés à fleurs dites doubles (note 9), obtenues et fixées par les semis.

Anemone coronaria (variétés nombreu- ses);

Aquilegia vulgaris (variétés nombreu- ses); |

Calendula Bungei (note 10);

hortensis; Campanula media;

sr a Centaurea cyanus ; Chrysanthemum coronarium (plusieurs

variétés) ; Chysanthemum (Pyreihrum) Indicum (variétés nombreuses) ; Clarkia pulchella alba ; elegans; Convolvulus tricolor ; Datura fastuosa; violacea; alba; lutea; Delphinium Ajacis (variétés nombreu- ses); Delphinium Consolida (variétés nom- breuses); Dianthus Sinensis (variétés nombreuses) (note 11); | Dianthus barbatus (variétésnombreuses); Giroflées diverses (idem); Helianthus annuus;

es Californicus ; Helichrysum annuum ;

bracteatum ; | Matricaria parthenium (note 10); Papaver somniferum (variétés nom-

breuses); Papaver rhœas (variétés nombreuses); Persica Sinensis alba; | rubra ; vulgaris ; Petunia (variétés nombreuses); Ranunculus Asiaticus (variétés nombreu- ses); Rose trémière (variétés nombreuses) ; Senecio elegans (note 10 ) (plusieurs va- riétés) ; ns Zinnia elegans (plusieurs variétés) .

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Il ést inutile de dire que, dans la liste

qui précède, toutes les fois qu’on cite le nom de l’une ou de l’autre des variétés, il faut ajouter à ce nom le qualificatif de flore pleno, que nous n’avons pas mis afin d'éviter les répétitions.

En horticuliure on donne au mot dou- ble une signification sinon fausse, du

moins différente de celle qu’il a réelle-

ment. En effet, dans le sens vrai, double signifie deux, c’est-à-dire deux fois l’u- nité, ce qui, logiquement, conduit à ceci que semi-double, étant la moitié de dou- ble, signifie simple. Ce n’est pas ainsi qu’on l'entend en horticulture en ce qui concerne la duplicature des fleurs; dans cette circonstance double, en parlant d’une fleur, signifie qu’elle a un plus grand nombre de pétales que, celuiqu’elle doit avoir normalement, mais sans indiquer ce nombre, ni la nature, non plus que l’origine de ces organes, Se- mi-double, en parlant d’une fleur, indi- que également qu’elle a un nombre de pétales plus considérable que celui qu’elle devrait avoir normalement, bien que ce nombre soit toujours moindre que celui dont le mot double donne l’idée. Toutefois ces deux termes n’ont rien d’absolu ; ils se prennent toujours d’une manière relative.

La duplicature des fleurs peut être dé- terminée par des causes diverses, soit, par exemple, par la multiplicité résul-

tant de l’augmentation ou du dédou-

blement des pièces florales (sorte de bourgeonnement) (Pivoine, Pavot); soit par la transformation des organes se- xuels. Dans le premier cas les fleurs peuvent encore donner desgraines; elles ne le peuvent plus dans le second, si la transformation est complète.

Les fleurs tout à fait doubles, dans le sens qu’en horticulture on attache à ce mot, qui sont ce qu’on doit nommer des fleurs pleines, sont touiours stériles. Nous n’avons donc pas à nous en occu- per, puisque les plantes qui les portent ne peuvent être propagées que par la division ou par la séparation de leurs parties, soit par boutures, couchages, greffes, etc. Cependant, dans certains cas, elles paraissent exercer une cer- taine influence (note 41). PR

Les fleurs semi-pleines ou plus ou moins pleines peuvént au contraire don- ner des graines, ce qui permet de multi- plier à l’aide des semis les plantes qui présentent ce caractère. Constatons tou- tefois que le point de départ des fleurs doubles est en dehors de notre puissance comme de nos calculs; nous ne pouvons rien, ou à peu près rien, sur le fait ini-

ent

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SRE

16 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

tial ; nous ne pouvons que le saisir lors- qu'il se présente; nous ne pouvons pas le provoquer; c’est un effet dont la cause nous est inconnue (note 12). Lors donc que, par une circonstance quelconque, il se présente un de ces faits, il faut le sur- veiller avec soin, éloigner même du con- tact ou du voisinage des autres la plante qui le présente, soit en l’enlevant de l’en- droit elle est, soit, si cet enlèvement n’est pas possible ou qu’il présente quel- que inconvénient, en détruisant toutes lesplantes qui l'entourent lorsque celles- ci sont de nature à influencer la fécon- dation. On en récolte les graines, on les sème à part, et on observe avec soin les individus qui en proviennent, pour, plus tard encore, choisir parmi eux ceux qui auront le mieux conservé les caractères qu'on cherche à fixer, et qu'on prend à leurtour pour en faire desporte-graines; ce qui ne doit pas empêcher de recueillir et de semer les graines qui proviennent du premier pied-mère, car il est toujours bon de multiplier les chances.

Cest en agissant ainsi qu’on a obtenu

les variétés de Potentille du Népaul à

Îleurs très-grandes et presque complé- tement pleines. On en a obtenu d’abord une à fleurs semi-pleines, jaunes, dont les graines ont donnédes variétés àfleurs

jaune clair ou plus ou moins foncé, jaune.

mordoré, rouge, rouge-orangé, etc. C’est également de cette manière qu'ont êté produites toutes les variétés de Pétu- nas à grandes fleurs (note 13), les unes complétement pleines, qui par consé- quent ne donnent plus de graines et qu'il faut multiplier par bouture; d’au- tres à fleurs semi-pleines, qui donnent quelques graines à l’aide desquelles on les multiplie et dont on obtient de nou- velles variétés.

Comme dans les fleurs dites doubles il y à presque toujours quelques organes sexuels dont la transformation est in- complète, on doit, pour augmenter les chances de succès relatives à la produc- tion des graines, rapprocher ces organes les uns des autres, de manière à ce qu’ils puissent se féconder entre eux; on doit même au besoin faciliter leur rappro- chement en écartant les difficultés. Mais, s’il arrivait que les étamines fissent complétement défaut, on prendrait alors sur d’autres fleurs de la même espèce, et, autant que possible, de couleur con-

venable pour atteindre le but qu’on se propose, du pollen qu’on apporterait sur le stigmate de la fleur double afin d’en assurer la fécondation. Dans cette circonstance On a cru remarquer qué l'influence de l'organe mâle est considé- rable, que l'opération est plus satisfai- sante, quant à l'obtention des fleurs doubles, lorsqu'on prend ces dernières pour pères, c’est-à-dire quand en enlève les étamines pour féconder serait-ce même des fleurs simples de plantes appartenant soit à la même espèce, soit à une autre espèce du même genre.

Nous ferons aussi observer que les

fleurs doubles ne se rencontrent guère que dans les plantes cultivées; elles pa- raissent être la conséquence d’une modi- fication de tempérament due à la domes- tication, parfois au traitement ; aussi ne les rencontre-t-on que très-rarement à l’état de nature, si ce n’est accidentel- lement, pour ainsi dire. « Faisons aussi remarquer que, la du- plicature des fleurs étant déterminée par une modification organique des in- dividus qui les portent, il s’ensuit que, suivant la nature ou suivant l'intensité de cette modification, la plénitude ou duplicature est aussi plus ou moins te- nace; elle peut même devenir perma- nente, ce qui explique pourquoi, lorsque certaines espèces se mettent à doubler, c’est parfois avec une telle rapidité que, au bout de peu de temps, il est difficile de conserver les types à fleurs simples (note 11).

Pour donner une idée de cette rapi- dité, nous allons citer quelques exemples de date assez récente. Ainsi le premier pied de Petunia à fleurs doubles, dont la couleur était d’un blanc sale ou verdä- tre, parut à l'exposition universelle en 1855. Ce Pétunia, qui appartient à une race mixte (note 13), fut trouvé dans un semis de graines de Pétunia ordinaire fait par un employé de la Banque de Lyon. Malgré le peu d'années écoulées, le nombre des variétés produites par l'influence de ce pied unique est auJour- d’hui considérable. On en trouve de cou- leurs très-diverses ; il en est même beau- coup dont les fleurs panachées sont très-jolies.

Le Zinnia elegans à fleurs doubles, introduit dans nos cultures vers 1858 (nous l’avions remarqué en 1854 chez

mo RS

DANS LES VÉGÉTAUX.

MM. Audibert, horticulteurs à Tarascon, qui en avaient reçu des graines du Mexi- que), a déjà produit une grande quan- üité de variétés également à fleurs dou- bles, de couleurs très-diverses; plusieurs tendent à se fixer et à former des sous- races.

Le genre Fuchsia nous offre aussi un exemple très-remarquable de cette faci- lité doubler. Les premiers pieds à fleurs doubles ont apparu vers 1854. Bien que cette époque soit très-rapprochée, on en possède aujourd'hui une telle quan- tité qu’il est à peu prés impossible de

“les énumérer. Il arrive parfois que, dans les semis qu’on fait de graines de Fuch- sias récoltées sur des pieds à fleurs dou- bles, les trois quarts des individus qui en sortent ont conservé les mêmes ca- ractères (note 14).

On ne peut nier du reste que, par la culture ou par la domestication, le tempé- rament des plantes ne soit plus ou moins

modifié, que celles-ci ne perdent peu à

peu leurs caractères primitifs pour en prendre d’autres en rapport avec le cli- mat, le milieu, en un mot, avec les con- ditions dans lesquelles elles sont placées, et constituent alors des races particu- lières; nos plantes soit d’ornement, soit potagères, en offrent de nombreux et très-remarquables exemples.

Comme exemples, à l'appui de notre dire, nous pourrions citer les Reines- Marguerites, la Balsamine des jardins, le Pied d’alouette, les Dahlias surtout, qui, lors de leur introduction, et même très-longtemps encore après celle-ci, ne donnaient que très-rarement des plantes à fleurs doubles, tandis qu’au- jourd’hui c’est le contraire qui a lieu, et que c’est à peine si l’on en obtient à fleurs simples. |

Les plantes à fleurs dites doubles exer- cent-elles sur leurs congénères une in- fluence susceptible de modifier le pro- duit de ces dernières?

Bien que cette question puisse peut- être paraître oiseuse si on l’envisage au point de vue scientifique, nous devons néanmoins en parler, parce que l’obser- vation d’une part, les faits d'une autre, semblent pencher vers l’affirmative. En effet que voyons-nous dans l'ordre ordinaire des choses? Une espèce est cultivée et multipliée par graines pendant très-longtemps sans varier au-

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trement que par les couleurs, par les formes, par les dimensions,soit destiges, soit des fleurs. Vient-elle à produire un individu à fleurs doubles : on constate que,en général, trés-peu de temps aprés, on en voit apparaître d’autres également à fleurs doubles, parfois même en grande quantité; c’est ce qui s’est produit chez les Pétunias, les Fuchsias, les Œillets de Chine, les Œillets de poëte, etc. (notes 11, 13, 14). j

Du reste ce fait, loin d’être en oppo- sition avec la loi fondamentale d’évolu- tion, y est au contraire parfaitement con- forme; il confirme de tous points ce que nous avons déjà dit plusieurs fois, et que nous répéterons probablement en- core, que, dans la nature, tout individu a une tendance à reproduire ses carac- tères, tendance d'autant plus grande que sa puissance vitale est plus considé- rable, et, sous ce rapport, les plantes à fleurs doubles, en général, sont bien partagées.

Ilest bien clair toutefois que, dans cette circonstance, nous considérons comme à peu près dépourvues d’in- fluence fécondatrice lesfleursentièrement pleines, c’est-à-dire celles chez lesquelles

la transformation des organes sexuels est complète. Celles-ci sont des sortes d’eunuques végétaux. Mais, lorsqu’aucon- traire la duplicature est incomplète, qu’il reste quelques organes sexuels assez bien conformés pour être aptes à la fécon- dation, il est hors de doute que les plantes qui présentent ce caractère sont propres à donner des individus à fleurs doubles. Cependant, comme il pourrait se faire que, par suite de la multiplicité des pétales, ces organes ne pourraient que difficilement exercer leur influence, on devra, dans certains cas, venir en aide à la nature en facilitant le rapproche- ment des sexes (note 19).

De ce qui précède il résulte que, tou- tes les fois que dans un semis quelcon- que il se trouvera un ou plusieurs in- dividus à fleurs doubles, on devra les surveiller avec soin, et faire en sorte que, au moment de-la floraison, ils puis- sent être rapprochés d’autres auxquels on voudrait transmettre leurs caractères.

Quelques mots aussi au sujet des va- riétés qui présentent des formes parti- culières pourindiquer la marche à suivre pour les fixer.

PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Par le mot forme il faut entendre l'aspect, la tenue, en un mot le facies, ou, comme on le dit encore, le cachet ou le port d’un végétal quelconque ; ainsi il y a les formes pyramidale, buis- sonneuse, lombante, etc. Les principes sur lesquels on se fonde pour obtenir * ces sortes de variétés sont exactement les mêmes que ceux que nous avons in- diqués pour les séries précédentes, c’est- à-dire qu’on doit choisir, comme porte- graines, les individus qui présentent au plus baut degré les caractères que l’on cherche à reproduire, et,demémeencore

que nous l'avons dit lorsque nous nous :

sommes occupé des autres séries, il faut - avoir soin d'isoler au besoin ces plantes, de manière à empêcher que, lors de leur floraison, elles jouent avec d’autres qui ne présenteraient pas les mêmes carac- tères. Ces variétés de formes diverses, obtenues et fixées par les semis, sont assez nombreuses; on les rencontre chez les Reines-Marguerites, les Balsa- mines, les Quarantaines, les Tagètes ou Œillets d'Inde, etc.

La grande Capucine (Tropæolum ma- jus) nous en fournit surtout un exemple remarquable dans sa forme naine, qui, au lieu de produire une tige qui s’al- longe et grimpe comme sa mére, en pro- duit une pour ainsi dire nulle , de sorte que la plante forme une sorte de petit buisson compacte. Nous avons des exemples analogues dans le Pois nain, dans la Tomate naine et dans le Pécher nain, tandis que le Pêcher pleureur nous fournit un exemple contraire; chez celui- ci, qui se reproduittrès-bien par noyaux, les branches retombent jusqu’au sol, sur lequel elles traînent. :

Nous allons terminer ‘cette série par

l'énumération de quelques variétés re-

Mmarquables par la forme ou par la cou- leur deleur feuillage, qui se reproduisent par semis, soit en tout, soiten partie seu- lement; puis nous en indiquerons quel- ques autres quiprésentent des caractères anormaux (des monstruosités), qui se reproduisent également par graines.

VARIÉTÉS A FEUILLES DÉCOUPÉES OU LA- CINIÉES SE REPRODUISANT PAR GRAINES.

Juglans regia heterophylla (partim);

Rubus fruticosus laciniatus ;

Sambucus regia cannabifolia (par- tim).

VARIÉTÉS A FEUILLES COLORÉES SE RE- PRODUISANT PAR SEMIS.

Hêtre à feuilles Epine-Vinette à (partim).

pourpres (partim); feuilles pourpres

VARIÉTÉS MONSTRUEUSES SE REPRODUI- SANT PAR SEMIS.

Papaver somniferum monstrosum ; Scolopendrium officinale monstro- sum (note 16).

1er GROUPE (2e section).

SEMIS FAIT APRÈS AVOIR OPÉRÉ LA FÉ- CONDATION ARTIFICIELLE avec combi- NASON, DANS LE BUT D'OBTENIR DES VARIÉTÉS.

Précisons d’abord et indiquons ce qu’on doitentendre par fécondation; puis nous indiquerons ce qu’il faut entendre par fécondation artificielle.

Sans entrer ici dans de grands détails, nous croyons cependant devoir dire quelques mots sur ce sujet, et rappeler, ne füt-ce que très-somrmairement, quels sont les organes qui concourent à l’accomplissement de ces importants actes de la vie végétale. Ceci nous paraît d'autant plus nécessaire qu’on ne peut pratiquer cette opération avec fruit que si lon connaît bien les organes à l’aide desquels elle s'effectue, et même, jusqu’à un certain point, le rôle qu’ils jouent.

La fécondation des végétaux, de même que celle des animaux, s’accomplit à l'aide d'organes particuliers que, d’une manière générale, on nomme organes sexuels organes de la génération. Chez les végétaux, les seuls qui doivent nous occuper, ces organes sont contenus dans les fleurs, ou plutôt ils en font partie ; dans le plus grand nombre de cas ils en occupent le centre.

De même encore que chez les ani- maux, ces organes, dans les végétaux, sont de deux sortes, mâles et femelles: ceux-ci portent le nom de pistils; on donne à ceux-là le nom d'étamines. L’organe femelle ou pistil, lorsqu'il est complet, se compose de trois parties principales, qui sont, en allant de bas en haut, l'ovaire, lestyle, etenfinle stigmate.

L'ovaire est la partie renflée, ‘creuse à l’intérieur, dans laquelle sont placés

DANS LES VÉGÉTAUX. s 19

de petits corps nommés ovules (très- jeunes graines non fécondées).

Le style est la petite colonne qui ré- sulte du prolongement, du rétrécisse- ment et de la soudure des pièces qui, réunies, constituent l'ovaire; il est creux, plus ou moins allongé, et se termine le plus souvent par une partie renflée sus- ceptible de prendre des formes très- diverses. C’est à cette dernière qu'on à

donné le nom de stigmate, qui, toujours

dépourvu d’épiderme, laisse ordinaire- ment, à une certaine époque de son dé- veloppement, éranssuder une sorte de

0 . °

liqueur épaisse, sirupeuse ou visqueuse. De ces trois parties, qui le plus ordinai- rement composent le pistil, deux, l'o- vaire et le stigmate, sont indispensables; quant à la troisième (le style), elle peut manquer sans que cela nuise à la fécon- dation.

L'étamine se compose également de trois parties qui sont : le petit pied ou support, qui ordinairement s’insére sur le réceptacle ou fond de la fleur : on le nomme filet ; il est surmonté d’une par- tie renflée ou sorte de sac : c’est l'an- thère, qui, creuse à Pintérieur, renferme le pollen, qui, à cause de ses propriétés, de sa nature et de son aspect les plus ordinaires, est souvent aussi nommé poussière fécondante. :

Le filet, qui est plus moins al- longé, ténu (d’où son nom fil), n'est pas non plus indispensable; de même que le style, il peut manquer sans que pour cela la fécondation ne puisse s’o- pérer.

Pour qu'il y ait fécondation il faut non-seulement qu'il y ait contact du pollen et du stigmate, maïs il faut encore que ces organes se trouvent dans des conditions particulières que nous indi- querons plus loin.

Lorsque lerapprochement des sexes se fait naturellement, le phénomène, quelle que soit la manière dont il s’accomplit, est désigné par le nom de fécondation, parfois de fécondation naturelle; lors- qu’au contraire. l’homme intervient soit pour assurer purement et simplement la fécondation, soit, en opérant à l’aide de combinaisons particulières, dans le but d'obtenir des résultats en quelque sorte prévus, le phénomène, par oppo- ll prend le nom de fécondation arti-

cielle.

Dans l’acception la plus rigoureuse, en parlant de la fécondation naturelle, on la dit directe ou immédiatelorsqu’elle a lieu entre les organes d’une même fleur, indirecte ou médiale lorsque, s’opérant également d'elle-même, elle a lieu ,soitentre des fleurs différentes pla- cées sur la même plante, soit entre des. plantes différentes, avec le secours du vent ou avec l’aide des insectes.

La fécondation naturelle directe ne peut donc s’opérer que chez les plantes dont les fleurs sont pourvues des deux sortes d'organes sexuels, par conséquent chez les fleurs hermaphrodites. Quant à la fécondation naturelle indirecte, elle peut présenter une foule de particula- rités dont nous n’avons pas à NOUS OCCU- per ici, telles que la fécondation entre espèces diverses, entre des plantes à fleurs monoïques, dioiques, etc.

Indépendamment de ce qui vient d’ê- tre dit, les fécondations, soit naturelles, directes ou indirectes, soit artificielles, peuvent parfois s’opérer entre des plan- tes qui occupent différents degrés dans la série végétale, d’où il résulte des 1n- dividus hybrides, des métis, etc., à di- vers degrés.

Après avoir fait connaître les organes : sexuels, disons quelques mots de l’en- semble des fleurs. |

Considérées d’une manière générale, les fleurs, quant à leur conformation, présentent, lorsqu'elles sont complètes, quatre séries distinctes d'organes, qui sont, en allant de la circonférence au cenire :

4o Le calice, qui est le plus généra- lement vert, de nature foliacée ;

90 La corolle, qui est la partie la plus

brillante de la fleur, et qui est aussi très- diversement colorée; elle se compose soit d’une, soit de plusieurs pièces ;

30 Les étamines ;

4 Le pistil.

Le calice, de même que la corolle, peuvent présenter des différences nota- bles, soit de forme, de couleur, ou de nature, etc.; ils peuvent aussi être formés d'une seule pièce, comme ils peuvent l'être de plusieurs. Dans Île premier cas on les dit monosépales s’il s'agit du calice, monopétales s’il s’agit de la corolle; dans le deuxléme cas on les dit polysépales S'il s’agit du calice,

| polypétales lorsqu'on à affaire à la corolle.

PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Toutesles fleurs ne sont cependant pas pourvues de ces divers organes: chez un grand nombre certains n'existent pas: il est même des plantes dontiles fleurs sont réduites à un seul organe sexuel, chez les Conifères par exemple.

Quelquefois aussi les organes floraux sont profondément modifiés, et présen- tent, soit dans leurs formes, soit dans leurs dimensions, les différences les plus grandes; d’autres fois encore la corolle, au lieu d’avoir l'ampleur et l'éclat qu’elle présentele plusordinairement,estréduite à des rudiments ou sortes d’appendices peu apparents, de sorte que, pour la re- connaître, il faut avoir une certaine ha- bitude d'observation, et dans quelques cas même !l faut l'œil exercé d’un bota- niste. Ce sont toutefois des exceptions dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Considérées sous le rapport des Orga- nes sexuels, toutes les fleurs ne sont pas non plus conformées de la même ma- nière; ainsi il en est qui ne renferment que des étamines, tandis que d’autres ne renferment que des pistils : les unes comme les autres sont dites uniseruées ; celles qui ne renferment que des étami- nes sont appelées fleurs mâles, ou fleurs Staminées, par opposition à celles qui ne renferment que des pistils, qu’on nomme fleurs femelles ou fleurs pistillées. Les fleurs qui renferment ces deux sortes d'organes sont dites ou hermaphrodites Ou bisexuées.

Il est aussi des espèces de plantes qui, sur un même pied, ne produisent des fleurs que d’une seule sorte, soit mâles, soit femelles : on les nomme fleurs diniques; tels sont le Chanvre, le Pistachier, le Dattier, le Dioscorea Bataias, V'Akebia quinata, ete. I est au contraire d’autres espèces qui sur le même individu portent les deux sortes de fleurs unisexuées : on les nomme monoiques ; tels sont les Noyers, les Ché- nes, les Châtaigniers, le Maïs, les Me- lons, les Potirons, les Concombres, les Typhas, les Arum.

Il est facile de comprendre que, pour toutes ces plantes dont les sexes sont séparés et placés à des distances plus ou moins grandes les unes des autres, s’il n'y avait point d’intermédiaires, il ar- riverait fréquemment que la féconda- tion ne pourrait s’opérer. C’est ce qui

explique pourquoi les Melons, de même que la plupart des autres Cucurbitacées qu'on cultive comme primeurs, ont par- fois tant de difficulté à nouer leurs fruits, ou, comme on le dit dans la pratique, à. arrêler, fait qui résulte de ce que, quand les plantes sont en fleurs, il fait souvent. tellement froid qu’on ne leur donne que peu ou point d’air, de sorte que, les fleurs n'étant pas agitées, la dissémina- tion du pollen n’a pas lieu, et qu’il n’en arrive pas aux fleurs femelles. Dans ce cas encore la cause d’insuccès est aug- mentée par cette raison que les insec- tes, qui dans la fécondation jouent un rôle important en allant butiner dans les fleurs, ne le peuvent pas, les coffres étant presque constamment fermés. On pourrait Jusqu'à un certain point remé- dier à cet inconvénient en pratiquant la fécondation artificielle (note 17).

Nous avons cru devoir entrer dans tous ces détails afin de mettre le lecteur au Courant de certains faits qui, bien que généralement connus, sont encore ignorés de plusieurs, de manière que, connaissant bien ces particularités, il puisse, guidé par ces explications, se rendre bien compte de la fécondation arüificielle, et au besoin l'appliquer avec succés.

Voyons maintenant quelles sont les conditions les plus favorables pour pra- tiquer avec succès la fécondation artif- cielle. Deux conditions sont indispensa- bles : la première, c’est que les organes sexuels soient en bon état, c’est-à-dire dans des conditions parfaites de déve- loppement, et que les anthères puissent s'ouvrir pour donner passage au pollen, qui doit être bien conformé. Il faut, en ouire, que le stigmate soit également dans de bonnes conditions pour rece- voir ce dernier, c’est-à-dire qu’il sé- crête cette sorte de viscosité dont nous avons parlé plus haut (note 18).

La deuxième condition, qui n’est ni moins nécessaire ni moins importante que la première, c’est que les plantes qu'on veut féconder soient parenltes , qu’elles appartiennent à la même es- péce, ou tout au moins au même genre (note 19). |

On a beaucoup discuté aussi sur le point de savoir quel est le moment le plus favorable pour pratiquer la fécon- dation. Ce moment ne peut être précisé

L

+ 2

DANS LES VÉGÉTAUX, 21

d’une manière absolue; on ne peut que l'indiquer d’une manière générale, et dire que c’estdepuis huitheures du matin jusqu’à environ midi, lorsque la chaleur solaire a déjà réchauffé les organes et distendu leurs tissus (note 20). Toute- fois ce n’est qu’une indication rela- tive, car il ne peut être douteux que le moment le plus avantageux d’opérer varie suivant les conditions dans les- quelles sont placés les individus, sui- vant la nature de ceux-ci, et probable- ment aussi suivant l’état d’épanouisse- ment des fleurs; car, puisque, sur la plupart des plantes, les fleurs s’épa- nouissent continuellement, leur état de

développement, amoureux, pourrait-on‘

dire, doit être différent pour chacune d'elles. :

Le moment précis qui convient pour féconder les végétaux est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à saisir, et c’est même peut-être à cause de cela qu’on échoue si souvent lorsqu'on pratique la fécondation artificielle. Disons encore qu’un certain degré de température est nécessaire, mais que ce degré, variable suivant les individus, est très-difficile à apprécier. Nous pouvons admettre qu’au dessous de degré la fécondation ne peut s’opérer, mais qu’à partir de la température pourra, suivant les plantes, s'élever jusqu’à 40 degrés et peut-être même au delà. D'une autre part encore, il est bien clair que le moment le plus convenable d'opérer la fécondation devra en outre varier suivant que l’épanouisse- ment des fleurs aura lieu soit le jour, soit la nuit, soit à telle ou à telle heure de la Journée. Il est hors de doute, par exem- ple, qu’on ne pourrait féconder le Cereus grandiflorus le jour, puisqu'il ne fleu- rit que la nuit; que la Belle de nuit, qui épanouit ses fleurs vers le soir pour les fermer le matin, ne pour- rait non plus être fécondée dans le milieu _de la journée. Il en est de même encore pour les Zpomea, les Calystegia, etc., qui présentent les mêmes particula- rités. Jusqu'ici il n’y a rien de précis; c’est par suite de tâtonnements et par des observations attentives qu’on parvien- dra à découvrir, pour une plante don-

née, quel est le moment le plus favorable

pour opérer la fécondation de ses fleurs; ainsi, pour la Vanille, ce moment est vers dix heures du matin, moment qui, du

reste, paraît être le plus convenable pour la plus grande partie des végé- taux. Toutefois l’état de l'atmosphère (clair ou nuageux), une température éle- vée ou basse pourront encore détermi- ner des modifications dans l'heure d'opérer.

Revenant aux conditions générales les plus avantageuses pour pratiquer la fé- condation artificielle, nous ajouterons à ce qui à été dit ci-dessus qu'il faut aussi, toutes circonstances égales d’ailleurs, lorsqu'on veut opérer, qu'il fasse sec et chaud, de manière que les organes soient dépourvus d'humidité et que leur action soit plus énergique (note 21).

D'une autre part, comme la féconda- tion artificielle se pratique presque tou- jours en vue d'obtenir un résultat prévu, il faut, pour obtenir ce résultat, prendre certaines précautions pour que rien ne vienne déranger les combinaisons qu’on a faites. Pour cela, si la plante est hermaphrodite, on doit, avant que les anthères s'ouvrent, enlever avec précau- tion les étamines (les anthères surtout) des fleurs qu’on veut féconder; après quoi l’on attend, pour agir, que l'organe femelle soit arrivé à un état convenable de développement. |

Mais, comme il existe un certain nom- bre de plantes chez lesquelles la fécon- dation est antéflorale, c’est-à-dire chez lesquelles la fécondation se fait avant l'épanouissement des fleurs, on doit dans ce cas, pour obtenir un bon résultat, opérer la suppression des étamines avant que cet épanouissement ait lieu. Nous pouvons citer comme présentant cette particularité les Gloxinias; cet exem- ple est d'autant meilleur qu'il est bien constaté, et que les nombreuses varié- tés de ce genre que l’on possède aujour- d’hui ne datent que d’un petit nombre d'années, précisément de l’époque où, ayant eu connaissance de ce fait, on a agi en conséquence.

Bien longtemps auparavant, on avait | essayé de pratiquer la fécondation arti- | ficielle de ces plantes, mais toujours | sans aucun succès; on obtenait bien des graines en quantité, mais celles-ci ne produisaient jamais que des plantes à peu près semblables à celles dont elles provenaient. Il ne pouvait du reste

en être autrement, puisque, lors- qu’on opérait la fécondation artificielle,

99 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

fécondation naturelle, directe, était opérée par les propres organes des fleurs.

Toutefois, relativement au moment les organes sexuels semblent être dis- posés à exercer leur action, il peut dans certains cas se montrer des différences assez grandes, des sortes d'anomalies apparentes. (Voir plus loin comment une température et des conditions de milieu différentes peuvent, au point de vue de l'époque de développement des organes sexuels, déterminer de profondes modifi- cations.)

Pour les plantes dont la floraison est antéflorale, voici comment il faut opérer :

Lorsque le bouton est déjà trés-gros on le fend longitudinalement sur l’un des côtés avec la lame d’un canif; puis on ouvre un peu la fente pour y intro- duire une petite pince à l’aide de la- quelle on enlève les étamines, bien en- tendu avant l'ouverture des anthères. On laisse ensuite les choses en cet état jusqu’à ce que le stigmate soit bien développé ; alors on apporte sur ce der- nier du pollen de la plante qu’on a choïsie pour père et dont on veut pro- pager les caractères.

Certains auteurs ont conseillé l'emploi d'un pinceau pour recueillir le pollen ; cest là, suivant nous, un système grossier, très-bon lorsqu'il ne s’agit que d'assurer la fécondation simple, c'est-à-dire la production de graines telles quelles, mais insuffisant si l’on voulait opérer avec précision, par suite de combinaisons, afin d'obtenir un résul- tat prévu. En effet, il est facile de com- prendre que, quelque soin que lon prenne, il restera presque toujours dans le pinceau un certain nombre de grains de pollen; or, comme ce pollen, qui provient de diverses plantes, peut occasionner une confusion, qui exclut toute cerlitude, qui vient déranger les calculs et en rendre le résultat douteux, il faudrait donc, pour éviter cet inconvé- nient, se servir d'autant de pinceaux que l’on voudrait pratiquer de féconda- tions diverses. Ce qu’il y a de mieux à faire, lorsque la chose est possible et qu'on tient à avoir un résultat certain et précis, c’est de prendre les étamines par le filet, soit avec les doigts, soit à l’aide d’une petite pince, et d'appliquer l’anthère sur le stigmate.

Si, au lieu d’être hermaphrodites, les fleurs qu’on veut féconder étaient soit monoiques, soit dioiques, on veillerait à ce que les fleurs femelles ne soient point fécondées par d’autres que par les fleurs mâles des plantes dont on veut repro- duire le caractère. |

Lorsqu'on pratique la fécondation arüficielle des fleurs en vue d’en obtenir des variétés nouvelles, on se fonde sur cette idée, vraie en principe, que, dans l'acte de la génération, tout être, en rai- son de la tendance qu’il a à reproduire ses caractères, peut aussi, en ralson de cette même loi, en communiquer une partie plus ou moins grande à l’individu avec lequel il est mis en contact, d’où peuvent résulter et .résultent très-sou- vent des intermédiaires qui participent à la fois des caractères que présentent les deux individus dont ils proviennent.

Nous pourrions, à l'appui de notre dire, citer un nombre considérable de plantes qui, en effet, tiennent le milieu entre d’autres dont elles sont issues; nous citerons seulement les suivantes :

Rhododendron Princesse Royale, pro- duit du Rh. Javanicum, Weïtch, avec le Rh. jasminiflorum ; 1 est intermé- diaire entre ces deux plantes; ses feuilles rappellent le Rh. Javanicum, tandis que ses fleurs sont semblables à celles du Rh. jasminiflorum, mais un peu plus grandes.

Gatleya Dominiana, produit du €. amethystina et du C. labiata; il tient de ce dernier par la forme et la gran- deur des fleurs, et du C. amethystina par son faciès général.

Le BegoniaDregei, plante caulescente, fécondé par une variété du B. rex, a pro- duit le B. Dregei à feuilles panachées, plante entièrement semblable à la mère par le port, au père par les panachures.

Le Begonia discolor, fécondé par le B. rex ou par l’une de ses variétés a pro- duit en très-grande quantité des plantes semblables entre elles, qui ne différent du B. discolor que par les feuilles, qui, au lieu d’être rouge brun, sont complé- tement panachées. Dans cette circons- tance, de même que dans les exemples précédents, la mère a conservé tous ses caractères comme végétation, le père a donné l’habit (les panachures).

Le Begoma discolor, fécondé par le B. splendida, a produit en très-grande

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DANS LES VÉGÉTAUX. 23

quantité des graines qui, semées, ont donné un très-grand nombre d’indi- vidus tout à fait intermédiaires entre les deux parents, mais tellement semblables entre eux qu'on n’en pouvait guère faire qu’une variété. Au lieu d’être glabres comme l’est le B. discolor, ces intermédiaires sont couverts de poils, sur toutes leurs parties; mais ces poils au lieu d’être rouges et très-serrés, comme ils le sont chez le B. splendida, sont roux et moins denses.

Le Magnolia Soulangeana, résultat d’une fécondation artificielle du Magno- lia purpurea et du M. Yu-lan, est in- termédiaire entre ces deux espèces.

Amaryllis formosissima hybrida.

Les plantes qui proviennent de ce semis, quoique très-âgées, n’ont pas en- core fleuri; elles proviennent de l’A- maryllis formosissima (père) et de A. longifolia (mère); par le port elles sont intermédiaires entre les deux pa- rents. Pourtant elles sont plus vigou- reuses et plus fortes dans toutes leurs parties que l'A. formosissima, elles sont moins fortes que l'A. longifolia, mais, de plus, elles tiennent du pêre par leur mode de végétation; elles donnent beaucoup de caïeux, tandis que leur mère, l'A. longifolia, n’en donne pour ainsi dire jamais.

Anemone Japonica hybrida.

Anemone elegans.

Issue de la fécondation de l’Anemone Japonica et de VA. vitifoliu, cette plante estintermédiaire entre ces deux espèces. Toutefois elle se rapproche beaucoup plus de celle-là que de celle-ci.

Crinum Meldense. Amaryllis Meldensis.

Cette plante, obtenue en fécondant l'Amaryllis longifolia par le Crinum Taitense, tient exactement le milieu entre ces deux espèces; mais, tout en conservant les caractères généraux des deux parents, elle a néanmoins CONservé le tempérament de la mère, c’est-à-dire sa rusticité.

Dianthus hybridus Quetierit. Issue du D. Hedwigiüi et de lŒillet

Flon, cette plante est caulescente, très-

ramifiée; ses fouilles sont longues, rai- des, longuement aiguës. La tige ainsi que les ramifications sont noueuses. L'aspect

glaucescent bleuâtre de toute la plante rappelle le D. Hedwigii, dont il a con- servé les fleurs.

Dianthus barbato-superbus.

Cette plante, issue du Dianthus barba- tus et du D. superbus, est intermédiaire

entre ces deux espèces; ses tiges, plus

ramifiées, sont plus dressées; les fleurs sont très-largement fimbriées. Elle est subvivace.

Dianthus Hedwigi barbatus.

Obtenus en fécondant le Dianthus Hedwigi par le D. barbatus, ces hybri- des sont tout à fait intermédiaires entre les deux parents; leurs fleurs, un peu plus petites que celles du D. Hedwigü, sont plus grandes que celles du D. bar-. batus. Quelques pieds sont à fleurs . doubles.

Spiræa Billiardir.

Provenant de la fécondation du Spiræaæ salicifolia et du S. Douglasü, le S. Bil- liardii est intermédiaire entre ces deux espèces ; ses feuilles, un peu plus longues et plus acuminées que celles du $S. Dou- glasii, ne sont pas glauques comme celles de ce dernier ; l’inflorescence est intermédiaire; les fleurs sont d’un beau rose foncé.

Papaver hybridum Meldense.

Cette plante, très-curieuse, est issue du Papaver bracteatum fécondé par une variété à fleurs doubles du P. rhœas; elle est haine, très-rameuse; ses feuilles

rappellent celles du P. rhœas, un peu

plus fortes toutefois ; ses boutons rappel- lent ceux des Coquelicots; ses fleurs, un peu plus grandes que celles de ce der- nier, sont moins grandes que celles du P. bracteatum dont elles ont l'aspect général. Papaver somniferum bracteatum.

Rien de plus curieux que la série de plantes que nous comprenons sous ce nom; elles proviennent du Papaver som- niferum fécondé par du pollen pris sur des hybrides issues de la fécondation du P, bracteatum par le P. sommiferum. Aussi tous les individus résultant de cette deuxième fécondation étaient-ils à peu près stériles. Le caractère de faciès do- minant était celui du Papaver somnife- rum; néanmoins on pouvait partager

à pe Hi

24 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

toutes ces plantes en deux groupes : l’un contenait celles dont le faciés rappelait le P. somniferum, mais avec cette diffé- rence que les tiges, au lieu d’être ra- mifiées comme chez ce dernier, étaient simples et uniflores. Il partait du collet de ces plantes des bourgeons qui sem- blaient faire présager qu’elles seraient vivaces. Les plantes de l’autre groupe, beaucoup moins nombreuses, sem- blaient, par leur aspect général, se rap- procher davantage du Papaver bractea- tum ; leur ovaire, au lieu d’être renflé etrond comme chez les précédents, était três-atténué à la base, qui se confondait avec le pédoncule; les ramifications, au lieu de partir du pied, sortaient de la tige, de sorte que, sous ce rapport, il y avait renversement des caractères.

_Le fait le plus curieux dans cette circonstance, c’est d’abord que tous ces individus, bien que provenant de graines d’une plante annuelle, paraissaient être vivaces; de plus ils étaient rustiques. Ainsi, malgré un hiver rigoureux (celui de 1863-64), ils n’ont aucunement sout- fert, tandis qu'à côté des plantes pro- venant de diverses variétés du P. som- niferum, placées dans les mêmes condi-

tions, ont élé complétement détruites.

Gesneria Donkelariana.

Cette plante, issue par fécondation artificielle du Gesneria discolor et du Gloxinia caulescens, a tous les carac- tres extérieurs du Gesneria discolor; seulement ses fleurs sont plus gran- des. Mais cet hybride, ainsi que les deux suivants, dont l’origine est la même, présente dans sa végétation la particu- arité suivante : lorsqu'on le muliplie par boutures de feuilles, ces boutures produisent des bulbilles; mais ces der- nières, bien qu’elles ne produisent jamais de parties foliacées, n’en continuent pas moins à végéter ; elles acquièrent même, avec les années, d’assez grandes dimen- sions.

Gesneria Miellezii.

Issu, comme le précédent, du Gesne- neria discolor et du Gloxinia caulescens, le G. Miellezi est beaucoup plus rappro- ché du Gloxinia que du Gesneria: ses Îleurs sont plus petites que celles de ce dernier ; mais, au lieu d’être penchées, elles sont droites.

Gesneria pyramidalis.

De même que les deux précédents, celui-ci est issu de la fécondation artifi- cielle du Gesneria discolor et du Gloxi- nia caulescens ; son port rappelle un peu le G. Miellezii, mais ses fleurs sont sem- blables à celles des Gloxinias; elles sont aussi plus ou moins penchées.

Nous ferons remarquer que, lorsqu’on s’y prend à temps, on peut croiser entre elles presque toutes les plantes du groupe des Gesnériacées; aussi n'est-il pour ainsi dire plus possible d’assigner des caractères solides à aucun des genres qu'il renferme, et presque tous, aujour- d’hui, ont des caractères communs.

Du pollen et de sa conservation.

Le pollen pouvant conserver ses facul- tés fécondatrices pendant un temps plus ou moins long, une année et même plus (note 22), on peut facilement le transporter à d'assez grandes distances.

Pour conserver le pollen ondoit le re- cueillir par un temps sec et lorsqu'il est dans de bonnes conditions de dévelop- pement, c’est-à-dire lorsque les anthères commencent à s'ouvrir ; puis l’envelop- per dans un peu de papier de soie qu’on renferme dans une petite boîte de car- ton. Si l’on doit s’en servir au bout de peu de temps il suffit de placer cette boîte dans un lieu sec, à l'abri du soleil, et, autant que possible, d’une trés-forte chaleur. Si, au contraire, on veut conser- ver le pollen pendant longtemps, le faire voyager, par exemple, il faut, avant de le renfermer, le laisser ressuyer entre deux papiers; puis, lorsqu'il est bien sec et arrangé comme ïil vient d'être dit, renfermer le tout dans une petite boîte en carton qu’on place dans une boîte en bois.

Quelle que soit la nature de l’enve-

Zloppe dont on s’est servi pour conserver PP

le pollen, on doit toujours le préserver avec le plus grand soin de l'humidité. Il faut aussi éviter de faire usage de boîtes métalliques; elles ont l'inconvénient de s’échauffer fortement, de sorte qu’elles pourraient faire subir au pollen une sorte de fermentation qui lui enlèverait, plus ou moins, ses propriétés fécon- dantes. La fermentation, toutes choses

égales d’ailleurs, est d'autant plus dan-

gereusequ'elle s’éxerce dans un endroit plus hermétiquement fermé; dans ce:

DANS LES VÉGÉTAUX. 95

<as il y a bientôt non-seulement altéra- tion, mais pourriture. Les corps poreux, tels que le papier, le carton et le bois, sont donc ce qui convient le mieux pour conserver le pollen. | Lorsqu'on n’a en vue que d’obtenir des variétés, sans tenir plutôt à tel ca- ractère qu’à tel autre, au lieu de prati- quer la fécondation, on peut se borner à rapprocher l’une de l’autre les plantes qui, avec des caractères organiques " semblables, mais différentes soit par le port ou faciès, soit par la grandeur, par la forme ou par la couleur des fleurs, fleurissentnéanmoins à la même époque. Dans ce cas ce sont les insectes qui, en allant butiner dans les fleurs, font toute la besogne ; en emportant du pollen d’une fleur, qu’ilslaissent tomber Sur le stigmate d’une autre, il résulte des mélanges, et, comme conséquence, des variétés qui ne se produiraient pas Si les plantes étaient placées à. de grandes distances les unes des autres. La plupart, Soit des hybrides, soit des variétés du commerce, n’ont pas d'autre origine.

- Tout ce qu'il y a d’essentiel en ce qui concerne la fécondation artificielle, tous les soins qu’on doit avoir et toutes les précautions qu’on doit apporter pour assurer le succès de cette opération ayantété décrits, il reste à en faire l’ap- plication, ce qui, on doit lecomprendre, n'est plus qu'une question de combi- naisons, dont les principes, qui sont re- latifs, doivent varier suivant les condi- tions dans lesquelles on se trouve placé, Suivant la nature des plantes sur les- quelles on opère, et,surtout aussi, sui-

vant le but qu’on se propose d'atteindre.

Nous allons donc, mais seulement pour mémoire, pour ainsi dire, en indiquer Quelques exemples, en les basant toute- fois surune hypothèse, ce qui, danscette Girconstance, est biensuffisant, puisqu'il ne s’agit que d'indiquer la marche à suivre.

Ainsi, supposons qu’on possède deux variétés d’une plante à fleurs hermaphro- dites, et qu’on désire, soit obtenir des intermédiaires entre elles, soit faire do- miner tel ou tel caractère particulier à lune d’elles; voici comment on doit procéder. C’est une affaire toute pra- que.

Au lieu de laisser leurs fleurs se fé- Conder par elles-mêmes, on enlève,

avant l’anthère, les étamines des fleurs qu'on destine à devenir mères; puis, lorsque leur stigmate est bien développé, on apporte et l’on dépose à sa surface du pollen qu’on a pris sur les fleurs de l'autre plante.

Si par hasard les deux plantes qu’on veut féconder ne fleurissaient pas à la même époque, 1l faudrait, lorsque s’épa- nouiraient les. fleurs de celle qui doit servir de père, en recueillir le pollen et le conserver jusqu’à l’époque l’on en aurait besoin.

Si, entre les plantes qu’on veut fécon- der, il y avait, lors de la floraison, quel- que obstacle matériel qui s’opposât à leur rapprochement, on devrait tâcher de le faire disparaître. Ainsi il est un certainf nombre de végétaux dans nos cultures, soit par la disposition des organes, soit par toute autre cause, qui ne peuvent se féconder d'eux-mêmes et pour lesquels il faut opérer la fécondation artificielle; telle est, par exemple, la Vanille, ainsi qu'à peu près toutes les espèces d’Or- chidées. |

Si l’on avait affaire à des plantes monoïques, et que leurs fleurs, uni- sexuelles, fussent trop éloignées les unes des autres pour qu’il y ait contact des organes fécondateurs, il faudrait inter- venir, et, au moment propice, appliquer du pollen des fleurs mâles sur le stig- mate des fleurs femelles; et, dans le cas encore les combinaisons exigeraient l'emploi de pollen étranger à la plante, il faudrait supprimer toutes les fleurs mâles, ou du moinsleurs étamines, avant leur complet développement: S'il s’agis- sait de plantes dioïques, on prendrait les mêmes précautions ; on apporterait, puis on déposerait sur le stigmate des fleurs femelles du pollen qu'on aurait recueilli sur les individus mâles, en te- nant compie des caractères que l’on veut propager.

Nous ne nousétendrons pas davantage sur ce sujet, les combinaisons qu’il com- porte pouvant varier à l'infini, et pouvant aussi porter sur les diverses parties des plantes. |

De tout ce qui précède il résulte que, lorsqu'il s’agit d'obtenir des variétés, le succès dépend principalement du choix dessujets porte-graines, choix qui, étant lié au but qu’on se propose d'atteindre, ne peut être indiqué, ni même prévu.

6

PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

dans un cas, l’on voudra faire dominer tel coloris, telle forme, etc.; dansun autre cas ce sera l'inverse, Parfois on portera son attention sur les dimensions des fleurs, d’autres fois ce sera sur celles des

plantes qu’on voudra agir; parfois en-

core on cherchera, soit des variétés hà- tives, soit des variétés tardives, soit des variétés naines, grandes, élancées, PY- ramidales, buissonneuses, etc. Dans toutes ces circonstances on devra, pour obtenir ces différents résultats, combi- ner les opérations et les baser sur les principes que nous avons précédemment indiqués, en tenant compte aussi de ce que nous disons plus loin relativement à l'influence des sexes.

Les variétés obtenues à l’aide de la fécondation artificielle sont excessive- ment nombreuses. Nous n’en citerons qu'un petit nombre des plus remarqua- bles, dont nous avons fait connaître ci- dessus les particularités. Nous allons seulement indiquer lesnoms des plantes.

VARIÉTÉS OBTENUES À L'AIDE DE LA FÉCONDATION ARTIFICIELLE. Amaryllis formosissima hybrida:

Amaryllis Meldensis; CCrinum Meldense ; Anemone Japonica hybrida ; { Anemone elegans ; Begonia discolor variegata ; splendida ; Dregei variegata;

Catleya Dominiana ;

Dianthus Hedwigii barbatus ;

hybridus Quetierti ;

barbalo-superbus ; Gesneria Donkelariana ;

Miellez;

pyramidalis ;

Magnolia Soulangeana;

Papaver hybridum Meldense;

somniferum hybridum; Rhododendron Princesse royale ; Spirœa Billiardii. ,

En pratiquant avec soin et avec dis- cernement la fécondation artificielle, on peut non-seulement modifier les formes, les couleurs, les dimensions, soit des fleurs, soit des feuilles, soit même des plantes tout entières; on peut encore, à l'aide de combinaisons particulières, modifier leurs propriétés, changer plus ou moins le tempérament des indivi- dus. Pour atteindre ce dernier résul.

tat il faut, toujours en se fondant sur. les principes généraux indiqués précé- demment, lorsqu'on possède une variété qui présente des qualités particulières qu'on tient à propager, mais qui offre aussi quelque inconvénient qu’on veut éviter, opérer en conséquence. S'agit-il, par exemple, d’une plante qui est belle, mais qui est sensible au froid? Dans ce cas 1l faut la féconder avec une antre dont les caractères généraux organiques ne soient pas contraires à ceux qu’on recherche, et qui en même temps est plus rustique. On en verra desexemples plus loin.

Lorsqu'on a affaire à des plantes dont les fleurs sont trop rapprochées les unes des autres pour qu’on puisse opérer facilement, on doit en abattre un certain nombre et ne conserver que celles qu’on veut féconder; par la même raison, si les fleurs sont disposées en grappes, en panicules, en corymbes, ete., on peut enlever toutes celles qui vien- draient gêner le travail, en ayant soin de conserver celles qui sont bien cons- tituées, dont le pédoncule, gros et bien nourri, atteste qu’il y a de la vigueur. S'il s’agit d’un grand arbre ou d’une plante dont le développement ne per- met pas de féconder toutes les fleurs, on choisit une ou plusieursbranches, selon leur force, et même, si celles-ci portent trop de fleurs, on en supprime un certain nombre, ainsi qu’il a été dit plus haut.

Pour rendre l’opération plus sûre on peut envelopper d’une gaze fine les fleurs qui sont préparées pour la fécon- dation, de manière à ce qu’elles ne puissent recevoir d’autre pollen que celui qu’on a décidé d’y mettre.

OBSERVATION AU SUJET DE L'INFLUENCE DES SEXES DANS L’ACTE DE LA FÉCON- DATION.

Y a-t-il dans la fécondation des êtres un sexe qui, par son influence, tend à l'emporter sur l’autre sexe ?

Bien que cette question touche aux plus hautes considérations physiologi- ques, et que, par conséquent, on ne doive l’aborder qu'avec une très-grande ré- serve, nous croyons cependant, à cause de l'intérêt qu’elle peut présenter, de- voir en parler et hasarder quelques hy- pothèses à ce sujet. Disons d’abord que,

_ DANS LES VÉGÉTAUX. : 27

considéré d’une manière générale, cha- cun des sexes parait avoir une même puissance relative; néanmoins, des ob-

servations attentives semblent démon-

trer que l'influence de chacun des sexes,

dans quelques cas du moins, s'exerce dif-

féremment, que l’un porte plutôt sur

certaines parties que sur certaines au-

tres; la pratique paraît même parvenue, dans une certaine mesure, à reconnaitre quelle est, en général, l'influence que chacun d’eux exerce.

D'après lesremarques auxquelles nous venons de faire allusion, on pourrait presque poser comme principe que, dans l'acte de la génération, la forme et la couleur du père, c’est-à-dire tous les caractères externes, y compris ceux des fleurs, tendent à l’emporter, tandis que la mère tend à dominer organiquement, c’est-à-dire en ce qui touche à la rusti- cité, à la vigueur, en un mot en tout ce qui constitue le tempérament.

Ce sont évidemment des données générales qui pourront présenter denom- breuses exceptions; néanmoins, les quel- ques .résultats qu'on a déjà obtenus méritent d’être pris en considération. Mais, en admettant ce fait, quelle con- séquence devrait-on en tirer, et surtout qu'en devrait-on conclure? Ceci : que, lorsqu'on voudrait obtenir des plantes rustiques on devrait prendre pour mères celles qui présentent ce caractère, et pour pères, d'autresqui, bien que parfois

“moins rustiques, présentent, par leur

caractère extérieur, des qualités que l'on recherche, par exemple une belle forme, un*beau port, de belles et grandes fleurs de telle couleur ou de telle autre, suivant le but qu’on se propose d'atteindre. Peut-être pourrait- on, en se basant sur des principes ana- logues,lorsqu'ils’agit de fruits, obtenir des variétés quiprésenteraient des qua- lités pour ainsi dire prévues (note 25). Bien que ceci ne soit qu’une hypo- thèse, elle ne nous paraît pas tellement dépourvue de probabilité qu'elle ne doive attirer l'attention des horticul- teurs. Nous la signalons en passant. Voici du reste quelques exemples qui viennent à l'appui de notre dire et qui semblent démontrer l'influence difié-

rente des sexes sur les diverses parties

des végétaux. | Parmi les Rhododendrons on distin-

gue, horticolement parlant, deux séries de plantes, provenant, l’une d’Angle- terre, l’autre de Belgique. Les plantes qui appartiennent à la première série sont rustiques ; celles de la deuxième

_gêlent parfois. Gette différence vient de ce

que, dans le premier cas, onapris-pour mère une plante extrêmement rustique, le R. Calesbæi, et que, pour père, on a pris, parmi les variétés de R. arboreum, celles qui étaient les plus belles et les plus remarquables, soit par le coloris, soit par les formes, soit parles dimensions des fleurs. On a obtenu de ces fécondations de très-belles plantes, tenant du R. Ca- tesbæi par la rusticité et des R. arbo- reum par les fleurs.

Pour créer la deuxième série, celle de Belgique, on a pris pour mère le R. Ponticum (espèce qui gèle parfois, soit en tout, soit seulement en partie), et pour père on a pris, comme dans le cas précédent, des variétés de R. arbo- reum. On a obtenu de ce croisement des plantestrès-variéeset très-méritantes par la beauté, la forme et le coloris des fleurs; mais ces plantes sont beaucoup plus sensibles au froid que celles de la série anglaise; elles tiennent de leur mére, le R. Ponticum, dont elles ont même un peu l'aspect (note 24).

Les Glaïeuls d’une part, les Amaryllis de l’autre, nous montrent des résultats analogues à ceux qui viennent d’être rap- portés. Ainsi, quant aux Glaïeuls de la série dite SoucueT, les expériences fu- rent commencées vers 1844 (note 25). Cette fois on prit pour mère une plante rustique, le Gladiolus Gandavensis, qui, fécondé par les hybrides de Gladiolus cardinalis, ramosus, floribundus, etc., produisit, entre autres, de ce premier semis, qaatre plantes regardées comme méritantes, ce sont Madame Blouet, Madame Gouder, Monsieur Georgeon et Mademoiselle Fanny Rouget. La pre- mire de ces plantes fleurit en 1847; les trois autres fleurirent en 4848. Ces di- verses variétés, qui tenaient de leur mére par le tempérament, c’est-à-dire par la rusticité, fécondées à leur tour par les Gr. blandus, cardinalis, floribun- dus, etc.,et, quelquefois entre elles, pro- duisirent des plantes qui présentaient les coloris et les formes les plus diverses, : tout en ayant conservé la rusticité. Ce mode de procéder fut suivi avec soin

28 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

pendant cinq à six ans; après quoi les modifications étaient telles qu'il a suffi de récolter des graines sur les va- riétés les plus méritantes pour obtenir des plantes très-remarquables. En effet, on trouve aujourd’hui, parmiles variétés qui sortent de ces semis naturels, pres- que toutes les formes et les couleurs de fleurs possibles. Dans cette circons- tance encore l'influence des sexes peut se constater, et l’on remarque que beau- coup de variétés ont conservé les ca- ractères généraux des types qui, primiti- vement ont servi de pères, mais avec cette différence toutefois qu’au lieu d’être délicates, grêles et élancées, ce sont, en général du moins, des plantes vigoureuses, trapues et assez rustiques; sous ce dernier rapport elles tiennent de leur mère, le Gladiolus Gandavensis.

Quand aux Amaryllis, on a pris pour mère l'A. viltata, plante assez rustique, mais à fleurs petites et étroitement tu- bulées, plus ou moins rosées et présen- tant des stries ou bandelettes blanches (vittata); l'ayant fécondéeavec du pollen sec, c’est-à-dire avec du pollen conservé depuisun an de l’Amaryllis pulverulenta, espèce vigoureuse, mais sensible aux froids, à fleurs grandes, bien ouvertes et d’un beau rouge, on obtint, des graines provenant de cette première fécondation, des plantes en général rustiques et vi- goureuses comme leur mère, qui don- nérent, les unes des fleurs à peu près blanches, les autres des fleurs rouges, généralement grandes et bien ouvertes, comme celles du pére.

Dans une deuxième expérience, l'on avait également pris pour mère l’'Amaryllis vittata, que l’on féconda en- core avec du pollen des À. pulverulenta et Brasihensis (deux plantes à fleurs rouges qui ne sont que des formes d’un même type), mais, cette fois, avec du pollen fraïchement récolté, on obtint une très-grande quantité de plantes à fleurs rouges comme celles du père; quelques autres seulement étaient à fleurs à peu près blanches.

Une troisième expérience, ayant été faite avec des graines provenant de ces diverses variétés fécondées entre elles, produisit des plantes rustiques comme la mère primitive, l’Amaryllis vittata, bien qu’en général elles fussent plus vi- goureusesque cette dernière. Les fleurs,

de formes et de couleurs variées, étaient aussi beaucoup plus grandes. Ici encore l'influence des sexes s'était fait sentir.

Un autre exemple qui semble démon-| trer encore que l'influence des sexes | dans la fécondation est sensible, et que, ! sous ce rapport, le mâle influe plus par- üculiérement sur le faciès des plantes, sur les couleurs et sur les formes des fleurs, tandis que la femelle influe plus particulièrement sur le tempérament, nous est fourni par les Rosiers dits hy- brides remontants. En effet ceux-ci, qui ont eu pour mère les Rosiers dits Indiens (Thés, Bengales, etc.), qui sont remon- tants, mais sujets à geler, et, pour père, les Rosiers Provins, qui sont rustiques, mais qui ne remontent pas, ont produit des plantes dont le facies général est celui des Provins, et dont les fleurs pre- sentent les formes et les couleurs les plus variées, et qui, pour la plupart, re- montent comme leur mère, mais qui, cependant, gèlent parfois, qualité qu'ils tiennent de cette dernière (note 96). L'autre exemple de l'influence des diffé-. rents sexesnous est fourni parle genre Gynerium ; mais, comme il ne présente encore aucun individu rustique, il est donc dépourvu d'influence sous ce rap- port; mais il en est tout autrement au sujet de la couleur des fleurs ; le fait est d'autant plus facile ‘à constater que les plantes sont dioiques et que les indi- vidus mâles que nous avons pu observer sont à fleur rose violacé, ou mieux d’un gris roux, plus ou moins poudreux ; aussi tous ceux qui proviennent de semis ont-ils, pour la plupart, des fleurs de cette même couleur, plus ou moins fon- cée', la couleur blanche est très-rare; c’est une exception.

Sans rien préjuger, eten s'appuyant sur les divers faits qui précèdent, on peut en conclure que, dans certains cas, on pourrait, par le fait de la fécondation ar- tificielle, arriver, sinon à changer les types, du moins à les modifier sensible- ment dansleur descendance, de manière à les approprier à certains besoins par- ticuliers en faisant développer telle ou telle particularité (note27). En effet, en poussant assez loin les expériences, on peut affaiblir tellement la force d’ata- visme que les individus qui naissent de ces croisements ont des caractères as- sez forts pour rester permanents et

DANS LES VÉGÉTAUX. 99

constituer une race particulière, qui pourrait se conserver pour ainsi dire indéfiniment (note 28).

Nous aurions pu, aux divers exemples que nous avons cités pour démontrer l'influence particulière des sexes sur les diverses parties des êtres qui résultent des hybridations, en ajouter un grand nombre d’autres, rappeler les exemples si remarquables que nous avons eïtés du Crinum Meldense, des Pavots,des Dian- thus, etc.; mais ce serait accumuler les preuves sans ajouter à la valeur de la théorie que nous émettons, théorie qui, nous le répétons, pourra présenter de nombreuses exceptions, sans toutefois perdre sa valeur, sans cesser de pouvoir être prise comme guide.

Quelques mots sur l'emploi du Pollen.

En terminant sur la fécondation arti- ficielle, nous croyons devoir rappeler, relativement au pollen, qu’il ne faut pas l'employer lorsqu'il est humide, qu'il faut non-seulement qu'il soit sec, mais encore qu’il soit bien arrivé à son

oint de développement. Il est donc bon, orsqu’on se sert d’étamines dont les an- thères ne font que commencer à s’ouvrir, deles laisser pendant quelque temps ex- posées à une chaleur sèche, de manière à ce que le pollen, devenu bien pulvéru- lent, s'échappe avec plus de facilité et Que son énergie soit augmentée. On de- vra agir à peu près de même lorsqu'on se servira de pollen conservé; dans ce cas, en effet, un peu de chaleur sèche, un rayon de soleil surtout, en reléverait la puissance fécondante, parfois un peu engourdie par le temps. On a cru re- Marquer aussi que, lorsqu'on prend des étamines placées à l’intérieur de fleurs Presque pleines, qui, par conséquent, n'ont pu être suffisamment insolées, il y a avantage à les exposer à une chaleur Solaire douce avant de s’en servir. Dans toutes ces circonstances on doit éviter l’action desséchante de l'air et surtout du vent.

_ OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA FÉCONDATION,

Il y a quelques genres de plantes chez lesquellesla fécondation présente certai- nes particularités qu’il est difficile d’ex- Pliquer, et qui semblent ne pas concor-

der avec les principes généraux que nous avons posés. Ces genres appartiennent au grand groupe désigné par le nom d’'Amentacées. Nous en citerons deux exemples, pris parmi des plantes con- nues à peu près de tout le monde; ils portent sur les Noyers et sur les Noise: tiers. Chez ces plantes, en effet, chez les dernières surtout, les fleurs mâles, ou chatons, s’ouvrent souvent bien long- temps avant qu’on ne voie de fleurs femelles, c’est-à-dire d’ovules ; ceux-ci n'apparaissent que longtemps après que les fleurs mâles sont tombées !.

Comment donc se fait-il que dans des conditions en apparence si désavan- tageuses, ces ovules puissent être fé- condés? Pour expliquer ce fait on a dit que le pollen, lorsqu'il s’échappe des anthères, tombe il y a des ovules et qu'il s’y conserve jusqu’au moment les ovules sont aptes à être fécondés. Si ce fait est vrai, ce que nous ne nions pas, il démontre, ainsi que nous l'avons dit (note 22), qu'il y a des pollens de bien des natures, et de plus qu’il en est même dont les facultés fécondatrices se conservent lorsqu'ils sont exposés à l’air, ils semblent avoir besoin de subir une sorte d’incubation.

Ce que nous avons dit des Noyers et surtout des Noisetiers, nous pourrions

le dire de certaines espèces de Comiféres.

REMARQUES A PROPOS DES CROI- SEMENTS.

L'expérience a démontré qu’il arrive fré- quemment que, chez deux plantes qu’on soumet à la fécondation , la puissance fécondante est diverse, c’est-à-dire que, sous ce rapport, il ne paraît pas y avoir entre elles une complète réciprocité. Pour nous faire comprendre, et si nous représentons ces deux plantes par A et B, nous dirons qu’il pourra arriver que À ne puisse féconder B, tandis qu’au con- traire B pourra très-bien féconder A, et vice versd, On devra donc, toutes les fois qu’on ne réussira pas d’une maniére, essayer l’autre. |

Rappelons aussi que beaucoup de

1 L'année dernière (1864), nous avons observé certains pieds de Noisetier qui étaient en fleurs dès la fin de décembre, tandis que les ovules. (fleurs femelles) n’ont été visibles et ne nous ont paru être aptes à la fécondation que plusieurs mois plus tard, c’est-à-dire en mars. Cependant ces Noisetiers ont donné des fruits qui, semés, ont très-bien germé.

2

D CR

30 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

fleurs, bien qu'ayant les deux sortes d’or- ganes sexuels parfaitement conformés, ne se fécondent pas et restent stériles; cela vient souvent de ce que les diffé- rentsorganes nesont pas aptes en même temps à remplir leur importante fonc- tion. En général l'organe mâle est plus tôt disposé que l'organe femelle, mais presque toujours aussi cette dis- position ne dure que très-peu de temps, de sorte que, si l’on ne saisit pas ce temps favorable, il n’y a point de fécon- dation'. Une plante qu’à peu près tout le monde connaît, le Cobæa, nous en fournit une preuve manifeste; chez eelle-ci les anthères sont déjà vides, lorsque le stigmate devient apte à Ja fécondation ; aussi n’en obtient-on que très-rarement des graines lorsqu'on abandonne les choses à elles-mêmes; si, au contraire, lorsquelestigmate est dans de bonnes conditions, on prend du pollen sur des fleurs quine font que commencer à s'ouvrir, onpeut être à peu près assuré d’avoir des fruits, puis de bonnes graines.

L'inégalité de développement dans les organessexuels du Cobæa est presque tou- jours déterminée par une température trop élevée ; aussi, lorsque cette dernière s’abaisse jusqu’à un certain degré, le dé- veloppement de l'organe mâle se trouve ralenti, de sorte qu'il arrive à propos pour féconder organe femelle. C’est ce

fait qui explique comment, à une cer- | taine époque de l'été, presque toutes les | fleurs deCobæa nouent, et pourquoi en- | core ces plantes sont abondamment char- | gées de fruits non mûrs lorsquearrivent | les premières gelées. Une température de 46 à 20 degrés environ, pendant une

période de quelques jours, est très-fa-

vorable à la fécondation des fleurs des Cobæa; dans ces conditions, en effet, le développement des organes mâles et fe- melles a lieu très-régulièrement, de sorte qu’ils arrivent à propos pour se fécon- der. Lorsqu’au contraire la température est inférieure à 46 degrés pendant plu- sieurs jours, le développement des deux

sortes d'organes sexuels ne fait pas

régulièrement; l'un est. prêt lorsque l’autre ne l’est pas encore.

1 Le lierre commun nous fournit un exemple de cette durée plus qu'éphèmère; chez cette plante, en ef- fet, à peine les anthères sont-elles ouvertes qu'elles sont déjà sèchesou cornées, ridées; aussi est-il très- difficile d’en recueillir le pollen.

Ainsi qu’on le voit, une température trop élevée ou trop basse est nuisible à la fécondation des Cobæa, et dans l’un comme dans l’autre cas cette dernière wa pas lieu si l’on wintervient pour rapprocher les organes sexuels lorsqu'ils sont arrivés au point convenable de développement; et dans ce cas ce ne sont jamais les organes d’une même fleur qui concourent à la fécondation, mais ceux de fleurs différentes. Ici la fécondation, bien que naturelle, est donc indirecte (Voir page 19).

Mais, d’une autre part, nous devons faire observer que toutes les plantes ne se fécondent pas dans les mêmes condi- tions; sous ce rapport on peut même croire, puisque chacune a son tempé- ramentparticulier, qu’il doit yavoir pour elle des conditions spéciales elle de- vient plus apte à être fécondée. Ge sont ces conditions, sans aucun doute variées à l'infini, qu'il serait très-important de pouvoir déterminer. Mais, de ce côté, il faut en convenir, on n’a encore fait que bien peu d'expériences; c’est à peine si l’on y a pensé.

Le rôle que joue la température dans la fécondation des plantes est très-im- portant; c’est à ce point que, dans cer- tains cas, la température peut modifier tellement le développement des organes sexuels qu’elle peut même changer du tout au tout le moment ils sont aptes à la fécondation ; par exemple, elle peut faire que, d'antéflorale, la fécondation , devienne postflorale; c’est le cas pour ! les Petunias. Pour ceux-ci, si, lorsqu'ils fleurissent, la température se maintient très-élevée pendant un certain nombre de jours la fécondation est antéflo- rale; elle se fait au contraire presque en même temps qu'a lieu l’épanouisse- ment des fleurs si la température est moinsélevée. Enfin, sila température est ! basse, la fécondation n’a souvent lieu que | plusieurs jours après que les fleurs sont | épanouies. Il en est de même pour le} Bouillon blanc, pour les Mufhers, les’ Pentsiemon, etc. (note .29). |

On doit comprendre que les condi- tions de climat, et surtout de milieu, peuvent dans certains cas apporter des . modifications aux faits que nous venons de citer; nous ne les donnons pas du reste comme absolus, mais comme des renseignements dont on devra tenir

ss

DANS LES VÉGÉTAUX. 31

compte lorsqu'on pratiquera la fécon- dation artificielle.

Observations générales relatives aux semis considérés au poiñt de vue de la production des variétés. Particula- rités.

, Ainsi qu'on a pu le voir dans tout ce qui précède, un des points les plus im- portants relativementaux semis consiste dans un choix judicieux des porte- graines; on doit donc apporter à ce choix une attention toute particulière. On doit encore, ainsi que nous l'avons déjà dit, lorsque les individus choisis appartiennent à des espèces qui s’hy- brident facilement, les éloigner de tous ceux avec lesquels ils pourraientjouer, ce qui nest, pas toujours facile à pré- voir (note 30). Il est certaines espèces qu’il suffit de rapprocher les unes des autres pour qu’elles se fécondent réci- proquement et que les graines qui en résultent donnent des individus plus ou moins différents de ceux dont ils sor- tent. C’est une propriété qu'on met Souvent à profit lorsqu'on veut obtenir des variétés sans avoir recours à la fé-

\ Condation artificielle. "On remarque

|'tusei que, en général, les plantes de

“, vigueur moyenne sont celles qui con-

servent le mieux leurs caractères

I ne faut pas oublier non plus que, le point de départ de toute variété étant ordinairement en dehors de nos prévi- sions comme de notre influence, il faut avoir soin de visiter souvent les semis afin de voir si parmi les jeunes plantes il n’y en à pas quelques-unes qui, à certains points de vue, pourraient pré- senter quelques avantages, ét, dans le cas il s’en trouverait, on devrait les marquer pour en récolter les graines à part, et même, lorsque la chose est possible, on devra les éloigner, afin de les soustraire à l’inflüence de leurs voi- sines, si toutefois cela était néces- saire.

C’est en agissant ainsi qu'on est par-

. venu à créer une multitude de races renfermant elles-mêmes des sous-races _ trés-constantes dans leur reproduction.

Cependant, comme tout à des limites, et qu’un type quelconque ne peut s’amé- liorer indéfiniment, il faut, dans tous les choix, savoir s'arrêter à temps, et ne pas continuer à chercher il n’y a

plus rien à obtenir, Ici l'observation seule peut servir de guide. Ainsi, on re- marque parfois dans une espèce quel- conque que certaine variété, quoique trés-méritante, ne doit plus être prise comme porte-graines ni même comme mère à bouture (note 32) parce qu’elle ne donne plus rien de bon; elle semble épuisée. 11 faut alors, pour obtenir de nouvelles variétés, prendre des graines sur des plantes qui proviennent d’eile, bien que parfois ces plantes paraissent moins belles (note 33), à moins toute- fois, lorsque la chose est possible, qu’on ait recours à’hybridation, et qu’à l’aide d’un pollen étranger on cherche de nouveau à apporter une perturbation dans son organisme.

Faisons encore observer que, dans les espèces les variétés sont nom- breuses, on remarque fréquemment chez certaines d’entre elles unetendance à s’affaiblir, à pousser moins ou à de venir sujettes à des maladies particu- lières qui en rendent la culture très-dif- ficile, parfois presque impossible.

Lorsque ce fait se présente, il ne faut pass’obstiner à conserver ces variétés ; ce qu’il y a alors de mieux à faire, c’est de les abandonner; on peut dire qu’elles sont wsées. C'est un fait que la scienec théorique nie, mais que l'observation et Fexpérience démontrent comme rigou- reusement vrai. Nous pourrions en ci- ter de nombreux exemples, nous en in- diquerons seulement deux. Îls portent sur les variétés de Pélargoniums connues sous le nom de Reine des Fantaisies et de Reine Hortense (note 32).

Le Pélargonium Reine des Fantaisies a les fleurs grandes, un peu irrégulières ; les deux pétales supérieurs sont d’un rose foncé, violacé ou lilas ;les pétales inférieurs, plus petits, n’ont du violet qu’à la partie supérieure ; la partie in- férieure est blanche. Aujourd’hui, ces fleurs n’ont plus de violet qu’au som- met, de plus elles sont plus petites et régulières. Le Pélargonium Reine Hor- lense a les fleurs régulières, d’un beau rouge foncé velouté au centre; les péta- les, entiers, arrondis, ont, comme on

| dit, une bonne forme; ils ont l'onglet

strié, velouté. Cette plante, qui date d'environ dix ans, présentait dès 1862 des traces de dégénérescence; ainsi, on remarquait sur certaines ramifications, des fleurs dont les pétales, au nombre

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SERRE RARE CE 4

32 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

de 6, étaient irréguliérement laciniés, (déchiquetés comme l’on dit vulgaire- ment) ; les fleurs beaucoup plus petites qu’à l’état normal,étaient aussi dispo-

sées en bouquets plus compactes; les:

sépales, au lieu d’être au nombre de 5, étaient au nombre de 6, comme les pétales des fleurs dégénérées.

Il y a aussi des plantes dont l’épuise- ment ne se traduit que par une dimi- nution dans la vigueur et tout particu- lièrement dans la dimension des fleurs ; telles sont certaines variétés de Geanotus azureus; ainsi, on en voit qui, après avoir eu des grandes fleurs pendant quelques années, n’en donnent plus que de très-petites, et cela quoi qu'on fasse et quel que soit aussi le soin qu’on donne aux plantes.

Lorsque des faits de dégénérescence ou d’épuisement comme ceux dont nous venons de parler, se montrent, ce qui arrive assez fréquemment chez quelques espèces dont la culture a dépassé certai- nes limites, telles que les ülaïeuls, les Balsamines, les Reines-Marguerites, les Verveines, les Phlox, etc., on doit faire des semis de graines de ces plantes,” et

rechercher parmi les individus qui en

sortent s’il y en a qui présentent quel- que intérêt, et, s’il s’en trouve, on doit les prendre pour créer de nouvelles races. Parfois même les plantes dégé- nérées et qui présentent tout à coup des caractères insolites peuvent devenir le type de ces séries.

Amélioration des plantes prises à l’état dit sauvage.

Lorqu’on désire améliorer une plante qu’on a prise à l’état sauvage, on doit d'abord la mettre dans un milieu qui surexcite sa végétation et modifie sa

nature; puisrécolter des graines sur les

fleurs qui présentent déjà un peu les caractères qu’on recherche, s’il y en a; dans le cas contraire on les récolte sur les fleurs qui présentent le plus beau développement.

Si on voulait arriver promptement à l'amélioration de ces types sauvages, on se trouverait bien de les soumettre à l’hybridation, c’est-à-dire de pratiquer sur eux la fécondation artificielle, ou du moins de rapprocher ces types sauvages de certains types cultivés avec lesquels ils ont de l’analogie.

Encore un mot au sujet des porte-graines.

Les soins généraux qu’on doit accor- der aux porte-graines sont en rapport avec le but qu’on cherche à atteindre. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois. Si nous revenons Sur ce sujet, c’est d’abord parce qu’il est très-important, ensuite parce qu'il se rattache à d’autres phénomènes, et qu’il est la conséquence d'une grande loi qui relie tous les êtres les uns aux autres par leur affinité réciproque. Nous savons, d’une manière générale, que les individus placés, près des portes-graines, lorsqu'ils ont quelque analogie avec ceux-ci, exercent sur eux une influence plus ou moins grande, qui peut modifier leurs produits. Mais y a-t-il dans un vé- gétal des parties qui, à ce dernier point de vue, ont plus d'influence les unes que les autres? ou bien encore ces parties exercent-elles une puissance d’action relative? C’est ce qu’on ne peut affirmer. Mais ce qu’il semble le plus raisonnable d'admettre, c’est que toutes les parties doivent exercer une action, et que celle-ci est relative. Partant de ce fait, nous disons que, lorsqu'on ne pourra ou qu'on ne voudra pas pratiquer, fécondation artificielle, et que néanmoins on voudra obtenir des variétés, on devra faire en-sorte que les porte-graines se

trouvent placés près des plantes qui ont,

des caractères semblables, ou du moins analogues, à ceux qu'on cherche à obtenir.

Après ces observations, en quelque sorte complémentaires, sur les diverses séries de variétés issues de graines que renferme le premier groupe, nous allons aborder l’énumération d’un cer- tain nombre de variétés de plantes produites par accident; elles constituent notre deuxième groupe.

DEUXIÈME GROUPE.

VARIÉTÉS OBTENUES PAR ACCIDENT".

Les végétaux, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, étant composés d’un cer-

1 Nous devons faire observer que, lorsque nous disons que telle ou telle variété est produite par accident (dimorphisme ou dichroïsme), nous ne prétendons pas dire qu’on n’a pu en obtenir d’ana- logues ou d'à peu près semblables, par semis, mais seulement quelle s’est produite de cette manière. Cette observation est générale ; elle s'applique à tous les faits accidentels que nous pourrions citer.

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DANS LES VÉGÉTAUX, | me.

lain nombre d'éléments disposés aussi dans un certain ordre, et de plus ces éléments, sous l'influence de lois orga- niques, pouvant se séparer ou se grouper de différentes manières, il en résulte qu'une même plante peut, sur ses diverses parties ; présenter des caractères et des propriétés particulières plus ou moins différents de ceux qu’elle présente normalement. C’est ce fait qui constitue ce que dans la pra- tique on nomme accident, et que, sui- vant les cas, nous nommons, soit dimor- Phisme, soit dichroïsme (note 1).

Mais comme, d’une autrepart, chaque partie d’un végétal, lorsqu'on la dé- tache et qu’on la place dans des condi- tions appropriées, peut constituer un individu, et, de plus encore, que, séparée de la mère dont elle conserve les ca- ractères principaux, elle en possède aussi qui lui sont particuliers, ainsi que des propriétés spéciales qu’elle est

susceptible de transmettre, on pourra .

en obtenir un individu souvent très- différent de la plante dont elle provient. Comme les causes qui déterminent la Séparation de ces éléments peuvent

aussi s’atténuer et même disparaître, et

qu’alors, rentrant dans leur état normal, ces parties peuvent reprendre leurs caractères primitifs, il résulte de cet autre fait des variétés d'ordre et de valeur différents, les unes stables, les autres instables.

Constatons que, dans cette circon- Stance moins que jamais, nous ne pou- vons rien sur l’obtention première, c’est- à-dire sur lapparition des variétés : que celles-ci le plus souvent naissent spontanément, pour ainsi dire, et que, sous ce rapport, notre rôle, purement passif, consiste à surveiller ces écarts Ou ces accidents, pour ensuite tâcher d’en tirer parti lorsqu'ils se présentent. Constatons encore que, dans cette série de variétés, nous trouvons une diversité considérable, soit dans le port ou le facies des plantes, soit dans leur feuil- lage, soit dans leurs fleurs, soit même parfois dans leurs fruits, et que les panachures s’y rencontrent également très-fréquemment, beaucoup plus fré- quemment même que dans les plantes qui proviennent de semis.

Nous devons aussi, relativement aux Variétés issues d'accidents et en ce qui

concerne les panachures, rappeler ce que nous avons dit au sujet des plantes issues de graines : que les panachures se maintiennent d'autant mieux qu’elles circonscrivent les organes qu’elles affectent, soit que ceux-ci appartiennent aux fleurs, soit, au contraire, qu'ilsappar- tiennent aux feuilles. Aussi, lorsque sur une plante dont les panachures sont disposées par stries bandes, il se montre une partie sur laquelle elles sont disposées circulairement, on peut être à peu près certain que, si on dé- tache, qu’on bouture ou qu’on greffe cette parte, elle conservera ce nouveau caractère. Ce phénomène est très-fré- quent sur les Gamellias et surtout sur les Azalées; aussi la plus grande partie des variétés qui, chez ces dernières, pré- sentent les: caractères qui viennent d’être indiqués, n’ont-elles pas d’autre origine.

Certaines espèces sont aussi beaucoup plus que d’autres disposées à produire de ces faits, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme; en voici un exemple fourni par le Chrysanthème de Chine.

Vers 1836 on reçut d'Angleterre, à l'établissement d’horticulture de Fro- mont, trois variétés de Chrysanthème de Chine; l’une était à fleurs roses, l’autre à fleurs panachées, la troisième à fleurs blanc-carné. Plantées en pleine terre, on vit l’année suivante, sur l’une d'elles, apparaître les trois variétés ; ce qui semble démontrer que ces trois va- riétés n'étaient que des accidents d’une même forme.

Un phénomène tout à fait analogue au précédent, etqui, comme lui, se rattache à cette même espèce, s’est produit au Muséum en 1856 sur la variété nommée SURPRISE ; Celle-ci, qui porte desfleurs à peine rose-carné, a donné, sur l’une de ses branches, des fleurs d’un rose-lilas foncé. Bouturée, elle a conservé tous ses caractères,, et aujourd’hui encore c’est l’une des plus belles de cette sec- tion. On l’a nommée Gain du Muséum.

En 1862, sur ce même Gain du Muséum il s'est développé un rameau qui portait des fleurs parfaitement blanches, à peu près de même gran- deur et de même forme que celles du type; puis, à côté, sur desrameaux dif- férents, s’en trouvaient d’autres qui por- taient des fleurs moitié roses, moitié

34 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

blanches. En bouturant à part ces deux sortes de branchés on aurait donc encore obtenu, de cette même SURPRISE, des nouvelles variétés.

Citons encore quelques exemples d'accidents produits par cette espèce de Chrysanthème de Chine; commençons par la variété nommée Sophie. Celle-ci, qui est à fleurs blanc sale, très-égére- ment picté rosé, à centre jaune, à pro- duit, par accident, une plante qui est connue souslenom de Trophée. Cette der- nière qui est à fleurs rose-lilas-violacé, a quelque rapport avec le Gain du Muséum dont elle diffère cependant. Il y avait aussi sur la même branche, mais sur des ramilles différentes, des fleurs semblables à celles que portaient les va- riétés Trophée et Sophie, fait qui pro- duisait un certain contraste; cetie der- nière étant à fleurs plates et ayant les pétales étroits et imbriqués, tandis que Trophée a les fleurs bombées, les pétales larges et peu serrés.

Le Chrysanthème Madame Richard, dont les fleurs sont blanchâtres, très- légérement bordées de rose, à produit sur une de ses branches des fleurs viola- cées plus fortes que celles de la plante dont elle sort; les pétales sont ausêi plus larges et plus imbriqués.

En 1863, nous avons remarqué, sur certaines variétés de Chrysanthèmes de Chine, les accidents suivants : ;

La variété appelée Cedo nulli, à fleurs _três-doubles {note 10), blanches, très- légèrement rosées, a produit une bran- che qui portait des fleurs beaucoup plus larges et beaucoup plus étalées que celles de Cedo null.

Une autre variété, Argentine, à fleurs petites, blanches, de forme pompon, à donné une branche plus vigoureuse qu’elle, dont les fleurs, étalées, très- larges, d’un beau jaune, rappelaient, jusqu'à un certam point, celles des Chrysanthèmes à grandes fleurs; fait qui tend à démontrer que des unes aux autres il n’y à qu’un pas.

En 1864 nous avons vu sur un pied de la Chrysanthème Pompon Vesta, qui est à fleurs blanches, plusieurs branches qui portaient des fleurs entièrement jaune foncé, Les dimensions, ainsi que la forme des fleurs, étaient les mêmes; il n’y avait de différent que la couleur.

Lesvariétés obtenues par dimorphisme

sont très-nombreuses ; il n’y a même pas de genre parmi, ceux qui comptent un certain nombre d’espèces, qui n'en ait produit. Bien que nous devions indiquer plus loin un certain nombre de ces accidents, en les faisant suivre de quelques observations, il’ en est qui, à notre avis, sont tellement intéressants que, par anticipation, nous croyons devoir en parler ici; l’un d'eux est re- latif à une sorte d'Œillet qui, dans le commerce, est désigné sous le nom d’Œillet Flon.

Cet Œillet Flon, qui paraîtirès-voisin de ceux qu'on appelle Œillet d'Espagne, Œillet badin, etce., a les fleurs rose très- foncé, à peu près pleines, de sorte qu'il ne produit pas de graines et qu’on est obligé de le multiplier par boutures. Malgré cela l'Œillet Flon a déja donné, par accident, plusieurs variétés, dont la plus remarquable, qui est d’un frès- bea blanc, s’est développée en 1858; depuis cette époque, elle s’est fnain- tenue avec tous ses caractères. Oblenue par M. Paré, horticulteur à Paris, bou- levard de la Santé, cette variété a été nommée Murie Paré, nom de l’un des enfants de cet horticulteur. D’autres variétés, présentant dans leurs fleurs des couleurs différentes de celle dont

nous veñons de parler, se sont égale-

ment développées, chez M. Paré, sur l'Œillet Flon.

Le genre qui, probablement, a pro- duit le plus de faits de cette nature, est le genre Rosier; aussi, et malgré le désir que nous avons d’abréger, les faits sont-ils tellement intéressants que nous croyons encore, à ce sujet, devoir entrer dans quelques détails. Nous allons donc en citer plusieurs très-re- marquables, en commençant par ceux qu'a fournis le Rosier Gent Feuilles.

Les accidents qu'a produits le Rosier Cent Feuilles peuvent être rangés en deux séries : l’une qui comprend tous les individus qui s’éloigent relativement peu du type, qui n’en diffèrent que par le coloris, par la forme ou par la cou- leur, soit des fleurs, soit parfois des feuilles : ce sontles Rosiers Cent Feuilles ordinaires; Vautre série comprend tous les individus également issus par accident du Rosier Cent Feuilles, mais qui, aux caractères que présentent les précédents, ont de plus celui d'être

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DANS LES VÉGÉTAUX. 35

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L] munis de sortes de petites bractées ou

poils glanduleux qui constituent ce

qu'on nomme la mousse; ce sont Îles Rosiers Cent Feuilles mousseux.

Accidents ou faits de dimorphisme pro- duits par le Rosier Cent Feuilles.

SECTION A. Rosier CENT FEUILLES ORDINAIRE.

I. FLEURS PLUS OU MOINS GRANDES.

Rosier Cent Feuilles à feuilles de Chou ou / de Laitue,

de Céleri ; Anémone;

de Naney ;

des Peintres;

Flore magno ou foliacé ; sans pétales ;

Unique blanche ; panachée.

H. FLEURS PETITES, POMPONS.

Pompon de Bourgogne ; blanc; de Bordeaux; de Kingston.

SECTION B. Rosier Cdi FeurzLes MOUSSEUX (note 34).

1. FLEURS PLUS MOINS GRANDES:

Rosier Cent Feuilles mousseux Cristata. ordinaire ;

à fleurs blanches ;

à fleurs panachées;

à feuilles de Sauge;

unique de Provence;

Zoë ou mousseuse, pariout (note 35.)

II, FLEURS PETITES OU POMPONS.

Rosier Pompon mousseux.

Il est à remarquer, et ceci suffirait souvent pour démontrer l’origine de ces accidents, qu’il arrive parfois que certains des individus qu'ils caracté- risent, retournent, sur quelques-unes de leurs parties, au type dont ils pro- viennent. Ainsi sur un Rosier Cent Feuilles mousseux nous avons vu $e développer un rameau de Rosier Cent Feuilles ordinaire. Nous devons cepen- dant faire observer que le plus sou- vent les parties qui semblent revenir au type présentent néanmoins des diffé- rences avec celui-ci. Ïl y a un pas de fait en avant, il est contre nature d’aller en arrière. |

Le Rosier du Roi, eonnu à peu près

de tout le monde, a produit les six faits de dimorphisme suivants :

Perpétuelle Bernard. Ce Rosier a les rameaux plus grêles que ceux du Rosier du Roi; ses fleurs et ses feuilles sont aussi plus petites que celles de ce der- nier, et ses fleurs, en forme de Rose Pompon, sontrès-jolies, d’un rose beau- coup plus clair que ne le sont celles du Rosier du Roi. |

Rosier du Roi dit à longs pédoncules. Celui-ci a les rameaux beaucoup plus longs que ceux du Rosier du Roi type: les mérithalles sont plus distants, et les pédoncules sont aussi plus longs que ceux de ce dernier. Il n’est qu’une sorte de dégénérescence. |

Madame Tellier. Assez semblable à la précédente, cette variété ne s'en dis- ingue que par ses fleurs, qui sont moinscolorées,d’unrose carnétrés-clair.

Mogador. Ge Rosier diffère du Rosier du Roi par ses fleurs plus fortes, d’un rouge plus vif et plus foncé; ses rameaux se eolorent aussi plus que ceux du Rosier du Roi, ce qui permet de l’en distinguer même en hiver. Les horticulteurs n'aiment pas cette variété parce qu’elle est dure à forcer et qu’elle passe très-vite au violet sale.

Capitaine Renard ou Rosier du Rot à fleurs panachées. Cette variété diffère du Rosier Madame Tellier par ses fleurs panachées ou rubannées de blanc; elle a été trouvée à Orléans par M. Desfos- sé-Thuillier. |

Cœlina Dubos. Trouvée par M. Dubos, horticulteur à Pierrefitte, près Saint-De-

_nis, sur le Rosier du Roi, cette variété.

à les rameaux plus grêles et les feuilles un peu plus petites que ce dernier; ses fleurs ,assez semblables, pour la forme, à celle du À. du Roi, sont d’un blanc lé- gérement carné.

LeRosier de la Reine, x, lui aussi, pro- duit deux accidents : l’un, Belle Norman- de, dont les fleurs, rose carné, rappellent celles du Souvenir dela Malmaison ;l'au- tre, Madame Cambel d'Isiy ou Triomphe de Valenciennes, qui ne diffère non plus de la Rose de la Reine que par ses fleurs

. panachées-marbrées.

Le Rosier Duchesse de Cambacérès, dontlesfleurs, unicolores, sont d’un rose foncé, a produit comme accident le Ro- sier Belle de printemps, qui a les fleurs roses, marbrées de brun.

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36 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Le Rosier Baronne Prévost a pro- duit, à notre connaissance, par accident cinq variêtés, dont deux à fleurs pana- chées et une à fleurs marbrées. L’une des deux variétés panachées, Madame Désirée Giraud, a été trouvée. chez M. Désiré Giraud, à Marly, près Valen-

_ciennes; elle est peu vigoureuse. La

deuxième variété, Panachée d'Orléans, qui a été remarquée pour la première fois à Orléans, est au contraire très-vi-

-goureuse; ses rameaux sont plus grêles

que ceux du Rosier Baronne Prévost; leur écorce, très-lisse et luisante, a peu d’aiguillons; en un mot, ses rameaux rappellent ceux du R. Cuisse deNymphe (note 36).

Le Rosier Baronne Prévost marbré ne différe du type que par ses fleurs, qui, au lieu d'être unicolores, sont marbrées de brun. Une autre variété (4° accident), mise dans le commerce par M. Pierre Oger, horticulteur à Caen, ne diffère de la Baronne Prévost que par la couleur des fleurs qui est beaucoup plus pâle. Le accident produit par la Baronne Prévost, est tout récent; nous l'avons observé pour la première fois en 1864, à Vitry-sur-Seine, dans un Jardin confié aux soins de M. Lachaume ; nous avons nommé cette variété Madame Lachaume. Ce Rosier diffère de la Baronne Prévost par ses rameaux un peu Moins épineux, mais surtout par son inflorescense, qui, longuement paniculée, très-ramifiée, rap- pelle celle de certains Resier Nosselles. La fleur aussi est un peu moins forte que celle duRosier Baronne Prévost; mais un

fait très-remarquable, c’est que l'ovaire, au lieu d’être, comme celui des Roses Ba-.

ronne Prévost, très-régulièrement at- ténuéà sa base, et de se confondre, sans faire aucune saillie avec le pédoncule, est brusquement et courtement renflé, puis rétréci et renflé de nouveau près du sommet ; les pédoncules des fleurs sont aussi plus grêles et plus allongés que ceux du Rosier Baronne Pré- vost.

Le Rosier Duchesse d'Orléans, dont les fleurs sont de couleur rose-violacé, a produit par accident, en 1858, une variété Sœur des Anges. Cette variété diffère surtout de celle dont elle sort par la couleur’ des fleurs, qui est rose carné pâle, comme celle des fleurs du Souvenir de la Malmaison.

Le Rosier dit des Quatre-Saisons a produit comme accidents :

Le Quatre-Saisons blanc mousseux ou Rosier de Thionville (gravure coloriée) ;

Le Quatre-Saisons pompon ;

gi blanc.

Ainsi qu’on le voit, le Rosier des Qua- tre-Saisons, comme le Rosier Cent Feuil- les, a produit deux sortes d’accidents : des fleurs peliles ou pompons et des fleurs grandes, mousseuses

Le Rosier Quatre-Suisons blanc mous- seux ou Rosier de Thionville fut observé pour la première fois à Thionville vers 1835; il diffère du Rosier des Quatre-Sai- sons, dont il sort, par des rameaux plus grêles et munis de poils hispides, glan- duleux (mousse). Ses feuilles, d’un vert blond, sont aussi plus douces au toucher et comme légèrement tomenteuses ; de plus, ses fleurs sont d’un blanc pur. IL donne parfois de forts rameaux qui por- tent des fleurs roses. C’est alors le Rosier des Quatre-Saisons ordinaire, fait qui a été observé par M. Duval, horticul- teur à Montmorency, plus tard par M. Vic- . tor Verdier , horticulteur à Paris, tout récemment (1864) au Muséum.

Les Rosiers Provins ont également

produit un certain nombre d’accidents. Parmi les plus connus on peut citer :

Pompon Saint-François; Saint-Jacques ;

Camaïeu ;

Panaché semi-double ;

Tricolore de Flandre.

Ce dernier, qui s’est montré en Belgi- que il y a environ 18 ans, est remar- quable par ses fleurs panachées; il pousse peu, bien qu'il provienne d’une variété très-vigoureuse à laquelle il re- tourne parfois, qui donne des fleurs violacées.

La variété Camaïeu est remarquable par ses fleurs striées, fort Jolies et pres- que uniques dans leur genre. Son bois est maigre et ses folioles sont comme rongées sur les bords.

Dans les Rosiers Damas, qui sont des sortes de Quatre-Saisons non remon- tants, on compte comme accidents :

Damas York et Lancastre; à feuilles bullées. Le Rosier Bengale grdinaire a produit

comme accident le Rosier Bengale à bois strié, dont les rameaux sont rubannés.

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DANS LES VÉCÉTAUX. ; 37

Ceux-ci sont parfois presque compléte- ment jaunes.

Un accident très-curieux produit par les Rosiers est la plante qu'on a appelé Rosier à feuilles de Chanvre. Par ses fleurs, et surtout par ses feuilles, cette variété diffère considérablement du Rosa alba, dont elle sort; ses folioles, cucul- lées, longues et étroites, sont très-

grossièrement dentées-serrées, parfois.

comme rongées sur les bords, fortement nervées, d’un vert sombre, rugueuses- scabres. Il arrive parfois aussi que ses feuilles sont opposées ; mais ce fait, dont, à tort, on a cherché à tirer des consé- quences, toujours rare, ne se montre guère sur chaque rameau que pour une insertion de feuilles. Les fleurs du Rosier à feuilles de Chanvre, plus petites que celles du Rosa alba, souvent régulières et comme un peu monstrueuses, sont toujours stériles.

Les plantes dites d'ornement ne sont pas les seules qui présentent &es faits d’hétéromorphisme ; les arbres fruitiers en fournissent également de très-remar- quables. Nous allons en citer quelques- uns, en commençant par ceux que nous fournit la variété de sier anglais hâtif. L'accident le plus cu- rieux que nous fournit cette variété est celui qu’on nomme Cerisier anglais hé- térophylle ou à feuilles de Saule. Voici comment le fait se passe. Sur un jeune arbre, dont toutes les parties sont nor- males, on voit parfois tout à coup, et sans que rien puisse en faire soupcon- ner la cause, se développer un bourgeon vigoureux, qui, au lieu d’avoir desfeuil- les qui présentent la forme ordinaire, en porte qui sont très-longues et très- étroites, souvent un peu falquées, et par- fois comme irréguliérement érosées. Greffée, cette variété présente la parti- cularité assez singulière que voici : tant qu'elle conserve ses caractères excep- tionnels la plante ne fleurit pas, mais comme elle tend sans cesse à les perdre, on remarque, lorsque les feuilles ont repris à peu près la forme normale, que les arbres fleurissent et fructifient. Néanmoins cette variété ne reprend ja- mais identiquement les caractères du type dont elle sort; son facies est tou- jours distinct; l'arbre n’est jamais fer- ule et son fruit n’est pas non plus tout

à fait semblable à celui du C. Anglais hà-

erisier dite Ceri-

tif. Quant aux jeunes pousses, elles con serventleur caractère accidentel, et cha- que année les feuilles qu’elles develop- pent sont à peu près semblables à celles qu'a montrées l'accident lorsqu'il s’est développé pour la première fo:s.

Get accident n’est du reste pas le seul : que présente le Cerisier anglais hâtif. Ainsi, lorsque les arbres sont vieux, il arrive fréquemment qu’on rencontre sur le même individu trois sortes de fruits distincts par leur époque de maturité. Il y a d’abord l’'Anglaise hâtive, dont les fruits deviennent noirs ; l’Anglaise tar- dive, dont les fruits, d’un beau rouge foncé, luisants et comme vernis, müris- sent plus tard. Enfin on rencontre pres- que toujours une.autre variété, très-tar- dive, dont les fruits, un peu plus petits, sont encore tout verts lorsque les deux autres sont déjà ceuillis depuis long- temps. En général ces derniers se colo- rent peu. Dans ces trois sortes d’acci- dents, les différences ne portent guère que sur les fruits.

Le Cerisier indule n’est non plus qu'un accident produit par le Cerisier anglais hâtif. Il se distingue par son feuillage et par sa hâtiveté.

La variété de Cerisier dite Anglaise hâtive n’est pas non plus la seule qui sur un même individu fournisse des fruits

- de nature différente; ainsi, on trouve des

faits complétement analogues produits par les Cerisiers dits May-Duck, Cherry- Duck et Reine Hortense. Ces variétés, en effet, ont donné sur un même individu, mais sur des branches différentes, des sous-variétés dont les fruits mürissent une quinzaine de jours plus tard que ceux des variétés, dont elles sortent. Greffées, chacune de ces sous-variétés a

conservé son caractère accidentel.

Un fait analogue aux précédents se montre chaque année au Muséum sur un Cerisier ordinaire à fleurs dites

doubles. L'arbre sur lequel cette ano-

malie se développe, qui a environ 0m,35 de diamètre, est greffé sur Sainte-Lucie à 0m.70 du sol. À partir de là, sa tige est nue jusqu'à environ deux mêtres. À

cette hauteur se développe une grosse

branche qui, tous les ans, se couvre de fleurs extrêmement doubles, c’est-à-dire pleines, tandis que les fleurs des autres, branches qui sépanouissent beaucoup plus tard, sont à peine semi-pleines et

2,

PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

par conséquent rapportent des fruits.

La Prune Coé violette, ou plutôt violacée-rosée, est un fait de dichroisme (note 1); c’est un accident qui s’est montré sur la Coé à fruits blancs, et qui, greflé, s’est maintenu avec tous les caractères qu'il présentait lors de son apparition.

Nous avons remarqué, très-souvent, sur la variété de Prunier Damas de Tours, un fait à peu près analogue au précédent. Sur un même arbre il y avait des branches qui portaient des fruits différents de forme et de couleur et dont la maturité présentait une quinzaine de jours de différence; ainsi, tandis que les fruits du type sont très- oros, allongés, d’une eouleur rouge foncé qui rappelle ceux de Pound seedling, marqués d’un côté seulement d’un très- léger sillon, les fruits .de la sous- variété tardive sont un peu plus pe-

tits, et leur forme est celle de la Reiï- |

ne-Claude ordinaire ; ils sont d’un vert herbacé qui passe plus ou moins au rouge très-clair; leur queue, arquée, renflée à la base, s’insére dans une cavité assez large par l'évasement du sillon, tandis que la queue des fruits de la variété type, droite, peu ou point

renflée, s’insèredansunetrès-petite cavité | | qui s’est montré sur une branche de ce

placée presque à la surface du fruit.

Une autre variété de Prunier, le Prunier Puget, présente la particularité suivante : sur une même branche ïl arrive très-fréquemment qu’il donne des fruits rougeâtres-violacés, pointillés ou striés de vert roux; on en trouve aussi qui présentent toutes les nuances in- termédiaires et d’autres qui sont pres- que unicolores. On voit même parfois certaines branches ne porter des fruits que d’une seule couleur, de sorte que en les multipliant à part, on aurait chance de les stabiliser et d'obtenir ainsi, d’un même arbre, plusieurs sous-variétés.

Nous avons vu, sur un Groseiller à grappes à fruits rouges une branche qui portait des fruits tout à fait blancs comme ceux de la variété dite de Hol- lande à fruits blancs; à côté, surle même pied, il y avait des branches chargées de Groseilles rouges.

Le fait du Brugnon naissant tout à coup sur un Pêcher ne peut plus être mis en doute; des exemples récents sont venus appuyer, en les confirmant, ceux qu’a-

vaientrapportés certains auteurs notam- ment Sieuile.

Deux autres faits du même genre que les précédents, dont nous devons égale- ment parler, sont fournis par deux va- riétés de Chasselas, connues, l’une sous le nom de Chasselas panaché, l'autre sous celui de Chasselas Suisse; toutes deux semblent provenir d’une variété à fruits noirs, couleur qui domine chez

| l’une comme chez l’autre. Voici les par-£

ticularités qu’elles présentent : presque toutes les grappes portent quelques

| grains plus ou moins panachés ou striés, | de blanc pour le Chasselas Suisse, de | roux, pour le Chasselas panaché. Mais il

arrive fréquemment que les éléments se séparent et qu'on a alors, sur des sar-

| ments différents, parfois sur les mêmes,

des grappes de Raisin de couleur diffé-

| rente, à peu près complétement blanche

si elles appartiennent au Chasselas Suisse, rousses si elles appartiennent au Chasselas panaché. L’une de ces deux variétés n’est qu'une modification de l’autre, qui elle-même, n’est qu’un acci-

| dent d’une autre variété.

Le Poirier Saint-Germain gris, dont

| les fruits, gris foncé, sont très-différents

par l’aspect de ceux du Saint-Germain ordinaire, est le résultat d’un accident

dernier, et qui, multiplié par greffe, s’est maintenu avec tous ses caractères.

Un fait tout à fait semblable au pré- cédent s’est produit sur le P. Messire- Jean, de sorte qu'aujourd'hui on possède dans les jardins un Messire-Jean gris et un WMessire-Jean jaune.

À ces quelques exemples nous en ajouterons deux autres analogues; ils ont été insérés dans le Bulletin de l’Aca- démie des Sciences, tome XXXIV, séance du 47 mai. L’un, rapporté par M. Dureau de la Malle, se rapporte à un Poirier Bon Chrétien qui produisait à la fois des fruits de cette sorte très-bien caractérisés et d’autres d’une forme complétement dhfférente elinconnue. » L'autre exemple, cité par M. Mourrière, professeur à Ber- ! nav, à rapport à un Pommier qui, sur les mêmes rameaux, produisait des fruits qui avaient l'apparence d’une Reinette | rousse et d'autres qui appartenaient à | une sorte de Reinelle du Canada; ces | derniers sont lisses, ponctués, et parfois | d’un rouge vif sur l’un des côtés.

DANS LES VÉGÉTAUX. 39

Trois espèces appartenant, les deux premières à la catégorie des plantes

potagères, l’autre à la catégorie des Cé-

réales, nous présentent des faits sinon identiques, du moins équivalents à ceux que nous venons de rapporter ; ce sont, d’une part, les Haricots et les Pommes de terre, de l’autre le Maïs. Chez les unes comme chez les autres, on remarque que certaines variétés sont beaucoup plus sujettes que certaines autres à pro- duire des' accidents (note 37). Certains de ees accidents se stabilisent, se fixent même, de sorte qu’on peut les repro- duire par semis; d’autres au contraire ne se reproduisent que pendant un très- petit nombre d'années, et partiellement, tandis que d’autres encore, passagères, ne paraissent être que des variations ou des formes transitoires.

Cette tendance à produire des varié- tés chez certaines sortes de Haricots est nous le répétons, plus ou moins grande ; nous allons en citer quelques exemples en commençant par une sorte bien connue, par le H. Flageolet. Celui-ci, qui est blane, aplatr, non volubile, nous a donné des Haricots volubiles, renflés, presque cylindriques, et qui, encore, au lieu d’ê- tre blanes, étaient lavés ou maculés de bleu violacé, sur un fonds rougeâtre. Ces Haricots, au nombre de 27, semés à part, ont produit, en 1864, 754 Haricots. Sur ce nombre six seulement étaient à peu près. semblables à ceux que nous avions semés ; tous les autres pouvaient

renirerdanssept à huit variétés, différant

l’une de l’autre soit par la forme, soit par la coule des grains, soit même par ces deux choses.

Un fait à noter, c’est que toutes ces variétés semontraientnon-seulement sur

. un petit nombre d'individus, mais que

parfois il y en avait plusieurs dans un

| même fruit; ainsi, dans une gousse con- ! tenant six Haricots, nous avons compté

quatre variétés différant par la couleur; deux différaient même par la forme (note 38). |

Parmi les diverses variétés qu’a pro- duites le H. Flageolet, nous citerons en- core celle à grains nosrs, dont tous les caractères, sauf la couleur, sont à peu près semblables à ceux du type.

D'une touffe résultant de quatre Ha- ricots semblables, presque cylindriques,

assez longs, de couleur rouge orange,

fortement striés, maculés de brun mar- ron, que nous avions semés, nous avons obtenu 70 Haricots différents par la forme etpar la couleur, et pouvant rentrer dans quatre variétés. Sur un seul pieddes qua- tre que comprenait la touffe il s’est trouvé dans une même gousse cinq Haricots, dont trois NOIRS VIOLET très-foncé, courts, comme tronqués aux deux bouts et com- primés sur les faces; les deux autres, plus petits, étaient tout à fait BLANCS, presque sphériques.

Une série d'expériences suivies pen- dant plusieurs années sur un certain nombre de variétés de Haricots nous a donné, soit par dimorphisme, soit par dichroïsme, de nombreuses et très-re- marquables variétés. Ainsi le H. Fotz- James blane, (qui lui-même est un acci- dent du Haricot noir de Belgique), dont le grain est petit, un peu aplati, nous a donné plus de 20 variétés très-diffé- rentes. ,

Le Haricot bicolore dela Chine, qui est presque rond (sorte de H. boulot, comme on dit vulgairement), qui est de cou- leur jaune pâle ou souffrée, nous a donné plus de 30 variétés de forme, de couleur, de grosseur et d’aspect très- divers.

Des nouvelles expériences que nous avons faites, qui ont porté sur un assez grand nombre de variétés, nous ont donné des résultats semblables à ceux que nous venons de rapporter.

Faisons remarquer que toutes les va- riétés de Haricots ne sont pas aussi plas- tiques les unes que les autres, qu’il en ect même qui varient très-peu .Bien que ce soit en général les variétés unicolores qui soïentles plus constantes, on ne peut pourtant rien préciser à cetégard, car on

voit parfois des Haricots de plusieurs cou-

leurs (panachés, maculés, etc.) se main- tenir assez bien, tandis que d’autres, uni- colores, blanes, rouges, noirs, jau-

1 Que parmi les Haricots il y ait desvariétés beau- coup plus stables que d’autres, le fait n’a rien d’é- tonnant ; il est au contraire conforme à tout ce que nous connaissons. N'est-ce pas ce qui a lieu dans toutes les espèces qui présentent. beaucoup de va- riétés? En effet, parmi celles-ci, s’il en est d’éphé- mères (relativement bien entendu) pourainsi dire, n’en est-il pas aussi de tellement fixes, qu'on ne peut plus les affoler, qu’on ne peut plus faire reve- nir à aucun type et que par conséquent on pourrait considérer comme des types!

Nos plantes potagères, telles que Choux, Betteraves Navets, Chicorées, et surtout les Laiïtues, nous en fournissent des exemples très-remarquables,

mm PR nn LC AC His = Mu PT" nes = pr

40 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

nes, etc. changent parfois instantanément et pour ainsi dire du toutau tout, c’est-à- dire du blanc au noir, au jaune, etc., et vice vers@. Mais ,d’un autre côté, on voit parfois aussi, suivant les années, les con- ditions de sol, de climat, ete. sepasser les faits les plus contraires: par exemple, que telle variété, après avoir été assez constante, devient variable, tandis qu’une autre qui jusque-là avait toujours été variable, devient stable. Parfois encore on voit, de ces variétés instables, sortir spontanément, pour ainsi dire, des for- mes particulières, qui se fixent trés- bien. Il n’y a dans tout ceci rien de précis ni d’absolu. Tous ces faits semblent se montrer au hasard ; mais, en réalité, ils sont régis par des lois que nous ne con- naissons pas. Dans notre ignorance de ces lois nous disons que les conséquen- ces qui en découlent sont dues au ha- sard, que ce sont des accidents Rappelons aussi que, pour toutes ces variétés, il n’y a pas de caractères abso- lus, que tous peuvent se modifier, se transformer et même disparaître, tandis que d’autres, plus ou moins différents, parfois même contraires, pourront ap- paraître. Ainsi, par exemple, d’un Haricot tardif qui rame, qu’on a semé, il pourra sortir un Haricot hâtif qui ne rame pas, de forme, de couleur et de nature dif- férentes; d’un Ilaricot dont les cosses Qu gousses sont fibreuses et parchemi- nées, 11 pourra sortir un Haricot dont, indépendamment de ce qu’il pourra dif- férer par tous ses caractères de végéta- tion, les gousses, dépourvues de fibres et gorgées au contraire de parenchyme, pourront se manger. En un mot, il pourra se produire ce qu’on nomme des mange-tout.

Nous avons dit plus haut que non- seulement les Haricots pouvaient se mo- difier quant aux grains, mais encore que les gousses pouvaient subir des changements notables; en voici un exemple :en 1863, un Haricot de forme presque boulot, fond blanc, portant une macule couleur café à l’ombilic, ayant été semé, produisit un Haricot plus gros, fortement maculé de noir très-intense. Le Haricot qui a été semé provenait du H. noir de Belgique, qui a la cosse droite; le produit qu'il a donné, indépendam- ment de ce qu'ilétait plus gros et de cou- leur différente, avait la cosse arquée et plus longue.

Le Maïs nous fournit des faits tout aussi ‘remarquables que ceux que pré- sententles Haricots; ainsi sur une même agrégation de fruits (sorte d’épi qu’à tort on nomme grappe) on voit sou- vent se développer des grains plus ou moins dissemblables, parfois compléte- ment, différents de ceux qu’on a plantés, qui sont unicolores ou de plusieurs cou leurs, etc., qui diffèrent même de gros- seur, de forme, d'aspect, et qui parfois encore, indépendamment de la couleur et de la grosseur, ont des qualités très- différentes de celles que présentent les variétés sur lesquelles elles naissent. Aïnsi sur une grappe de Maïs commun nous avons vu se développer, à côté de grains gros et jaunes, quelques grains plus petits, ridés, trésisucrés, à peu près identiques à ceux de la variété ap- pelée Mais sucré du Mexique. Plantés à part ces grains ont maintenu leurs ca- ractères. | |

L’année dernière (1864) une variété de Maïs dite Mais chicot, dont les grains : sont allongés, coniques, pointus, lui- sants, de couleur blanc nacré, nous a donné sur le même pied, parfois sur la | même grappe, parfois encore sur des | grappes différentes, des grains sem- blables à ceux du type, d’autres élargis; plats, d’un blanc mat ou jaunâtres, et d’autres encore plats et déprimés, qui étaient fortement striés de rouge- orangé. Cependant ces Maïs, éloignés les autres, avaient élé soigneusement castrés.

Les Pommes de terre snous fournis- sent des exempies de modifications tout aussi remarquables que ceux que nous venons de rapporter, soit pour les Ha- ricots, soit pour les Maïs; nous ne craignons pas d'affirmer que beaucoup de variétés cultivées aujourd’hui sont dues à des faits, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme, qui se sont produits sur les parties souterraines pendant la végétation. Tous les ans, en effet, quand on arrache les tubercules et qu’on tient à conserver les variétés franches, on est obligé d’épurer, c’est-à-dire de faire un choix et de rejeter celles qui, comme on le dit, ont dégénéré. Cette dégénéres- cence, qui tend à éloigner constamment le produit du point de départ, a donc pour résultat de pousser à la division ou à l'extension du type, c’est-à-dire à la formation de nouvelles variétés.

a

DANS LES VÉGÉTAUX. 1

Les modifications chez les Pommes de terre peuvent également porter sur le mode de végétation des parties sou- terraines; c’est ce qui est arrivé pour la variété dite Pousse-debout. La qua- lification de Pousse-debout a été donné à cette variété parce que les tuber- cules qu'elle produit, au lieu ,d’être

‘placés à plat, ou à peu près, dans le

sol, sont dressésles uns contre lesautres, à peu près comme le sont les morceaux de bois lorsqu'ils sont disposés pour être transformés en charbon.

La Pomme de terre Marjolin n’est autre, pour nous, qu’un fait particulier de végétation ; ce qui le démontre, c’est que les propriétés qu’elle présente, de ne pas fleurir et d’être si hâtive, ne sont pas constantes, et qu’elle tend constam- ment aussi à donner des plantes qui fleu- rissent et fructifient, et qui, par ce fait,

sont aussi moins hâtives. C’est ainsi que,

par le fait d’autres modifications souter- raines, elle a produit deux autres va- riétés: l’une, la Marjolin tardive, appe- lée aussi Marjolin de deuxième saison, qu'on vend parfois à la halle de Paris pour de la Hollande jaune; elle est re- marquable d’abord par sa végétation, qui se prolonge plus longtemps que celle du type, ensuite parce qu’elle se couvre annuellement de fleurs, puis de fruits, bien que le type dont elle sort

ne fleurisse presque jamais. L’autre va-

riété, par sa forme, n’a plus de rapport avec la Marjolin, dont elle est pourtant une modification ; en effet elle est ronde, et ses yeux, enfoncés, lui donnent exac- tement l’aspect de la Pomme de terre jaune ordinaire.

Lorsque nous cultivions beaucoup de Pommes de terre Marjolin, il n’y avait pas d’années nous n’en obtinssions de rondes, bien que nous n’eussions planté que des longues, en apparence très- franches. |

Un exemple très-remarquable aussi de ces changements, qui nous a été fourni par la Pomme de terre jaune or- dinaire, est le suivant : Dans un carré planté exclusivement avec cette variété de Pomme de terre, bien franche (en apparence bien entendu), nous en avons récolté un certain nombre dont la peau était plus ou moins foncée; les unes avaient la chair jaune, les autres l’a- vaicnt blanche. Plantées séparément,

ces variétés nous ont donné des Pommes de terre de forme ronde comme le type, mais parmi lesquelles il s’en trouvait de complétement violettes à l'extérieur et à l’intérieur (quelques-unes avaient même la chair noire, légèrement fla- gellée de blanc). Cette modification de couleur n’était pas la seule; la qualité était aussi três-modifiée. Ainsi, au lieu

‘d’être farineuse comme leur mére, la

Pomme de terre jaune, la chair de ces

variétés était compacte, d’un goût peu

agréable, pour ne pas dire mauvais. Les enfants, qu’on nous passe la com- paraison, avaient dégénéré au physique et au moral. |

Voici encore, au sujet des Pommes de terre, deux exemples de ces modifica- tions souterraines; elles sont toutes ré-

centes; nous les avons observé au Mu-

séum en 1864.

Une planche de terre ayant été plan- tée moitié avec de la jaune longue lisse, dite Hollande, et l’autre moitié avec de la rouge longue unie, appelée vulgairement Votelotte lisse, la premiére moitié donna des tubercules sembla- bles à ceux que nous avions semés; la seconde, au contraire, la Vitelotte rouge, avait produit des tubercules également à peu près semblables pour la forme à ceux que nous avions semés, mais diffé- rents par la couleur, qui était d’un jaune-roux. La qualité était restée la même, et, bien que dans certains cas on eût pu les confondre avec la jaune de Hollande, on les distinguait facilement lorsqu'elles étaient cuites, puisqu'elles restaient entières, tandis que la Hol- lande jaune tombait en poussière.

Voici l’autre exemple. Dans un bout de planche nous avions planté une cmquantaine de Pomme de terre jaune ronde ordinaire, l’un des pieds, dont la végétation tardive fut, vers la fin de la saison, différente de celle des autres, donna des Pommesde terre rondes, d’un rouge foncé. ;

Cette même année 1864, dans un carré entièrement planté en Pommes de terre Chardon, nous avons remarqué

quelques pieds parfaitement semblables

aux autres sous le rapport de la végéta-. tion et de l'aspect, mais qui en: diffé- raient complétement par la couleur des fleurs qui était d’un blanc mat, un peu soufré, tandis que la Pomme de terre

42 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Chardon a les fleurs rose-violacé ou vio- let-rosé. Les tubercules provenant de ces pieds à fleurs blanches ne différaient de ceux du type que parce qu’ils étaient plus arrondis et plus réguliers, et que les yeux étaient moins prononcés. In- dépendamment de la variété à fleurs blanches dont nous venons de parler, on trouve dans la Pomme de terre Chardon des variétés hâtives, tardives, et tout cela bien qu’on n'ait d’abord planté que des tubercules bien franes, qui pen- dant longtemps n'avaient produit au- cune variation. [ci, de même que dans les cas précédents, le semis n’ayant pas été employé, toutes ces différences sont doncdues à des transformations (note 39).

Un fait entièrement semblable à ceux qui précèdent, rapporté par M. Joi- gneaux dans le Journal de la Ferme et des Maisons de campagne, est le sui- vant : Il y a neuf ou dix ans, on nous donna six beaux tuberculesd'une Pomme de terre longue, d'un jaune pâle. Afin

de multiplier les touffes nous divisimes

chaque tubercule en trois morceaux ; nous les plantämes nous-même; les sar- clages et les binages furent également faits par nous. IL n’y avait done eu ni erreur ni substitution. Voulez-vous con- naître le résultat? Le voici: quelques Pommes de terre, en très-petit nombre, ressemblaient au type; mais le plus grand nombre étaient sphériques, les unes Jaunes comme la mère, les autres rouge assez foncé. »

Tous les cultivateurs savent très- bien aussi que les Votielottes unies, dont les yeux peu nombreux sont à peine sensibles, donnent souvent des tubercules de formes diverses et dont les yeux sont tellement enfoncés que c’est à peine si on peut les peler. À une certaine époque, nous avions obtenu une variété qui, indépendamment de la multiplicité et de lenfoncement des yeux, produisait, en quantité considé- rable, des agglomérations qui don- naient à l'ensemble une forme mon- strueuse. (était une véritable hydre. Ajoutons que bien que provenant de la Vaitelotte, qui est une bonne Pomme de terre, cette variété était très-âcre et même mauvaise. |

Tous ces faits démontrent sans aucun doute comment se forment une très- grande partie des variétés de Pommes

de terre, et prouvent qu’elles ne viennent pas de graines; on en sera convaincu le jour où, ayant observé la végétation des plantes, on marquera, puis on ré- coltera à part toutes celles qui, dans leur végétation, présentent des dif- férences sensibles; une modification externe étant toujours la conséquence d'une modification interne. |

Les divers faits que nous venons de rapporter sont propres à une très-grande quantité de végétaux; au nombre de ceux-ci nous pouvons citer tont parti- culiérement le Bananier &t la Canne à sucre. En effet, bien que ces plantes ne donnent jamais de graines, on ne compte pas moins, dans chacune de ces deux espèces, un grand nombre de variétés três-distinctes par. la vigueur, l'aspect et le port des plantes; par la forme, la grosseur et la qualité des fruits. Toutes ces variétés sont produites par dimor- phisme, c’est-à-dire par le développe- ment spontané de bourgeons spéciaux.

Ce que nous disons de la Canne à sucre et du Bananier, nous pourrions le dire de beaucoup d’autres végétaux monocotylédonés, des Arundo, des Pha- laris, des Bambous, des Dracæna, des Yucca, etc., ete.

Après avoir cherché à faire ressortir certains faits de dimorphisme qui, par leur importance, nous ont paru dignes de fixer l'attention, nous allons conti- nuer par l’énumération d’un certain nombre d’autres, sans néanmoins, pour chacun deux, entrer dans d’aussi grands détails, en ne faisant même parfois qu’indiquer le nom des accidents à moins cependant qu'ils présentent un intérêt particulier, soit au point de vue pratique, soit au point de vue scien- tifique; dans ce cas nous entrerons dans quelques considérations, relatives, soit à leur origine, soit aux particula- rités qu'ils présentent.

ACCIDENTS OU FAITS DE DIMORPHISME, OU DE DICHROISME, PORTANT SOIT SUR LES FEUILLES, SOIT SUR LES FLEURS, SOIT SUR LES FRUITS, SOIT MÊME SUR LE FACIÈËS GÉNÉRAL DES PLANTES.

Nous devons d’abord faire cette obser- vation : que, lorsqu'un nom n’est suivi d'aucune indication, c’est, d’une part, qu'il désigne une: plante connue; de

DANS LES VÉGÉTAUX. 43

l’autre, que l'énoncé seul du nom indi- que lorigine de la plante. Ainsi, lors- que nous écrivons Abricotier commun à feuilles panachées, Acorus gramineus variegala, Arundo donax varieqata, As- pidistra elatior variegatæ, Eleagnus re- [lex variegata, ete., et, il est facile de comprendre queles accidents désignés par ces noms sortent del’Abricotier com- mun, de l'Acorus gramineus, de l'4- rundo donax, de l'Aspidistra elatior, de l'Eleagnus reflexa, et que les plantes qu'ils ont produites ne différent de ces dernières que par des panachures.

Abricotier à feuilles panachées.

Acer eriocarpum fasciatunma, Très-remarquable par ses rameaux largement fasciés, cette variété s’est montrée au Muséum, en 1857 sur une plante provenant de graines, qui, pendant les deux premières années. n’avait rien d’anormal; ce n’est qu’à sa troisième an- née, lorsqu'elle a été rabattue, que l’anomalie est apparue. Depuis, elle s’est maintenue avec tous ses caractères. |

Cet accident est à l’Acer eriocarpum ce que le Sambucus nigra monstrosa est au S$. nigra.

ORRA ERP EE ER

ACOPUS gFPAIMINQUS variegata s Æsculus rubicunda variegata s Agatha amelloides variegatazs Agoratumm MNIeXICHEMUNN PAM, Gette plante, qui est aujourd’hui employée avec tant d'avantage pour former des bor- dures, est le produit d’une branche qui s’est développée accidentellement sur le type A. Mexicanum. Elle présente des capitules pres. ue sessiles et un peu irréguliers, qui, à cause e la brièveté du pédoncule qui les supporte, s'élèvent peu au-dessus des feuilles, ce qui, à certains points de vue, est un inconvénient. Les plantes types, au contraire, qui viennent

tules gros et réguliers, et ceux-ci sont portés sur un long pédoncule.

Ageratuem Mexicanmunmn interme-

“iusma, Cette variété, qui est un accident de second degré, c’est-à-dire sorti d’un autre ac- cident de PA. Mexicanum nanum, est intermé- diaire; les plantes sont très-floribondes ; leurs capitules sont aussi beaux que ceux du type, et, comme ils sont portés sur de longs pédon- cules, les plantes sont propres non-seulement à l’ornement des jardins, mais à la confection des bouquets. Les dimensions qu’ellesprésentent sont également intermédiaires ; plus grande que lPAgeratum Mexicanum nanum, la forme intermédiaire s'élève moins que le tyv2, l'Age- ralum Mexicanum.

Ageratuen Mexicanum variega-

tam. Celui-ci ne diffère guère du type que par ses feuilles, qui sont marginées-panachées de blanc-jaunâtre; son inflorescence est pour- tant un peu plus grêle et ses capitules sont

| accident, auquel mous s donné | d’Aster bicolor major, multiplié d'éclats, à | conservé tous ses caractères, et aujourd’hui

aussi plus petits. En général la plante est élancée, maigre, comme on dit en borticul- ture. :

Amandier commun à feuilles panachées, Feuilles bordéeset satinées

| de blanc; végétation délicate. Revient parfois

au lype. Amemone dSaponica Honorime Solkert Très-vigoureuse et très-belle,

cette variété, dont la fleur est blanche, est un accident de l’Anemone hybrida A. elegans, plante obtenue en Angleterre par M. Gordon en fécondant l'Anemone Japonica avec l'A. vitifolia. Cet accident Anémone Honorine Jobert, s’est montré il y a quelques années chez M. Jo- bert, amateur à Verdun.

Aralia Cookii. (Cette plante, dont en général les feuilles sont simples, longues et étroites, est une forme de l’Aralia trifohiuta.

Arundo donmax variegain argem- tea, CL A, domax variesatia aurea, Ces deux variétés diffèrent du type par leurs feuilles bordées de blanc pour la pre- mière, de jaune pour la deuxième; elles sont beaucoup plus délicates que le type.

Aspidisira elatior variegata.

Aster bicolex. L'Aster bicolor, qui n’est

: pas, comme on le croit, une espèce, mais tout Simplement une forme naine, très-probable-

ment même un accident de l Aster versicolor, a produit, au Muséum, en 1856, sur une de

ses tiges, un bourgeon vigoureux qui pré- | sente tous les caractères de l’Aster versicolor,

si ce n’est qu’ildevient un peumoins grand. Cet avons donné le nom

encore c’est une des belles plantes vivaces

| d'ornement.

‘Aster bicolor major.) Voir As-

ter bicolor).

Azalen indica Dieudonné Spae.

| Fleurs saumonées, marginées de blanc. C’est | un accident de PA. formosa Ivery: qui a les d'abord beaucoup plus grandes, ont les capi- | fl

ICUFS FOses..

A. Indica Beauté de l'Europe. Cette variété a les fleurs fond blanc, pana- chées de rouge. Cest un accident de l'A. deli- cata dont les fleurs sont saumoné foncé.

A. Imdica Criteriom.— Plante à fleurs rose foncé, bordées de blanc, C’est un accident de VA. Iveriana, qui à des fleurs blanches, striées de rose.

A. Indica alba rosena. Plante à Îleurs rose tendre bordées de blanc. C’est un accident de A. Jveriana, qui a des fleurs blanches striées roses.

A. Indica exquisita grandifiora. Variété à fleurs rose foncé, bordées blanc. C’est un accidentde F4. alba perfecta, qui està ileurs blanches très-légèrement striées de rose.

Bananier (Voir page 42 Voir aussi plus loin, au mot Musa).

Brugnonnier (Voir page 38).

44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Buxus Balearica cuculinta Cette variété, qui est un accident du B. Balea- rica, diffère de celui-ci par ses feuilles plus

etites, très-fortement convexes, arrondies sur e milieu, Buxus sempervirens argentea ; aurea; IMArSINAÉR.

_—

Toutes ces variétés, qui sont des accidents du type, s’en distinguent par leurs feuilles, qui sont panachées ou bordées, soit de blanc, soit de jaune.

Carmellia Japonica Comte de

Paris. Cette variété, qui est à fleurs rose- carné fortement striées, est un ac- cident du C. Jap. Duchesse dOr- léans , dont les fleurs sont blan- ches striées. Cette : variété est non- seulement beau- coup plus vigou- reuse que la plante dontelle provient, mais encore elle a sur elle l'avantage de bien épanouir ses fleurs, ce qui n’a pas lieu chez le C. Duchesse d'Orléans dont les boutons tombent presque toujours avant de s'ouvrir. e Jap e Montironi rosea (Cette lante, dont les Îleurs sont entiè- rement roses, est un accident du C. Montironi, qui est à fleurs blanches très - légèrement striées.

C. Ja pe F &Giardino Franchetti, Plante à fleurs rose foncé, bordées de blanc. C’est un acci- dent du Camellia Targioni, qui est à fleurs blanches, légèrement striées de rose.

C. Jap. Comtesse Woronzof. Cette variété, qui est à fleurs rose tendre, est

un accident du C. Centifolia alba, dont les fleurs sont d’un blanc pur.

€, Jap. Giardinoe Schmitz. Plante à fleurs rose tendre. C’est un accident du _C. Jap. Elisa Centurion, dont les fleurs sont blanches très-légèrement striées de rose.

€. Pap. Impératrice Eugénie. Plante à fleurs rose-carné. C’est un accident

Grav. 1: Cephalotaxis pedunculata fastigiata. Forme ac- cidentelle du Céphalotaxus pedunculata.

du C. Jap. Montironi, dont les fleurs sont très- légèrement striées de rose.

€, Paolina Armari. Fleurs rose foncé. Cette plante est un accident du C. Miss

Abby Wilder, qui est à fleurs blanches, lé- gèrement striées de rose.

€. Jap. Princesse Aldrovandi,

Plante à fleurs rose, bordées de blanc. C’est un accident du C. Jap. Teutonia, dont les fleurs sont blanches, striées de rose.

€. Jap. Bicolor de Ia Reine. —- Fleurs roses, bordées de blanc. C’est un acci- dent du C. Jap. de la Reine, qui est à fleurs blan- ches, très-légèére- ment striées de rose.

L'année der- nière nous avons vu sur un Camel- la à fleurs roses des branches por- tantdes fleurs complétement blanches.

Canne à sucre. (Voir

page 49).

Cephalota- XUS pedum- culata fastii- giata. (Grav. 1). Cette variété, qu'on a décrite et figurée comme étant une espèce de Podocarpus(P. Koraiana), est un fait de dimor- phisme du Ce- Phalotaxus pe- dunculata. Nous enavonseu la preuveau Mu- séum en 1863 ; Voicicomment. Ayant bouturé un certainnombre de rameaux du soi-disant P, Ko- raiana, lun deux, au lieu de donner des bran- ches simples et éparses, strictement dressées, etmunis de feuilles éparses(Grav.{), produisit des branches horizontales, verticillées, portant des feuilles distiques (gr. 2). Les deux plantes repré- sentées par lesgravures 1-2 proviennent de cette même série de boutures. Ce sont deux frères.

Le Cephalotaxus- pedunculata fastigiata est au C. pedunculata ce que le Taxus baccata fastigiata est au T. baccata.

Cerus Peruvianus IMOnSIrOSuS. Cette forme est un accident du Cereus Peruvianus, auquel elle revient parfois.

Et

Cerisier anglais à feuilles de Saule (Voir plüs haut, page 37).

DANS LES VÉGÉTAUX. ee

Cerisier anglais baûtif,

tardif.

à fruits blanes. (Pour ces trois variétés voir plus haut page 37).

Chasselas à fruits panachés., (Voir page 38).

Chasselas suisse— (Voir page38).

Chasselas gros Coulard. Cette variété, dont les grains, sphériqnes gros, cou- lent très-souvent, est le résultat d’un acci- dent qui se montre fréquemment sur le Chas-

selas ordinaire; elle se distingue de ce dernier par ses sarments plus gros, à nœuds beaucoup ‘plus rapprochés, par ses feuilles moins lobées, un peu plus longues et un peu plus épaisses, d’un vert luisant et comme vernies. Le Chas- selas gros Coulard diffère aussi du Chasselas ordinaire par son tempérament; il a besoin de beaucoup de chaleur et d’être placé à l'abri des influences de l'air; aussi réussit-il généra- lement bien lorsqu'on le soumet à la culture forcée.

Chasselas de Demoiselles. Cette variété, remarquable par ses grains, qui ne sont guère plus gros que des plombs de chasse, est un fait de dimorphisme ou une

Grax. 2. Cephalotaqus pedanculata.

sorte de dégénérescence qui se montre parfois sur le Chasselas ordinaire. Ce phénomène parait à l’avortement partiel des organes sexuels et tout particulièrement des anthères, d’où résulte la non-fécondation des fleurs, et, comme conséquence, l'avortement des graines. Bou- turéé, cette variété conserve ses caractères.

| Chasselas à feuilles panachées, Remarquable par ses feuilles largement pa- nachées de blanc (Voir plus loin, au mot Wi- ge, pour les accidents de quelques autres va- riétés.) ;

Chrysanthème de Chine. (Voir

plus haut, page 33).

+

Clematis bicolor on Sieboldti. Cette plante, dont les fleurs, violettes à l’in- térieur, sont presque pleines par suite de la transformation des étamines, est un accident du Clematis florida, qui est à fleurs simples blanc verdâtre, fait que plusieurs fois nous avons été à même de constater : celle-là se développant toujours sur celle-ci.

La variété Clematis bicolor flore pleno, qu'on nomme parfois aussi Afragene america- na, si remarquable par ses fleurs énormes, d’un blanc verdàtre est un accident direct du Cle- matis bicolor, par conséquent un accident de second degré du Clematis florida, fait que nous avons pu vérifier de nouveau cette année.

slim MR li sm set mines Re

46 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

Ainsi surun pied de Clematis bicolor planté en pleine terre, il s’est développé, près de la hase, une branche qui portait des fleurs tout à fait pleines, monstrueuses, de couleur vert jau- nâtre, de sorte que les deux accidents étaient réunis sur le même individu.

Clematis Helena monstre sa. Cette plante n’est autre que le Clematis Helena, qui, formé et est devenu à fleurs pleines, presque monstrueuses. C’est un phénomène tout à

fait analogue à celui qui s’est produit sur le

Clematis bicolor.

Cheiranthus Cheiri variegaia. flore pleno. Accident d’une variété à fleurs doubles de la Giroflée jaune des mu- railles.

Cornus sanguinen variegata.

Cornus mas variegaia,

Cytisus Adami. (Voir plus loin p. 57.)

Dactylis slomerain variegain.

Echinocacius multiplex cris-

tata. Cette variété, qui est un fait de di- morphisme de lEchinocactus multipleæ, au lieu

d’avoir une tige régulièrement méloniforme

allongée, constitue une masse épaisse qui s’é- tend en formant des sortes de fascies disposées en éventail; et au lieu de sillons longitudinaux, larges et profonds, séparés par des saillies sur lesquelles sont placées des épines longues de On.02 à Om.03, très-raides, VE. multipleæ n’a que de très-petits sillons ou sorte de plis dis- poséstransversalement à la direction des fascies, par conséquent en sens contraire de ceux que porte le type, sur les bords desquels on trouve des aiguillons disposés en étoiles longs d’en- viron 0m.005. En un mot, l'accident est cam- plétement différent de la plante dont il sort.

Eleagnus reflexa variegaia ar- gentea, C{ Eleagnus reflexa varie- Eala aurea. Ces deux variétés différent de l'Eleagnus reflexa, dont elles sont des acci- dents, la première par ses feuilles bordées de blanc, la deuxième par ses feuilles bordées de

jaune. Eleagnus pungens variegaita :

_Evonymus Japonica argenteh Ct Æ. Japoniea auren. Ces deux variétés résultent d'accidents produits par le Fusain du Japon (Evonymus japonica) auquel elles reviennent parfois, surtout la variété aure@.

Evonymus Japonica Mavida. Cette plante qui est le résultat d’un accident qui s'est développé en 1862 sur un pied type à feuilles vertes, se distingue par ses feuilles bordées de jaune-verdâtre parfois blanckâtre. Elle est vigoureuse.

Evonymus Japonica fasciaia.— Très-remarquable par ses rameaux largement fasciés, cette variété s’est développée au Mu- séum en 1864, sur un pied type qui ne pré- sentait rien d’anormal.

ar dimorphisme, s’est trans-

L’Evonymus Japonica a produit encore beau- coup d’autres accidents qui différent par la pasachure, parfois même par la forme des feuilles ; telle est entre autres la variété cala- mislrata: celle-ci est issue de la variété ar- gentea, dont elle diffère par ses parties plus. grêles ; ses feuilles, plus petites, sont aussi plus tourmentées, crispées ou comme érosées. Il est plus que probable queles diverses variétés, qui ont été récemment introduites du Ja on, ne sont non plus que des accidents de F vo- nymus Japonica.

Ficus scandens microphylia, Cette variété, que l’on rencontre parfois dans le commerce sous le nom de Ficus buxifolia, est un fait de dimorphisme qui s’est montré. en 1856, au Jardin botanique d'Orléans, sur un pied de Ficus scandens planté dans une serre ses feuilles sont très-petites, un peu subor- biculaires et légèrement bullées. Cet accident s’est conservé, avec tous ses caractères, soit sur le pied il s’estdéveloppé pour la première. fois, soit sur toutes les muültiplications qu'on en a faites. :

Fomiamesia phylifreoides va- riega(a. Cetie variété, très-jolie, s’est développée au Muséum d'histoire naturelle en 1854 sur un pied de Fontanesia phyllireoides. Depuisson apparition cette plante n’apas varié ; ses rameaux, d’un vert jaunâtre, sont effilés, el les feuilles qu'ils portent sont très-largement bordées de blanc-jaunàtre.

Fraximes Americana variegata. Fraxinus excelsior jaspidea

| Cette variété se distingue à son écorce striée-

ou un peu rubannée de jaune.

Fraxinmus exrelsior variegata,

| Le Frêne commun a produit plusieurs acci-

dents qui se distinguent par la panachure de leurs feuilles ; celle-ci est jaune, blanche, dis- posée par bandes et bordant les feuilles, par- fois en macules sur toutes les parties du limbe,

| comme elles sont sur les feuilles d’Aucuba par | exemple. De

les diverses dénominations d'argentea, aurea, striata, maculata, aucu--

| bæfolia, etc.

Gardenis radicrans variegata (Grav. À). Cette variété, remarquable par la forme et par la panachure jaune de ses feuilles, est un accident du Gardenia radicans (Grav. 3). Ici l'accident est double; la pana-- chure des feuilles a déterminé une modification

| dans leur forme. Le dimorphisme (note 1) a déterminé le dichroïsme.

Girofée dite Savoyarde, à feuil- les panachées. (est un accident de- la Giroflée à fleurs doubles, brunes.

Haricot (Voir plus haut, page 39).

Hèôtre à feuilles lacinices, dit à

feuilles de Fougère. (elte variété, qui est un fait de dimorphisme du Hêtre com mun (Grav. 5), nous a présenté la particularité suivante : l'ayant greffée sur le H. commun, les branches se développèrent de chaque côté de la tige presque distiquement; toutes celles qui

DANS LES VÉGÉTAUX.

Grav. 3. Gardenia radicans.

Grav. 4 Gardenia radicans variegata. Forme accidentelle du G. radicans.

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48 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

étaient d’un côté portaient des feuilles sem- blables à celles du Hêtre commun, tandis que toutes les branches placées du côté opposé ne portaient que des feuilles laciniées (grav 6).

Hibiscus Syriacus flore pleno

variegata. Cette variété, dont les feuil- les sont panachées de blanc jaunâtre, s’est montrée, en 1858, sur un pied dont les feuilles étaient complétement vertes.

Hibiscus Syriacus varicegata. Remarquable par la panchure de ses feuilles, cette variété est un accident du type; ses fleurs sont semblables à celles de ce dernier. Elle est peu vigoureuse.

Hydrangea Hortensia, Cette

plante, toujours stérile, est un accident de l’'Hydrangea Japonica, analogue à ceux qui se sont produits sur les Viburnum Keteleeriü et Opulus.

Hydrangea Japonica variegata. Ne diffère du type que par ses feuilles pa- - nachées, bordées de blanc. 6

Elex aquifolium calamistrata

variegata, Cette variété est un accident de l’Ilex calamistrata qui est une variété du Houx commun.

Ilex aquifolium ferox aureum: Ct HE. aquifol. ferox argenteum. Ces deux variétés qui se distinguent à la panachure de leurs feuilles qui est Jaune chez

Grav. 5. Branche de hêtre commun sur laquelle se développe un rameau à feuilles laciniées.

la première, blanche chez la deuxième, sont des faits de ST de l’Ilex aquifolium ferox, qui n'en diffère que par ses feuilles vertes.

Les très-nombreuses variétés de Houx com- mun que l’on cultive sont dues, pour la plupart, à des faits de dimorphisme sfabilisés.

Iris spectabilis, Cette planté, si remarquable par sa couleur, est un accident de lIris Xiphium dont elle est pourtant si différente (note 2), ;

Sacinthe (Voir plus loin).

Juniperus <communis varie- gata.

Juniperus excelsa variegata.

Juniperus Virginiana varic- gata,

Juniperus Virginiana mon-

strosa. Cette variété, qui est due à des broussins (note 40), se montre assez fréquem- ment sur le Génévrier de Virginie.

Lasmiunn album variegafunn,

Laurocerasus vulgaris angusti-

foläa. Cette plante qui, pendant long- temps, a figuré dans plusieurs Ecoles de ho- tanique sous le nom d’Hartogia Capensis, est un fait de dimorphisme du Laurocerasus vul- garis fait que plusieurs fois nous avons pu con- stater et que démontre Ja gravure 7, ses feuil-

DANS LES VÉGÉTAUX.

les, très-étroites, longues, d’un vert clair, sont plus fortement dentées que celles de la plante dont elle sort. Elle est très-constante; on n’a point d'exemple qu’elle ait varié.

Laurocerasus vulgaris varie- gata. Laurocerasus Lusitanica varie- gata. |

Et)

7

de

49

Lierre en arbre à feuilles pana-

thées. Cette sous-variété est un fait de dichroïsme du Lierre dit en arbre, dont elle ne diffère que par ses feuilles panachées de blanc jaunâtre.

Ce qu’on nomme Läierre en arbre est ün Lierre commun, ou l’une de ses variétés, ar- rivé à l’état adulte, et qu’alors il fructifie. Les ra- meaux sont gros, courts, arrondis et dépourvus

Gray. 6. Hêtre commun obtenu de greffe, sur lequel tous les rameaux placés d’un côté de la tige sont à feuiltes laciniées.

de crampons; les feuilles aussi, au lieu d’être lobées, sont cordiformes, plus ou moins allon- gées, parfois très-obtusément arrondies.

De même qu'il y a plusieurs formes de Lierre rampant, il ya plusieurs sous-variétés de Lierre en arbre; elles sont en rapport avec les variétés dont elles sortent, et se distinguent par la forme et par les dimensions des feuilles, par la grosseur des rameaux, toutes choses qui dépendent de la vigueur et de l'aspect des variétés mères t,

1 On obtient le Lierre en arbre, soit en boutu- _rant, soit en greffant des rameaux adultes, cest- à-dire des rameaux qui ont été modifiés par le fait

Le fait du Lierre en arbre rentre dans la 3e série des faits de dimorphisme, que nous avons établie. (Voir note 1.)

Ligustrum JSaponicum variega-

tam. Le L. Japonicum paraît sujet à pro- duire des faits de dimorphisme ou plutôt de dichroïisme ; on à déjà, de lui, produites de

de la fructification. Ils se ramifient et forment alors de très-jolis huissons, d’où sortent parfois, surtout près de la surface du $ol ou dans les par- ties mal aérées, des rameaux munis de crampons, portant des feuilles plus ou moins lobées, et qui rampent et s’enracinent dès qu’ils touchent le sol.

50 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

cette manière, plusieurs variétés distinctes par la couleur ou par la disposition des pana- chures, ce qui leur a valu des qualifications

particulières. Il en est même une qui diffère

un peu par la forme de ses feuilles.

Ligusérurmm reumr. -— (Cette va- riété, qui se distingue par ses feuilles bor- dées ou rubannées de jaune, s’est produite au Muséum en 1861 ; elle provient d’une branche qui s’est dé- véloppée spontané- ment sur un pied type dont les feuilles étaient vertes. Elle est instable.

Ligusiérum vulgare varie- gatumm.— Cette va- riété, qui est un acci- dent du Troëne com- mun, s’en distingue par ses feuilles pana- chées de jaune. Cet accident est assez fré- quent, même à l’état sauvage; nous lavons rencontré plusieurs fois dans des bois.

Elle n’est pas stable.

Lilas com- mun à feuilles panachées.

Lilas de Per- se à feuilles Ia- ciniées el Lllas de Perse à fleurs blanches —Bien qu’onne puisse préciser l’époque à la- quelle se sont produits les deux accidents dont nous venons de parler, propres au Li- las de Perse, on ne peut douter qu’ils aient été produits de cette mamière, le Lilas de Perse ne donnant jamais de graines. L’o- rigine de ce dernier” est même très-dou- teuse. L’un des deux = accidents porte sur les RONTENIER feuilles ; l’autre porte | sur les fleurs qui sont blanches, légèrement violacées. ;

Maïs. (Voir plus haut, page 40.)

Mamillaria miven dedalen. Cette variété, qui est un accident du Mamilla- ria nivea, forme une masse compacte dont les plis etcirconvolutions, disposés en une sorte de Labyrinthe (dedalea), donnent à l’ensemble un peu l’aspect d’une fraise de veau. Le type

au-

ovalifolium

riété angusifolia à, d'Hartogia Gapenis.

Grav. 7.— Laurocerasus vulgaris sur léquel s'est développée la va- a, plante qui a été cultivée sous le nom

dont cette variété sort, forme un cylindre mélo- niforme c’est-à-dire légèrement renflé au som- met; il porte des épines disposées en faisceaux, longues de2 à 3 centimètres, raides, très-aiguës, accompagnées à la base d’une série d’autres, plus petites disposés en étoile. La variété deda- lea, au contraire, indépendamment de sa forme qui est si différente de celle que présente le type, n’a pas d’épi- nes; elle est revêtue, sur toutes ses parties, de poils soyeux, ar-- gentés, et comme feu- trés, très-doux au tou- cher. La mère et l’en- fant— quantauphysi- que n’ont rien de commun.

Mentha ro- tumdfifolia va- riegaita.

Bolina cæru- lea variegain.

Musa vitiata. Cette variété, qui se distingue à ses feuilles marquées de bandelettes blanches, est un accident du type Musa paradi- Siaca ou sapientium ; ses panachures ou bandelettes, qui sont bien marquées sur les jeunes plantes, dispa- raîssent souvent avec le temps, de sorte que chez les vieilles plan- tes, on n’en retrouve parfois pas de traces.

Myrtie com- mun à feuilles panachées. Variété issue acciden- tellement du type com- mun, auquel elle rc- tourne fréquemment.

Œillet Flon. (Voir plus haut, pag 34.)

Opuntia <cy- lindrica eris-

tata, Cette va- riété, résultat d’un ac- cident de lOpuntia cylindrica, wa, par ses caractères exté- rieurs,rien de commun avec la plante dontelle sort qui formeune colonne cylindrique régulière. L'accident, au contraire, est un composé de pièces élargies placées lune contre l’autre en différents sens à peu près comme celles que présentent diverses sorles d’Opuntia, qu’on nomme vulgai- rement Semelles du Pape.

'Oranger turc, (Cette variété, quies!

DANS LES VÉGÉTAUX. 51

Gran, 9, Osmanthus Fortunei poxtant des feuilles de différentes formes,

ne do ns

_— serre nr D A A 2 du MER ve PT NA

_——

RIRE

52 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS

un accident d’une sorte de Bigarade (probable- ment de la Bigarade cornue), porte à la fois sur des branches diverses, des feuilles étroites et irrégulières (comme érosées), panachées ou plutôt satinées-bordées blanc, et sur d’autres branches, des feuilles vertes, larges et forte- ment auriculées, ainsi que des fruits qui rappellent ceux de la Bigarade cornue.

OGrontium Japonicum varlegsga- tum.

Osmanthus Fortunei ovaia (Grav. 8. Cette variété, qui provient de l’'Osmanthus Fortunei (Olea ilicifolia du com- merce), est instable. Après l'avoir conservée pendant plus d’un an sans varier, elle a repris en grande partie son caractère primitif, qui est d’avoir des feuilles longues, fortement épi- neuses et grossièrement nervées, comme sont celles qui sont placées à la base (Gravure 9). Quelquefois aussi, on trouve des rameaux

ortant des feuilles de forme diverse ainsi qu’on e voit sur la même gravure.

Osmanthus aquifolium varie-

gata, Diffère du tÿpe, dont elle est un accident, par ses feuilles panachées de blanc jaunûtre. |

L'Osmanthus aquifolium, qu’on peut consi- dérer comme le réprésentant, au Japon, de notre Houx commun, paraît, comme ce dernier, très-apte à produire ïes accidents. On ne peut douter que les diverses variétés récemment in- troduites du Japon n’aient été produites de cette manière.

Pêcher à fleurs d'œillet. (Persica dianthiflora) et Pêcher à fleurs de

piusieurs couleurs (Persica versi.

color). Ces deux variétés sont des formes accidentelles du Persica rosæflora dontlesfleurs sont d’un rouge très-foncé. Comme ce dernier, ces deux variétés sont à fleurs doubles mais de couleurs très-différentes de celles de leur mère, Le P. dianthiflora a les fleurs d’un rose carné, le P. versicolor, au contraire, a les fleurs blanches, striées ou rubannées de rose vif. Ce dernier est beaucoup plus délicat que le type, Persica rosæflora, sa mère; il l’est également beaucoup plus que son frère, le P. dianthiflora.

Pêcher Madelcine rouge à feuil-

les de Saule. Cette variété, remar- quable par la forme de ses feuilles, qui sont très-longues et étroites, planes, luisantes, très- courtement dentées, est le’ résultat d’un ac- cident qui s’est développé sur la variété dé- signée par certains hortüculteurs sous le nom

de Pêcher Madeleine de Courson (Madeleine

rouge); elle nous paraît avoir beaucoup de res- semblance avec celle très-anciennement connue sous le nom de Pécher à feuilles de Saule.

Pêcher Madeleine rouge à feuil-

les laciniées (Grav. 10). Cette variété dont les feuilles sont fortement et grossière- ment laciniées, est un fait de dimorphisme qui

s’est montré sur le P. Madeleine rouge (Made-

leine de Courson, hort.)

Pelargonium Manglesii. Très- remarquable par ses feuilles panachées de blanc,

le P. Manglesi est un accident du P. zonale, dont il se distingué non-seulement par la pana- chure de ses feuilles, mais par ses rameaux, qui sont beaucoup plus maigres, et par ses feuilles plus profondément lobées. A son tour il a, par dimorphisme, produit plusieurs va- riètes.

Pelargonium hederæfolium va- riegatuxmn,

Pelnrsonium zonale et P, in-

quinans. Les variétés accidentelles pro- duites par ces deux types (qui en réalité n’en font qu'un), sont très-nombreuses ; il en est parmi elles de tellement tranchées que, si l’on en ignorait l’origine, on pourrait les considérer comme des types.

Phalaris arundinacen picta ct Phalaris arundinacena aurena. Issues par accident du Phalaris arundinacea, ces deux variétés différent du type par les panachures qui sont blanches chez la première, jaunes chez la deuxième. Elles sont le re présentant, exact, du phénomène qui s’est pro- duit sur l’Arundo Donax, de même que sur la Canne à sucre.

Philox Croix de Saint-Louis blanc. Cette variété, dont les fleurs sont complé- tement blanches, est un accident (fait de di- chroïsme) qui s’est montré en 1863 sur la variété de Phlox decussata nommée Croix de Saint- Louis, qui est rose strié de blanc, en croix, d’où son nom. E

Fhragmites vulgaris variegata. Ï1se distingue du type, Phragmites vulgaris, dont il est un accident, par ses feuilles qui sont bordées ou marginées blanc.

Picea excelsa tabulæformis.

Cette variété, qui atteint à peine quelques décimèêtres de hauteur, et qui, au lieu de s’éle- ver verticalement, s’étend horizontalement et tend à former des sortes de tapis, est un fait de dimorphisme des plus remarquables, le résultat d’un broussin (note 40) qui s’est déve- loppé sur la tige d’un très-grand Picea excelsa. Ce fait des plus remarquables s’est produit dans le parc de Trianon, à Versailles.

Pinus sylvestris nana mons-

trosa. —— Cette variété, naine et mons- treuse, résultat d’un broussin qui s’est développé sur la tige d’un grand Pinus sylvestris, est très- remarquable par ses feuilles longues et inégales, rapprochées et tourmentées ; elle l’est surtout par ses rameaux grêles, parfois presque fili- : formes et irréguliers, qui naissent en quantité telle qu'ils cachent quelquefois complétement les branches et même la tige.

Pinus sylvestris mann com pacta. Cette variété, qui atteint à peine

. quelques décimèêtres de hauteur, provient d’un

broussin qui s’est À per sur un grand Pinus sylvestris. À peine haute de douze centimètres, ses ramifications, nombreuses et très-courtes, portaient déjà deux générations de cônes, les uns à peu près mûrs, petits, quoique bien con- formés; les autres, beaucoup plus jeunes, étaient encore herbacés.

nn

As

Pittosporum tobira variega- tum.

Podocarpus Cephalotaxus.)

Poiriers à fruits parachés. Les Poiriers Duchesse d'Angoulême panaché,

HKoraiana ,

Amanlis panaché, Guénette Madeleine pana-

chée, Saint-Germain panaché, Bergamotte d’au- tomne panachée, Culotte de Suisse pana- chée, etc., etc., sont des accidents des Poiriers dont ils portent le nom. Ces variétés sont encore remarquables en ce que les panachures portent sur les rameaux et sur les fruits, mais non sur les feuilles, ce qui les distingue de la variété suivante, qui est également le résultat d’un accident. |

RE 272

(Voir

DANS LES VÉGÉTAUX. 53

Poirier d'Amanlis à écorce et

à feuilles jaunes, Cette variété, fait

de dichroïsme du Poirier d’Amanlis, est très- remarquable; on pourrait même dire qu’elle est jolie; elle s’est dévéloppée sur la tige d’un Poirier d’Amanlis qui ne présentait rien d'anor- mal. Elle est très-vigoureuse -et produit un effet des plus singuliers par toutes ses parties qui sont jaunes, excepté l'écorce qui est picté de gris blanc. Elle n’a pas encore fructifié. (Voir pour d’autres faits de dimorphisme, relatifs au Poirier page 38.)

Pomme de terre (dimorphisme des.) (Voir page 40. Voir aussi Soa- num.)

Populus Græxca pernqduin,

Grav. 10. Forme accidentelle du Pêcher Madeleine rouge.

Nous ne pouvons dire d’où vient ni comment a été obtenu cette variété, qu’on possède de- puis longtemps dans les cultures; ce que nous pouvons affirmer, c’est que, en 1858, ayant greffé 15 sujets de Populus nivea avec du P. Grœca qui nous paraît être le même que le P. tremuloides, Mich., sur 7 individus qui ont poussé, il y en avait un dont les rameaux, grèles et pendants, étaient absolument sembla- bles au P. Grœca pendula du commerce ; ce fait est un des plus curieux que nous connais- sions. L’individu qui nous le fournit est planté